Laurent, Auvergnat pure souche, rencontre Marlène, qui n'est pas du pays, dont il tombe amoureux. Ils s'installent en-haut du village dans une maison isolée pour des mois de bonheur paisible, mais, bientôt leur amour se heurte au conformisme bruyant et peu tolérant des villageois d'en-bas... Un premier roman.
Si Histoire du fils a remporté le Prix Renaudot 2020, le soir du chien , le premier roman de Marie-Hélène Lafon, a lui été récompensé par le Prix Renaudot des lycéens 2001. Quand Laurent croise la route de Marlène c'est une évidence. Il a 30 ans, elle 18 et s'installent au village dans la maison du haut. Pas très accueillants les cantalous mais qu'importe ils vivent heureux n'est-ce pas là l'essentiel. Jusqu'au jour où le chien est renversé par une voiture, jusqu'au soir où le vétérinaire croise le chemin de Marlène et que tout bascule.. Il sera temps alors pour Laurent "d'apprendre cette douleur de la privation sans la mort" (p53) Marie-Hélène Lafon raconte à pas comptés. Si Laurent est le narrateur principal d'autres voix interfèrent de ci de là. le récit gagne en ampleur et en profondeur, L'écriture de Marie-Hélène Lafon me parle l'émotion est là palpable et la vie suit son cours . Une très belle découverte
Découvrir l’écriture de Marie Hélène Lafon avec son tout premier livre. Elle m’a écrit en dédicace « peut être une histoire d’amour », alors voilà une citation pour la confirmer : « nous, notre place c’est de faire l’amour, en plein jour, et ensuite de venir chercher des livres dans votre bibliobus ; des livres pour elles ; c’est notre vie. »
Alors que se profile une nouvelle ère d'un désir et d'une sensualité encore en plein questionnement, lire "Le Soir du chien" est une planche de salut. Car au cœur du roman est la chair. Qu'elle soit comblée, meurtrie, frustrée ou enviée, c'est la chair d'où nous venons que l'autrice nous donne à revisiter dans une perspective édifiante.
L'origine rustique de notre monde
Ni folklore ni passéisme sous la plume concise et décantée de Marie-Hélène Lafon, qui situe cette histoire d'amour tout à la fois unique et courante dans le Cantal rural, et également dans la Normandie de Flaubert et de Maupassant. Non que le style de l'autrice s'y réfère, et aucune influence littéraire n'y affleure, d'ailleurs. Il est unique, pétri de poésie d'une folle inventivité, et comme l'enfant naturel d'une littérature qu'il prolonge et parvient à réinventer encore quand, pourtant, « tout est dit ».
S'il fallait tracer une filiation avec les grands maîtres du XIXe siècle, elle serait plutôt de fond, car ces vies, ces amours et ces désirs du dernier quart du XXe siècle semblent plus proches de ceux que vivaient les gens il y a cent cinquante ans que des nôtres. Comme si l'autrice instillait qu'à la fin du XXe siècle, c'était encore ainsi, en tout cas dans les campagnes et les petites villes. La chair était vivante, scellant des destinées et en épanouissant d'autres.
La chair incarnée dans le quotidien
Marie-Hélène Lafon n'idéalise ni ne condamne l'attraction pour ce qu'elle nomme souvent et bien joliment « la peau ». Dans son récit court et tendu comme le désir, elle rappelle simplement qu'il n'y a pas si longtemps, la chair était parfois aussi violente et subie qu'aujourd'hui, souvent contrainte pour les femmes mais, dans les amours conjugales ou clandestines, elle pouvait aussi se révéler joyeuse et désirée, y compris des femmes à qui Marie-Hélène Lafon donne à dire la vie et les désirs engoncés dans les carcans et un quotidien besogneux contraint par la nature, le climat et les traditions.
La forme chorale permet de donner à voir et éprouver cette chair comme si elle était épiée de derrière tous les volets des bourgades, traquée. La multiplication des témoins du drame, habilement dosée, renforce la perception de l'inéluctabilité du grégarisme.
« Les gens [...] ne sont pas méchants ; ils fermentent entre eux, en rond. » Marie-Hélène Lafon, "Le Soir du chien", éd. Le livre de poche, 2024, p. 106.
Une épure militante
"Le Soir du chien" a obtenu le prix Renaudot des Lycéens. Voilà qui rassure, alors qu'un présentisme abrutissant donne à croire chaque jour un peu plus que l'humanité évolue dans un enchaînement de séquences étanches, comme les épisodes d'une série télévisée - en l'occurrence avant #metoo, pendant #metoo et post-#metoo, comme on le dit ici et là. Ce roman rappelle que c'est par circonvolutions que les transitions s'opèrent, et que regarder le passé dans les yeux, le comprendre profondément et dans des dimensions autres que les raccourcis médiatiques, est un des garants de la construction d'un avenir où l'amour restera possible, et la chair sera encore joyeuse, partagée et, surtout, consentie.
C'est en cela que la littérature milite. Car c'est bien l'érudition de l'autrice, son engagement transparent et son amour gouleyant des mots qui font que tout percute, éveille et réveille la personne qui lit "Le Soir du chien". Et la secoue si profondément.
Le résumé était vraiment intrigant alors je me suis laissée tenter. Cette nouvelle a pris un tournant que je n’avais pas vu venir. Je m’attendais à autre chose mais je ne suis pas déçue pour autant. J’ai aimé cette nouvelle. Elle est assez longue. J’ai donc eu le temps de m’attacher aux personnages et notamment à Laurent, le narrateur. J’ai trouvé que c’était bien écrit, il était facile d’imaginer les lieux décrits par Laurent. Et surtout, j’avais envie de savoir ce qui était arrivé ce fameux soir du chien.
"Nous notre place c'est de faire l'amour en plein jour" ; "la lumière mange tout, elle dévore les pays", "j'ai le feu dans les mains, il sort d'elles, apprivoisé toujours et têtu", "elle ne voulait rien elle avait ce pouvoir", "c'était mieux que rien et maintenant ce sera rien", "cette douceur incongrue et désuète", "au ras de la vie", "Rien ne peut le mettre à l'abri de son sang", "nous aspirions à notre peau", les grappes d'enfants, et autres phrases-talismans.
C'est bien écrit, genre grammatiquement, lexicalement. Mais c'est tellement misogyne. Et les gens font des choses sans logique ou explication autre que "✨✨ La Passion™ ✨✨". Au début, je trouvais que ça partait bien, je pensais que la façon dont était écrite le narrateur principal était nuancement toxique, voire abusive (et était sutbil mais clair). Mais en fait, que neni. Dommage.