On est allés fureter dans Sabang Street, en bas de l’hôtel. Le trottoir, normalement réservé aux piétons, était bordé de marchands ambulants avec leurs éternels plats du soir qui baignaient dans l’huile. « Tu voulais quoi, déjà ? – Du mie goreng et du bakso. Tu veux pareil ? » j’ai demandé, surpris. Il a hoché la tête. On a continué, l’œil sur les cartes. Tous les passants nous regardaient mais je m’en fichais. Les étrangers attirent les regards, rien de plus naturel. Mais la différence qu’incarnait Eliot allait au-delà de l’ordinaire. Les gens qui nous voyaient passer avaient dans les yeux un mélange d’amour, d’admiration, de fascination et de crainte. Car il n’était pas seulement blanc : tout le monde le prenait pour une star. Encore une conséquence de notre histoire hollandaise et de l’influence du cinéma américain. À croire que ça agit sur nous inconsciemment ! J’ai eu envie de crier qu’Eliot portait des chaussettes trouées. Qu’il était comme tout le monde.
Roni, jeune écrivain indonésien dont le premier roman a eu un éphémère succès, tombe amoureux d’Eliot, un agent littéraire français invité pour un festival à Jakarta. Entre eux se noue une intimité ambiguë qui fait toute la matière de ce nouveau roman, écrit en partie en Europe où l’auteur part faire une tournée promotionnelle inattendue.
Né dans un village de Java occidental, Nuril Basri vit dans la marginalité à Jakarta. Après Not A Virgin, inspiré de sa formation dans un pensionnat islamique et publié en traduction anglaise avant l’original indonésien, Le Rat d’égout évoque ses débuts en littérature. Inédit en anglais, langue où il a été écrit, ce livre est ici présenté en avant-première au public français.
Nuril is an Indonesian writer. He writes tragicomedy in the form of autofiction, bildungsroman, and offbeat stories. His characters range from being very lonely to queer and subtly eccentric.
His novel Le Rat d'égout won the Grand Prix du Roman Gay Traduit in 2023, in France.
C'est en allant chercher un roman que j'avais réservé à la médiathèque (La danseuse de Modiano) que je suis tombée par hasard sur ce livre présenté sur l'étagère des nouveautés, attirée par la couverture, le format et la maison d'édition qui m'est inconnue. Intriguée, j'ai découvert que les éditions Perspective Cavalière sont consacrées à la littérature mondiale et aux minorités sexuelles. En tout cas : très beau site et beaux livres, les couvertures sont très inspirantes et me donnent en vie de tout lire (voir le site à la fin de billet).
Bien m'en a pris ! Et pourtant je ne suis pas du tout adepte des littératures clivantes car c'est pour moi le meilleur moyen de prouver une différence qui ne devrait pas l'être ; mais c'est peut-être compliqué de se démarquer face à la profusion (l'inondation) des productions littéraires, alors pourquoi pas ? je ne connais rien au marketing.
Pour revenir au roman. C'est très bien écrit, à la première personne, ce qui permet au lecteur de se glisser facilement dans la peau et les réflexions du personnage principal dont on éprouve facilement la détresse, la tristesse, l'ennui, mais aussi les joies, les transports amoureux, les espoirs.
Premier roman de l'auteur traduit en français, ce roman fut d'abord écrit en anglais étant donné l'impossibilité de publier ceci en Indonésie où la religion interdit l'homosexualité (y compris en littérature !!). Il vient d'obtenir le grand prix du roman gay traduit 2023. Je tiens à préciser qu'il n'y a absolument aucun passage graveleux, pour moi c'est une lecture pour tout public.
J'ai vraiment apprécié le style de l'auteur qui a par ailleurs publié de nombreux romans. Une très belle découverte. Beaucoup d'humour malgré un propos qui n'a rien de drôle (solitude, pauvreté), c'est un roman qui se lit en une journée tellement l'écriture est fluide et le récit intéressant.