Je découvre Fatima Ouassak dans ce premier essai, et il me donne envie d'aller tourner les pages de son premier tant sa plume et ses idées m'ont convaincue.
À l'heure où le désastre écologique se fait de plus en plus alarmant, Fatima Ouassak pointe du doigt les grand·es oublié·es du combat : les personnes perçues comme racisées, et les habitant·es des quartiers populaires. Et il est vrai que dès qu'elle l'a énoncé, je me suis reconnue dans ce constat : moi-même blanche, je me rends compte que toutes les personnes que j'ai rencontrées dans le partage de mes convictions écologistes sont... blanches, de classe moyenne à aisée. Je me souviens de discussions lunaires sur l'accessibilité aux luttes écologistes, aux moyens de consommer qui n'incluent pas les personnes précaires, et encore moins les populations "ghettoïsées". Et ce biais, cet élitisme internalisé de la classe écolo, m'a toujours gênée. Il me semble depuis de nombreuses années qu'on se trompe de cible, qu'on ajoute la culpabilité sur les épaules des mauvaises personnes. Je l'ai moi-même mal vécu, ayant souvent été dans des situations de précarité financière qui m'empêchaient d'avoir recours à certains gestes écologiques du quotidien... tout en me préservant des pratiques les plus coûteuses en énergie. Mais moi ce que j'avais retenu, c'est que je ne faisais pas assez. Et que je n'avais pas les moyens, ni financiers, ni temporels, ni même spatiaux, pour faire mieux..
Et puis, j'ai fait le lien aussi avec le véganisme, courant séculaire que tout le monde semble découvrir depuis que quelques personnes blanches s'en sont fait les gourous, et qui se base là aussi sur des biais cognitifs assez marquants, et que je dénonce au quotidien. Il est vraiment temps qu'on fasse mieux et que la honte change de camp.
Alors la cause que porte Fatima Ouassak dans cet essai, j'y étais acquise dès les premières lignes, et je me suis nourrie et abreuvée de tout ce qu'elle avait à nous dire. Elle n'offre pas de solutions "concrètes" en soi, c'est un appel au regroupement, à faire entendre sa voix, à réclamer sa terre pour l'extraire du système qui l'étouffe autant qu'il étouffe les animaux humains et non-humains... Et que ce seront toujours, toujours les minorités qui feront les frais les premières des inconséquences des groupes dominants, encore plus quand ce sont eux qui continuent à ponctionner notre Terre tout en choisissant les règles qu'il convient de suivre pour maintenir une manière de vivre qui ne correspond qu'à eux.
Alors cet essai, qui est si bien nommé, est un appel à prendre la mer, à faire tomber les murs, à refuser la situation imposée par des gouvernements de plus en plus répressifs et de plus en plus sourds aux demandes et besoins du peuple.
Fatima Ouassak ne propose pas de plan d'attaque, mais en même temps elle dissèque pour nous toutes les entraves qui nous empêchent de vivre correctement. Elle remet les luttes antiracistes au coeur des autres luttes, et nous rappelle que nous devrions en faire un socle commun : c'est par la libération que nous gagnerons. Elle me redonne presque espoir en un avenir que je vois devenir de plus en plus morose.
Et cerise sur le gâteau, c'est superbement écrit.