Entre les murs d'un tribunal, plusieurs voix s'élèvent. L'affaire jugée aujourd'hui est celle d'un féminicide comme il en arrive des centaines chaque année. Une narration polyphonique fait tour à tour entendre les témoins, le meurtrier, le journaliste, l'avocat, la soeur, le policier, la sociologue ou encore les féministes rassemblées devant la salle. Chacun·e vient partager un bout de cette histoire, une vision d'un monde structuré par les dominations patriarcales et la violence sexiste. Dans ce tribunal narratif, c'est la justice elle-même que l'autrice vient mettre en cause, autant que l'oppression systémique. Et comme le dit l'absente dans une ultime lettre : « Réclamez justice mais non celle d'aujourd'hui, un autre type de justice qui ressemble à nos vies et sache y répondre. »
Je pense que le souvenir de ce livre va me hanter, et que sa vérité me retrouvera à chaque écho que l'actualité lui fera. Ce roman polyphonique donne la parole à tous celleux qui assistent au procès d'un féminicide. Le meurtrier, le journaliste, les témoins, des féministes. Bien sûr, toutes ces voix ne parviennent pas à étouffer le silence assourdissant de la victime. Le roman déconstruit la phrase, se joue des perspectives, met à mal quelque narration simpliste. Et diantre, quel périple émotionnel cela impose au lecteur. Rien n'est mis de côté, la victimisation du meurtrier, le blâme posé sur la victime, le questionnement du système qui encourage ces violences, le mansplanning, les réponses des féministes qui arrivent les Erinyes qui poursuivent Oreste... J'aurais besoin de m'asseoir avec mes pensées un moment afin de pouvoir les articuler convenablement.
Il faut le lire et le relire. Et le lire à voix haute pour vraiment l’entendre. Les premiers vers c’est « Je ne l’ai pas tuée étant donné que · était-ce vraiment moi ou un autre · quand j’ai levé les yeux au ciel il était tout pareil · du bleu du marron gris et de l’automne · donc ce n’est pas moi qui l’ai tuée car · ce n’est pas parce que c’est moi que c’est moi. »