"Écrire n'est pas une fin / tout au plus un cadavre à déplacer / loin du bord". Ce nouveau livre de Jacques Dupin, le sixième chez P.O.L, et que six années séparent du dernier inédit, l'auteur laisse entendre lui-même qu'il est écrit dans l'imminence du désastre. Mais il rend aussi plus que jamais sensible ce chantier perpétuel où un magma informe de concrétions mentales le dispute à un fonds de langue issu de l'enfance et de la culture. Il accentue, avec encore plus de violence, un mouvement de l'écriture qui serait comme l'émancipation de cette lutte que se livrent l'obscur et le dicible.
Le jeune Jacques passe son enfance en Ardèche, dans un asile psychiatrique — dont son père est le directeur —, élevé avec les pensionnaires, dont l'un notamment donnera son nom à un poème, Chapurlat. À la mort de son père, il est élevé par son grand-père, notaire à Lyon. C'est pour embrasser cette carrière qu'il monte à Paris faire des études de droit. Étudiant à Paris, il consacre une part importante de son temps à l'écriture. À Paris, il rencontre René Char, qui préface son premier recueil publié, Cendrier du voyage, chez Guy Levis Mano (GLM). Char lui fait rencontrer de nombreux galeristes, par le biais desquels il devient le biographe officiel de Miró. Très tôt attendu comme le successeur de Char, il prend le contre-pied de celui-ci en imposant, de livre en livre, une écriture atypique, souvent en ruptures. Ses textes suscitent l'admiration d'auteurs, de peintres comme Antoni Tàpies. Paul Auster traduit ses poèmes en anglais. Mais c'est dans l'ombre qu'œuvre Dupin, dans le retrait. Jamais tenté par le roman, à peine écrira-t-il une pièce de théâtre, proche tout de même de la forme poétique, L'Éboulement. Il travaille d'abord pour la galerie Maeght, puis, à la mort d'Aimé Maeght, fonde avec Jean Frémon et Daniel Lelong la galerie Lelong. Cela l'amène à rencontrer de nombreux artistes de son temps, au premier rang desquels Alberto Giacometti et Joan Miró occupent une place majeure dans son œuvre. Expert de l'œuvre de Miró, il est président du comité de l'ADOM (Association pour la défense de l'œuvre de Joan Miró), qui promeut l'œuvre du peintre et statue sur l'authenticité des œuvres qui lui sont soumises. Chez Maeght, il participe à la revue L'Éphémère, mêlant critique d'art et poésie, avec Gaétan Picon, Louis-René des Forêts, Yves Bonnefoy et André du Bouchet. Il meurt le 27 octobre 2012 à Paris, à l'âge de 85 ans1.
la flamme s’était assoupie jamais plus simple qu’au bord le chaos est un village dont l’énergie assouplit la main qui vient de cesser d’écrire au chaos d’éblouir et de germer sans mémoire elle avait cru rompre le pain, lacérer le drap la flamme s’était assoupie