L’Image-mouvement n’est pas plus un livre sur le cinéma qu’un ouvrage de critique, même s’il réhabilite la critique cinématographique dans toute sa profondeur, et rappelle qu’avant d’être des cinéastes (ou en même temps qu’ils étaient des cinéastes) Rohmer, Chabrol, Godard, Pasolini ou Bonitzer étaient aussi des penseurs. C’est un ouvrage de philosophie à part entière, qui de Bergson à Pierce, s’intéresse au cinéma en tant qu’activité de production d’images et donc de signes.
L’image-mouvement, c’est cette idée contre-intuitive de « coupe mobile » (par opposition à « l’illusion cinématographique » qui prétend reconstituer le mouvement à partir de coupes immobiles) que les recherches et les expérimentations sur le plan, le cadrage, le montage ont contribué à développer pour « faire cinéma ».
Les trois avatars de l’image-mouvement (image-perception, image-affect, image-action) et les signes associés constituent le cadre conceptuel à partir duquel Deleuze élabore une grille dans laquelle (ou en dehors de laquelle) se positionnent auteurs, formes et genres. Bunuel est ainsi le cinéaste de l’image-pulsion, Hitchcock celui de l’image-mentale ou de l’image-relation ; la forme du burlesque ou du « comédique », c’est l’ellipse (l’action dévoile une situation qui génère une action nouvelle) et celle du film historique, du western ou du film réaliste, la spirale (de la situation à l’action, puis de l’action à une situation nouvelle). Pas la peine d'avoir ses connaissances érudites pour mettre à l'épreuve les outils d'analyse proposés par Deleuze : chacun peut les appliquer à son propre système de référence.