«J’ai pensé que, s’il me reconnaissait, je croiserais les bras de façon ostensible. Pour signifier mon refus. Et s’il voulait me toucher, j’étendrais mon bras pour bloquer son élan. Je serais imperturbable. Je ne voulais pas être trop dur, ce n’est pas moi. Mais je voulais qu’il sache que j’étais maintenant fort, plus fort que lui.»
Après trente ans d’esquives et de combines, de séjours en prison ou en Floride, Wilfrid reparaît inopinément dans la vie de ses deux fils. Hâlé, fragilisé, tout seul. Aux yeux de Paul, le cadet, c’est un escroc et un bonimenteur sans scrupules. S’il est de retour dans leurs vies, c’est qu’il est intéressé. Aux yeux de Louis, l’aîné, c’est qu’il vient terminer auprès d’eux sa tâche de père qu’il avait négligée jadis. À défaut de récolter l’amour de ses garçons, Wilfrid réussira-t-il à semer la discorde entre eux ?
Michael Delisle donne ici un roman prenant, percutant, qui explore de manière obsédante paternité et fratrie, transmission et rejet, solitude et partage.
Michael Delisle est un poète, romancier et nouvelliste québécois né en 1959 à Longueuil. Il est notamment l'auteur de romans: Le désarroi du matelot (1998), Dée (2002), Le sort de Fille (2005), Tiroir no 24 (2010) et Le feu de mon père (2014). Son écriture précise, simple et poignante décrit des univers troubles. Il enseigne la littérature depuis 1992 au Collège du Vieux-Montréal.
Retrouver le souffle romanesque de Michael Delisle, et son univers si particulier, est un pur délice. Un univers très masculin, trouble, où l'âge commence à se faire sentir, et avec lui la morosité et l'apathie.
J'ai trouvé de grands parallèles avec «J'étais juste à côté» de Patrick Nicol, une autre oeuvre récente dans laquelle l'antihéros est un professeur de cégep désabusé, qui questionne son métier - et, à plus grande échelle, son utilité sur terre.
Le sujet pourrait sembler rébarbatif à certains, mais cette atmosphère de lucidité désenchantée me réjouit au plus haut point. Je ne sais pas pourquoi je dévore avec autant d'avidité les oeuvres d'hommes blancs vieillissants qui semblent faire un bilan détaché et toujours un peu pessimiste de leur existence; il y aurait matière à en discuter en psychanalyse, probablement.
Toujours est-il que «Cabale» est une oeuvre forte, que j'ai encore une fois lu trop vite, et dont j'aurai beaucoup de mal à faire le deuil.
« Que se passera-t-il dans sa vie pour qu’elle devienne ordinaire, médiocre ou plate? » « Je regardais ça de ma fenêtre en espérant la catastrophe totale » Un grand plaisir de retrouver Michael Delisle après Tiroir no 24, des histoires qui viennent me chercher, qui m’explique, qui comprennent. Ça fait du bien de lire quelque chose de court aussi.