Un essai très intéressant sur les cités ordinaires qui sont proposées au lieu de cités modernes opposées à des cités en développement ou du "tiers-monde" tirées d'une idée de progrès vers la modernité.
Essai de décolonisation de l'imaginaire urbain, Jennifer Robinson livre une critique de la modernité (et post-modernité) des villes tel qu'élaboré par, notamment, l'école de Chicago, mais par une grande histoire de philosophie occidental qui considèrent que les villes des soit-disant pays en développement s'inspirent toujours des villes occidentales. Robinson contredit cette affirmation en montrant notamment comme des villes "modernes" et occidentales s'inspirent de d'autres traditions et comment lors des expos universelles par exemple, les échanges des villes sont multiples. On ajoute à cela les nombreuses inspirations multi-culturelles des architectes et de nombreux immigrant·es ayant contribué à développer les cités et certains laissé·es dans l'ombre de d'autres architectes de plus grand renom.
Il y a toutefois une grande érudition dans cet essai et pour qui n'est pas familier avec l'urbanisme, l'école de Chicago, Walter Benjamin ou la modernité en général, c'est très difficile à suivre. Même si j'ai une base avec toutes ces théories et que j'ai déjà lu plusieurs livres sur l'urbanisme et même si le concept de villes ordinaires (chaque ville est une ville, peu importe où elle se situe, et il faut cesser de la voir comme imitative dans un seul sens, ou dans une route vers le progrès) est vite compris, les critiques sur les autres philosophies sont vite perdues dans des analyses précises ou une référence à un texte précis (j'ai lu Walter Benjamin et des fois, je ne comprenais pas vraiment à quoi elle faisait référence). Bref, ce n'est absolument pas une ouvrage de vulgarisation, mais bien un ouvrage très spécialisé qui ne peut plaire (et instruire) qu'à un niveau assez restreint de public à mon avis. Je pense qu'en discussion avec d'autres ça peut être très intéressant, mais une lecture individuelle (sauf si on étudie en urbanisme) reste très limitante.
Pour les passages que je comprenais, c'était toutefois très intéressant, la perspective décoloniale est définitivement nouvelle pour moi en urbanisme et je trouvais les angles d'approches très intéressants. J'ai l'impression que Robinson était beaucoup dans la critique et l'analyse et peu dans la proposition des nouvelles perspectives d'approche, mais je ne pense pas que c'était nécessairement l'objectif de l'essai.