Récit poétique autoréflexif aussi sensible que démesuré, ce livre au genre inclassable interroge le corps de Pascale au prisme d’images mimétiques et de reflets déformants. Chaque fragment se déploie comme une petite installation qui interroge la présence dans toutes ses contradictions, une présence pleine d’affects, de paillettes et de latex donnant des formes kaléidoscopiques et excessives à la beauté. Écriture-performance et collage de bouts de soi, Trop de Pascale n’est pas qu’un livre. C’est un événement.
« Je sais ce que le ciel avait de plus terrible » Essai poétique? Roman? Pas sûr et pas grave. L’autrice joue parfaitement avec les mots, le corps, les corps, le regard de l’autre, le sien. Le corps qu’on a, le corps qu’on expose, le corps qu’on numérise.
« on la reluque de loin, à travers toutes les épaisseurs texturées qui composent un mensonge » -p. 95
Dans son recueil, l’autrice s’incarne pas l’écriture. À la recherche de son identité, de son corps, se questionnant sur l’existence. Pascale se façonne, se détruit, s’inspecte sous toutes ses coutures. Elle est à la fois un tout et un vide à remplir.
J'ai trouvé ça intéressant mais comme le sujet du recueil de poésie tourne autour du corps du début à la fin, j'ai commencé à trouver ça répétitif à partir du milieu.
Je n’ai jamais plié les pages d’un livre avant lorsque quelque chose dans le texte me frappait j’avais peur de me tromper de désacraliser l’objet de papier pour rien. Avec Trop de Pascale, c’est la première fois que je n’ai pas peur de me tromper i guess. En pliant Pascale je ne lui ajoute ou ne lui enlève rien. Ça fait écho au total. Merci pour ce livre d’une justesse poignante quand à l’idée d’incarner vs. habiter le corps d’une femme.
“quoi porter ? cette petite phrase surgit parfois, une masse entre le monde et mon corps. j’ouvre les yeux, la nuit, et pense: quoi porter ? je regarde toutes les femmes être des corps sur le web: quoi porter ? je ferme les yeux et cette phrase se dessine lentement sur une surface noire puis s’illumine et charge l’espace, mais reste le doute, cette inquiétude indiquant qu’on ne sait quoi porter, encore une fois, et que peut importe ce qu’on portera, ce ne sera jamais entièrement nous, comme si chaque ensemble dépose sur notre corps était un verdict sur la totalité de notre être. je veux brûler les bords d’une maison et qu’on me remercie de la présence que j’offre au monde. tout m’est dû, même la mort mais au final, les vêtements ne tiennent jamais sur ma silhouette parce que je ne sais pas qui je suis et que les femmes sans identité n’appartiennent à aucun vêtement. sur le cintre d’argent ou sur mon corps la robe reste vacante. je me dérobe”
Sur le sentiment d’être invisible, d’être cachée, endormie derrière notre rôle de femme.
C’est tellement lourd. Tellement lourd.
Les sentiments de Pascale me sont tout intimes. Je me suis sentie moins seule. Il y a quand même certains passages que j’ai trouvés trop opaques, trop loin de nous. Des bouttes où « je ne vois pas le monde et le monde ne me voit pas », dirait-elle.
Mais en même temps, n’est-ce pas un peu la preuve de sa déclaration ? Qu’il y ait « beaucoup d’eau » entre le monde et elle ?
« mon existence est précaire, sous le seuil de la pauvreté »
Ce livre, c’est la quête identitaire de Pascale. C’est le regard critique qu’elle pose sur son corps. C’est ses questionnements sur ce qui entoure la beauté et la féminité. C’est ses réflexions sur son paraître et sur sa perception d’elle-même.
C’est un livre à la plume unique et aux propos bien réfléchis. Un regard intéressant sur des sujets d’actualité.
Pascale Bérubé explore dans ce livre les tensions qui sous-tendent la féminité. En particulier, j'ai été marquée par celle entre la présence et la disparition, la volonté d'être perçue pour être validée ; et le réconfort, la sécurité qui vient avec l'invisibilité. Il est aussi question de la beauté, celle qu'on fabrique et celle qu'on ne retrouve que dans l'authenticité. C'est l'impossibilité finalement, d'être belle, qui est abordée ici - toujours trop fake ou pas assez parfaite. L'enjeu de notre rapport au monde et à nous-même sous-tend le texte : comment, en tant que femmes, allons-nous présenter à lui ? Est-ce que ça change vraiment quelque chose à la façon dont on sera perçues ?
C'est une réflexion féministe super importante qui m'a fait penser au paradoxe de la beauté de Chiara Piazzesi, aux filles en série de Martine Delvaux et à l'oeuvre de Nelly Arcan.
La démarche artistique est aussi intéressante. L'écriture en fragments, qui revient sur les mêmes thèmes comme on revient sans cesse sur nos pensées obsessives...
J'ai accroché un peu plus intellectuellement qu'émotionnellement, mais ça reste une lecture que j'ai apprécié !
"il n'y a pas de pascale. je suis cette chanteuse à la même coupe de cheveux que moi. un personnage de femme joué par une actrice et je crie contre mon fils pendant le souper, lui parle de cette face sur sa face et l'effondrement de ma bouche annule la cuisine. je suis la réflexion, dans une vitrine, d'un vêtement porté par une autre femme. je suis un commentaire publié sous une vidéo d'une youtubeuse connue : this upload feels like a secret... ou encore : she always says her own name like it's a question XD"
"il y a de ces femmes qui naissent à l'envers, les cheveux dans la bouche, et personne ne peut leur apprendre l'idéologie de la respiration"
"beaucoup d'eau entre le monde et moi. beaucoup de vêtements, de poudre, de fards, de frontières, d'épaisseurs, de pylônes électriques, de circuits et de renoncements"
"je veux brûler les bords d'une maison et qu'on me remercie de la présence que j'offre au monde"