En 1939, les habitants de la petite ville d’Augusta Falls, en Georgie, découvrent, horrifiés, le meurtre d’Alice van Horne, onze ans. La petite fille a été violée et battue à mort et pour Joseph, qui a perdu son père il y a peu, c’est un choc d’autant plus important qu’il était un peu amoureux d’Alice. La police locale enquête mais ne trouve pas de piste et neuf mois plus tard, c’est le corps d’une autre petite fille, Laverna, qui est retrouvé mutilé. Cette fois, le FBI mène l’enquête mais Joseph, qui n’a que treize ans, se sent partiellement responsable de ces morts car il pense qu’il aurait dû protéger ces fillettes …
J’avais énormément aimé le roman de R. J. Ellory et son atmosphère si particulière et j’avais un peu peur de découvrir cette adaptation BD et de ne pas y retrouver ce qui m’avait tellement marquée. Mais je savais déjà que j’allais être charmée par le graphisme tout en finesse. Le côté réaliste et les tons sépia permettent de plonger dans l’histoire tout en gardant en tête l’époque où elle se déroule et l’utilisation judicieuse de la couleur (toujours des tons doux sauf pour les moments de guerre où les tons rouges sont majoritaires) permet d’évoluer dans le temps, d’avancer d’année en année sans qu’on est besoin de toujours préciser où on en est. Les décors sont aussi superbes, même si les plaines entourant Augusta Falls ne sont pas des paysages grandioses et les personnages sont très expressifs et bien reconnaissables malgré le temps qui passe. Quant à l’ambiance mêlant questionnement existentiel, doutes, tristesse, peur et bien d’autres sentiments, elle m’a paru très bien rendue. La lenteur de la narration, son côté presque contemplatif malgré le fait qu’il s’agisse d’une histoire policière, les sentiments qui agitent Joseph, le narrateur, l’atmosphère sombre et lourde de cette ville provinciale où une série de meurtres secouent l’habituelle torpeur, la guerre en toile de fond, qui paraît à la fois si loin et si proche, tout ça est bien respecté et se retrouve dans les pages de l’album. Je me suis imprégnée de cette peine omniprésente chez Joseph et qui hante l’histoire comme les meurtres hantent ce jeune garçon devenu un homme toujours aussi torturé par ces drames. J’avoue que je ne me rappelais plus la fin donc j’ai lu l’ensemble presque comme si c’était la première fois, les seules choses que j’avais réellement retenues concernant tout ce qui arrivait à Joseph, tous ces malheurs qui fait qu’on a envie qu’il lui arrive enfin quelque chose de bien. Ce n’est pas un album rapide à lire : en plus de la quantité de texte non négligeable, je me suis attardée sur le dessin, sur l’ambiance et le ressenti de Joseph, sur le fond historique qui a son utilité (qu’on voit peut-être mieux que dans le roman), sur la résolution de l’affaire avec tout ce qu’elle implique. Mais c’est un album, magnifique au niveau graphique, qui a réussi pleinement cette adaptation et qui est tout aussi marquant que le roman !