Médée est une tragédie romaine de Sénèque.Elle est surtout célèbre pour sa construction programmatique : au début de la pièce, Médée annonce : « Medea fiam » (v. 171), — « je deviendrai Médée ». À la fin de la pièce, avant d'assassiner ses enfants, elle peut ainsi constater : « Medea nunc sum » (v. 910) — « maintenant, je suis Médée », c'est-à-dire l'héroïne tragique connue de tous. Elle est alors prête à commettre le plus horrible de tous ses crimes, c'est-à-dire l'infanticide, le meurtre de ses propres enfants. c'est le dénouement de sa vengeance.
Puisque je viens aussi de lire la version d’Euripide, je vais me permettre des comparaisons. Je préfère le style de Sénèque, comme prévu. Il a un côté plus dramatique (pas mal pour un dramaturge), plus dans la représentation que dans la simple narration de l’histoire par rapport à Euripide. En revanche je préfère l’approche plus empathique d’Euripide face à Médée: elle est désespéré et finalement on est presque content qu’elle puisse se venger alors que Sénèque (comme il sait si bien le faire) la place directement comme un monstre. D’ailleurs Jason lui même paraît bien moins désagréable dans la version de Sénèque. Même si Medee hésite dans les deux versions sur le meurtre de ses enfants, on sent clairement que la Médée d’Euripide penche encore vers l’humanité alors que celle de Sénèque s’en est complètement détaché. J’ai beaucoup aimé la scène où elle maudit les cadeaux qu’elle va utiliser pour tuer Créuse. Très visuelle, très magie noire alors que chez Euripide on n’en parle même pas (même si il y a pour comparer la scène de la mort de Créuse). Si je préfère la dramaturgie de Sénèque je dois dire que la scène finale manque d’intensité, surtout comparé à celle d’Euripide. D’un côté on sent un vrai venin entre les deux époux et le fait qu’elle refuse jusqu’à lui donner le cadavre de ses enfants rajoute à sa haine. On sent toujours sa souffrance mais elle l’accepte si cela signifie la souffrance de son mari. Chez Sénèque rien de tout cela n’apparaît, le meurtre des enfants paraît secondaire par rapport à celui de Créuse. Médée elle même paraît détachée par rapport au débat qu’elle avait plus tôt.
Pour conclure, une meilleure écriture mais une moins bonne histoire que chez Euripide. Finalement la note est la même.
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