Un roman puissant, très bien écrit et structuré, dont le narrateur sont les pierres.
La naissance d’un troisième enfant dans une famille habitant un hameau dans les Cévennes, France, change la vie de tous les membres de cette famille et leur perception du monde.
Organisé en trois parties, il dit la même histoire, perçue différemment par trois membres de la famille. L’enfant handicapé qui ne peut même pas bouger, mais seulement entendre et sentir, est adoré par l’aîné, tandis que leur soeur le déteste, en le percevant comme un fardeau qui leur a abîmé la vie. Ce malheur abattu envers cette famille sculpte les futures personnalités des enfants. L’aîné, protecteur de manière obsessive, cannalise tout son attention envers le petit, et semble épuiser toutes ces réserves d’amour pour sa vie entière. Il se propose de ne plus s’attacher de personne et, en tant qu’adulte, il vit tout seul, pas marié, entouré seulement par deux ou trois amis. La cadette, froide et distante, est dégoûtée par le petit, et planifie une stratégie pour sauver sa famille: elle parle avec sa mère qui était devenue taciturne, elle anime son frère, elle se propose d’avoir de meilleurs résultats à l’école, afin de satisfaire ses parents. En tant qu’adulte, elle dans une relation et a deux fillettes. Contrairement au pronostic du docteur, le petit vit dix ans au lieu de trois.
Dans la dernière partie du roman l’attention est concentrée sur le dernier, l’enfant que les parents l’ont après la quarantaine, quand les deux autres sont déjà des adultes et ont fait leurs vies. Le dernier vit dans l’ombre du petit disparu, ayant parfois l’impression de lui avoir volé sa vie. Il est passionné par l’histoire et sent qu’il prend part à une résurrection de sa famille, qui se récupère maintenant suite au malheur vécu. Chacun doit s’adapter à sa manière.
Le roman est très touchant, sans avoir quand-même des effusions émotionnelles ridicules et des faux pas dans ce sens-ci, au contraire. Le style lapidaire est très poétique, surtout quand on évoque la nature des Cévennes, qui joue elle aussi un rôle important, on dirait un personnage secondaire parmi les autres qui n’ont pas de noms.
„ Depuis, l’aîné a grandi sans se lier. Se lier c’est trop dangereux”, pense-t-il.
„Elle mesurait le chagrin de n’avoir plus son aîné près d’elle, qui aurait tant aimé partager ces matins. Elle se demandait comment faire le deuil d’un vivant. Elle sentait monter la colère envers l’enfant qui avait tout saccagé„.
A propos, elle n’envisageait pas de se marier, car le couple, contrairement à ce que la société veut nous faire croire, est l’espace de liberté le plus grand. C’est le seul domaine qui échappe à la norme, à l’opposé du travail ou des relations sociales. Tu trouveras de couples qui se disputent sans arrêt et restent ensemble une vie, d’autres qui s’épanouissent dans le calme, ceux qui veulent des enfants et ceux qui n’en veulent pas, ceux pour qui la fidélité et primordiale et ceux qui la rendent accessoire. Beaucoup trouveront banal ce qui, pour d’autres, relève de l’anomalie. Et inversement. Il n’y a aucune règle, et autant de normas que de couples. Quelle idée de vouloir faire entrer une telle liberté dans un cadre officiel.