Ils sont six. Ils sont jeunes, pour la plupart. Ils s'appellent Lena, Bob, Lex, Mo, Fred et Frank. Six voix, un seul destin : l'abandon. Ils sont de Laval, de Rivière-des-Prairies, de Westmount, de Québec, de la Côte-Nord, du Centre-Sud de Montréal. Ils sont tous les six en quête d'une vie et ils se croisent, fatalement, à l'intersection des rues Sainte-Catherine et Saint-Laurent, dans le parc Émilie-Gamelin, sous un viaduc de l'autoroute Ville-Marie. Un roman chargé de vérité, celle qu'on préfère ne pas regarder en face, même si elle se joue là, directement sous nos yeux, tous les jours.
Un roman choral, tenant sur une petite centaine de pages, dans lequel la spirale de la misère s’installe ou se solidifie pour Lena, Bob, Lex, Mo, Fred et Frank, au fil du quotidien et des interactions. Le style d’écriture de Tremblay y est en cohérence avec cette histoire parfois crue, mais criante de vérité. Un GROS coup de coeur.
Alain-Ulysse Tremblay présente un roman percutant, ponctué de six personnages aux destins entrecroisés, au sens propre comme au figuré. Des personnages marqués par la vie et la rue, avec la drogue ou la violence comme seule échappatoire. Des ados en mal de vivre mais des adultes aussi, forgés par les chemins tortueux qui furent les leurs.
Monique, prostituée. Magdalena, ado rebelle. Alexandre, fils de riche. Robert, qui s’est sauvé quand il a surpris son père avec la bonne. Frederic, qui a débuté sa vie dans un orphelinat. Et Franck, prêt à tout pour aider son petit frère. Six voix pour une symphonie sur la misère au bout de laquelle apparaît quand même un peu d’espoir.
Le mode de narration du roman est très intéressante : dans chaque chapitre, différents personnages bénéficient d’une petite partie selon leur point de vue, identifié à leur nom, et l’histoire se dessine lentement alors que certains d’entre eux se croisent parfois sans se connaître, ou se rencontrent et interagissent. Certaines scènes sont donc narrés de plus d’un point de vue, et loin de créer une agaçante impression de redondance, ces répétitions apportent une profondeur au récit en livrant plusieurs visions du même événement, parfois à différents moments du livre, car les personnages n’évoluent pas nécessairement tous en même temps.
Chaque point de vue possède son style propre, chaque personnage est rapidement défini et tout aussi vite saisi par le lecteur. L’auteur maîtrise bien sa plume et sa verve, et ne livre pas de discours moralisateur, malgré les multiples occasions d’y succomber. Le découpage fait que le roman se lit très rapidement et que le lecteur ne peut s’arrêter jusqu’à la toute fin. Comme une machine baignant dans l’huile, ça roule à merveille!
Ici, la maison Coups de tête livre la marchandise : un roman court, percutant, punché, dans un style direct, avec une histoire intéressante.
Pas encore de la SF, du fantastique ou du policier comme ce qu’on aurait souhaité, mais un excellent roman.