“Je voudrais que tu regardes autour de toi et que tu prennes conscience de la tragédie. En quoi consiste la tragédie ? La tragédie est qu’il n’y a plus d’êtres humains, mais d’étranges machines qui se cognent les unes contre les autres.”
Dans une postface profondément humaine, Ferretti livre un précieux témoignage sur la personnalité de Pasolini, qu'il définit comme l'auteur de l'excès. Il évoque notamment ses opinions politiques extrêmes comme les heurts que provoquait l'écart entre l'homme et son image publique. L'entretien renvoie en écho à cette personnalité de l'excès. Pasolini répond en effet à son interlocuteur par des métaphores réjouissantes. Ne se laissant pas impressionné, Colombo tente de désarçonner, à tout le moins de tempérer la virulence du cinéaste, et de pointer ses contradictions. Parfois fragilisé et jugeant certains aspects de sa pensée “trop absolus”, Pasolini demande du temps pour livrer la conclusion de ses pensées. Or, l'un de ses propos ce jour-là, “Nous sommes tous en danger”, a depuis pris un caractère prémonitoire. Car ce temps, Pasolini n'a pu le trouver : il meurt la nuit même qui a suivi cette interview.
Italian poet, novelist, critic, essayst, journalist, translator, dramatist, film director, screenwriter and philosopher, often regarded as one of the greatest minds of XX century, was murdered violently in Rome in 1975 in circumstances not yet been clarified. Pasolini is best known outside Italy for his films, many of which were based on literary sources - The Gospel According to Saint Matthew, The Decameron, The Canterbury Tales...
Pasolini referred himself as a 'Catholic Marxist' and often used shocking juxtapositions of imagery to expose the vapidity of values in modern society. His essays and newspaper articles often critized the capitalistic omologation and also often contributed to public controversies which had made him many enemies. In the weeks leading up to his murder he had condemned Italy's political class for its corruption, for neo-fascist terrorist conspiracy and for collusion with the Mafia and the infamous "Propaganda 2" masonic lodge of Licio Gelli and Eugenio Cefis.
His friend, the writer Alberto Moravia, considered him "the major Italian poet" of the second half of the 20th century.
Interview pré-posthume de Pier Paolo Pasolini ; le lendemain son corps sans vie, récupéré par les Carabinieri romains, gisait à la morgue.
Cette mort réglée comme sur du papier à musique ponctue un dialogue où Pasolini abhorre la culture de masse, le consumérisme de facilité, la standardisation réifiante. Avec l’éducation en ligne de mire, « qui nous pousse tous dans l’arène du tout avoir à tout prix » (P. 15), le défenseur de l’ingénuité rustre des Ragazzi rendait sa sentence dans le procès des hommes : « tous sont faibles, parce que tous sont victimes. Et tous sont coupables, parce que tous sont prêts au jeu de massacre. À condition d’avoir.» (P. 16)
L’auteur des Atti impuri prévenait : « tout le monde sait que mes expériences, je les paie personnellement» (P. 23). Un dernier sursaut de vérité pessimiste où le désamour de ses contemporains semble avoir décidé de son destin : climax autobiographique.