Le pastiche est un genre littéraire ayant pour but d'imiter le style et la manière d'un écrivain. Cependant, le pastiche ne vise ni le plagiat ni la parodie ni la caricature, mais il tente de faire un hommage pour cet 'écrivain.
Voici ce que Proust écrit dans "Contre Sainte-Beuve" pour expliquer son goût pour le pastiche: «Dès que je lisais un auteur, je distinguais bien vite sous les paroles l’air de la chanson qui en chaque auteur est différent de ce qu’il est chez tous les autres et, tout en lisant, sans m’en rendre compte, je le chantonnais, je pressais les mots ou les ralentissais ou les interrompais tout à fait, comme on fait quand on chante où on attend souvent longtemps, selon la mesure de l’air, avant de dire la fin d’un mot. Je savais bien que si, n’ayant jamais pu travailler, je ne savais pas écrire, j’avais cette oreille plus fine et plus juste que bien d’autres, ce qui m’a permis de faire des pastiches, car chez les écrivains, quand on tient l’air, les paroles viennent bien vite».
C'est ainsi que dans "Pastiches et Mélanges", Proust cherche à imiter le style de plusieurs écrivains, notamment Balzac, Flaubert, Émile Faguet et d'autres.
Dans les récits rassemblés sous le titre de "Pastiches", et comme annonce Proust lui-même dans la première note de son ouvrage, ce n'est pas lui qui écrit, mais ce sont ces écrivains pastichés, non seulement selon leurs esprits, mais aussi selon le langage de leurs temps.
Ainsi, Proust assigne ces écrivains de leurs tombes et surpasse ainsi le temps et l'espace afin de parler de l'affaire Lemoine. Il s'agit, en effet, d'un fait-divers qui avait bouleversé la société française entre 1908 et 1909, et où un fripon du nom de Henri Lemoine avait prétendu détenir le secret de la fabrication du diamant et, à la suite d'expériences truquées, avait fini par recevoir la somme considérable d'un million-or de Sir. Julius Wernher, président de la De Beers. Sur plainte de Wernher, le coupable se vit interrogé en janvier 1908, puis jugé en juillet 1909 et condamné à six ans de prison.
Ainsi, les personnages qu'utilise Proust ici sont tous empruntés de la littérature de fiction. Rastignac, Diane de Maufrigneuse,... et d'autres, ont tous laissé les œuvres de leurs créateurs pour se livrer à jouer un rôle dans les pastiches de Proust.
Quant à la seconde partie "Mélanges", elle comprenne quatre sections.
"En mémoire des églises assassinées" réunit des textes consacrés aux destructions provoquées par la Première Guerre mondiale à Caen, Amiens et Rouen. D'autres pages, écrites en 1900, évoquent John Ruskin, dont Proust avait traduit La Bible d'Amiens.
À travers cette partie, Proust évoque des souvenirs solennelles de ses voyages, ainsi qu'il se lance dans une biographie spirituelle de John Ruskin et de l'influence du christianisme sur son âme, en se concentrant sur les rapports apportés à la contemplation et à l'étude des œuvres d'art grecques et chrétiennes.
Ainsi donc, l'écrivain anglais éprouve la présence d'une littérature chrétienne qui trouve ses racines dans les histoires fabuleuses de la Bible. Cependant, il ne cesse de répéter que l'artiste devait s'attacher à la pure imitation de la nature, sans rien rejeter, sans rien mépriser, sans rien choisir, tout en affirmant que "le calme est l'attribut de l'art le plus élevé".
Quant à "La mort des cathédrales", il s'agit, en effet, d'un article publié en 1904 au Figaro, et où Proust avait pour but de combattre l'un des articles de la loi de séparation entre l'Église et l'État.
À cet égard, Proust déclare: "Quand je parlai de la mort des Cathédrales, je craignis que la France fût transformée en une grève où de géantes conquesciselées sembleraient échouées, vidées de la vie qui les habita et n'apportant même plus à l'oreille qui se pencherait sur elles la vague rumeur d'autrefois, simples pièces demusée, glacées elles-mêmes. Dix ans ont passé, «la mort des Cathédrales», c'est la destruction de leurs pierres par les armées allemandes, non de leur esprit par une Chambre anticléricale qui ne fait plus qu'un avec nos évêques patriotes".
La troisième section "Sentiments filiaux d'un paracide" traite un fait-divers dramatique dont le héros était l'un des connaissances de Marcel Proust et le fils d'une amie de sa mère.
Ainci, en se rapportant à la mythologie et à la littérature, l'écrivain étaye l'explosion de folie qui frappa un jour Henri van Blarenberghe, un bourgeois parisien qui travaillait comme administrateur de la compagnie de l'Est. En conséquence, l'homme tira sur sa mère avec un pistolet avant de se suicider.
Le récit de Proust reste exceptionnel. Et j'ose même dire que c'est le meilleur dans l'oeuvre. En effet, l'écrivain avait relié, de manière fascinatrice, sa souffrance par raport la mort de ses parents, ses rencontres avec le meurtrier en plus des histoires fétiches de la littérature et de la mythologie. Tous cela dans le but d'analyser et montrer comment "un homme d'esprit éclairé, un fils tendre et pieux", a été jeté dans un horrible matricide.
Enfin, reste "Journées de lecture" qui est une nouvelle publication de la préface éponyme de la traduction de "Sésame et les lys" de Ruskin".
Ainsi, le nom de ce dernier semble remplir les pages de ce livre, de façon que Proust n'arrêtait de parler et évoquer sa passion envers lui tout. À cet égard, il se confesse "Il [Ruskin] m'apprendra, car lui aussi, en quelques parcelles du moins, n'est il pas la vérité? Il fera entrer mon esprit là où il n'avait pas accès, car il est la porte. Il me purifiera, car son inspiration est comme le lys de la vallée. Il m'enivrera et me vivifiera, car il est la vigne et la vie".