Dans l'atmosphère brumeuse et glacée du Nord, douaniers et contrebandiers s'affrontent, les hommes et leurs chiens se livrant des combats souvent mortels. La rencontre de Sylvain le contrebandier et de Jacqueline est le début d'une histoire passionnelle, à l'image de ce roman violent, vrai et profondément humain.
A lawyer by training, he in fact practiced this profession very little, preferring to devote himself to writing. His work, replete with a spirit of realism, is essentially concerned with the life of the people of the Nord, his native region.
In 1936 he was awarded the Prix Goncourt for "L'Empreinte du dieu" (Hath Not the Potter). In 1943 he published "Corps et âmes" (Bodies and Souls), which was awarded the grand prix de l'Académie française for that year. The novel was an international success — it was translated into 13 languages.
Van der Meersch experienced great success in his lifetime, but is little known today.
Le charme suranné du nord de la France et des airs flamands des années 30 retentit pleinement dans cette fresque littéraire imaginée par cet auteur, sur fond d’un étonnant diptyque mêlant d’héroïques combats liés au commerce illicite de tabac et un début d’une romance passionnelle, avortée par un mauvais concours de circonstances.
Maxence Van Der Meersch nous livre un premier roman puisant dans l’imaginaire de sa terre natale, soit le département du Nord (le Dunkerque en l’occurrence) à ses frontières avec la Belgique. Brumeux et mystérieux est ce récit, dont l’évocation littéraire rejoint parfaitement la nature des circonstances décrites et de l’ambiance générale prodiguée par le thème. « La rue, pour un brave homme qui s’y promène tout à l’aise, sans songer à mal, c’est un domaine essentiellement paisible et sûr, qui peut présenter une agréable diversité, qui peut offrir des spectacles amusants ou dramatiques, mais où généralement l’on ne descend pas pour aller chercher l’inédit ou le romanesque. C’est la propriété de tout le monde, tout le monde s’y sent chez soi, chacun y vaque sans la moindre alarme à ses occupations. »
Sylvain, héros de ce roman est fraudeur de tabac, menant une vie monotone et truffée de risques, pour s’assurer une vie décente et répondre aux caprices de son épouse « Germaine », autrefois fille de joie. César et Jules, ses potes à lui qui en savent ce que valent de telles entreprise, Lourges, douanier et principal rival et enfin Pascaline et ses parents, havre de paix et de joie dans tout cet ensemble. Ce roman prend les allures d’un bon diptyque qui met en avant deux facettes différentes de la vie dans ces contrées : La lutte pour la survie avec des moyens peu scrupuleux et l’audace périlleuse qui va avec, et ce cocon familial peu présent dans ces lignes et très convoité pour l’équilibre personnel de tout un chacun. Dunkerque-Furnes, Furnes-Dunkerque : Tel est le trajet sur lequel tourne le récit, la part belle des descriptions revient aux aventures menées par Sylvain et ses camarades pour s’approvisionner en tabac et le vendre tout en craignant les perquisitions des douaniers et policiers pouvant s’en suivre, audace et peur se retrouvent sur un terrain d’entente et se frôlent de peu, plusieurs scènes en attestent : Notamment celles touchant les moyens de transport utilisés par les contrebandiers (chien de César, camionnettes, motos).. ou les techniques de camouflages (tabac enfoui dans les vestes, pantalons, corsets pour le cas des femmes), c’est dire la ruse naissante aux suites des envies intrépides d’arriver au bout et de réussir le coup. Aussi, police (noirs) et douaniers demeurent aux aguets et procèdent de manière ininterrompue aux perquisitions et arrêts desdits contrebandiers. Le côté romanesque de l’histoire est très mouvementé, dans le sens où la relation conjugale décrite depuis le début de récit indique un cadre de vie décent amené à subsister par les voies d’enrichissement qui le conçoivent, sachant que celles-ci sont incertaines et risquées, l’amour est matériel par essence, rendu une règle sine-qua-non par l’habitude ayant mis fin à l’expression des épanchements sensuels qu’on retrouve peu entre Sylvain et Germaine: Vendre du tabac, amasser de l’argent pour en donner à sa femme pour ses besognes. Conséquence est la naissance d’un manque de part et d’autre : Le peu d’intérêt exprimé par le mari envers sa femme pousse cette dernière à satisfaire ses désirs émotionnels auprès d’un autre homme pouvant lui ouvrir grand les bras, les envies lascives formeront le continuum de cet épanchement ne pouvant être assuré par un mari trop occupé à la base par ses expéditions imprévisibles à la quête d’argent, ce qui souille en-soi la relation. « Il ne pouvait plus aimer Germaine. Il y avait trop de turpitudes, trop de saleté entre elle et lui. La pensée de tout ce qu’ils avaient fait ensemble, parfois, lui remontait dans la mémoire, l’écœurait, lui donnait la nausée. Elle savait le soûler de caresses, elle avait gardé de son ancien métier la connaissance honteuse des hommes, de leurs appétits, de leurs caprices de mâles. Et avec Sylvain, elle allait au-devant de ses désirs, elle l’épuisait, le vidait, lui aspirait ses forces, telle une goule affamée, et elle le laissait mourant de volupté, mais aussi dégoûté et plein d’écœurement. Il semble qu’on les vole ! »
Un peu de bonhomie s’impose dans ce récit, au travers le petit cabaret-auberge se situant près de Furnes, auquel Sylvain rendait visite de manière accoutumée, afin de répondre au manque qu’il ressent aussi : La naïveté de Pascaline et sa pureté d’expression ont fait renaître un semblant de rachat de Sylvain sur le plan sentimental, et ce nonobstant son comportement au quotidien. « Elle portait une petite robe d'indienne, dont le décolleté croisé dégageait seulement la naissance de la gorge, et remplit Sylvain d'un trouble chaste, où rien d'impur ne se mêlait. Elle symbolisait pour lui la jeunesse. Éprouver en la voyant une pensée malsaine lui eût semblé honteux. En imagination, il la comparait à quelque chose de pur, d'immaculé, comme une neige blanche où il aurait hésité à imprimer la souillure de son pas ». Un baume sur le cœur qu’est la connaissance de cette famille et des visites qui leur furent rendues par le personnage, avec comme point d’orgue la prise de conscience d’un autre amour immaculé, sans arrière-pensées et une joie de vivre inexistante dans son quotidien, avec ce besoin constant de rechercher le vrai soi-même et y porter les réflexions nécessaires. « Il s'accouda sur l’appui ; il regarda au- dehors la tristesse de cette lande sablonneuse, de ce ciel d'un vert clair, où passait un vent vif, qui chassait devant lui des traînées de nuages étirés, et frangés de rouge. Et il découvrait dans cette désolation de terre stérile, dans la pâleur de ce ciel vide et froid quelque chose de tragique, qui, sans qu'il sût pourquoi, lui faisait songer à sa destinée. » Le roman se termine sur une note dramatique, compte tenu des douloureuses situations vécues de part et d’autre. La mort mettant fin à une machine rouillée et vouée à l’échec.
Daté certes mais justement tellement touchant, en plus de toutes ses autres qualités: un livre prenant, aux personnages tenant certes un peu du cliché mais attachants, une belle écriture, des descriptions parfois ébouriffantes, et une mine de savoir authentique sur les paysage et tous les aspects de la vie dans le Nord de la France au début du XXème siècle (dont certains ont longtemps perduré.) Une découverte de taille pour moi que cet auteur, je compte dévorer ses autres romans sociaux.
Je n'attendais rien de ce livre, trouvé abandonné sur une étale de marché. Et puis j'ai pris un coup de poing dans cette histoire entre le Nord et la Belgique... où il est d'ailleurs beaucoup histoire de coup de poing.
Sylvain, un ex boxeur reconverti dans la fraude, trafique du tabac de Belgique à Dunkerque et se met à rêver d'une vie plus simple, plus innocente, après une rencontre inattendue. C'est un livre qui se lit vite mais reste longtemps en tête. Une belle histoire très poétique malgré le décor et la période historique qui peuvent paraître assez "sèches". L'auteur a un très beau style, ses descriptions valent définitivement le détour.