"Maintenant, il reste le vent comme barrière entre les dieux et les hommes. Tu dis que tu lui tiens compagnie. C'est une intimité que je ne connais pas. A ces altitudes, je suis un intrus et je n'arrive pas à m'imaginer aucune familiarité. Le vent est un videur, mais j'irai avec lui bras dessus bras dessous. Tu es de cette espèce qui déplace les limites, élargit le territoire. Tu arrives à murmurer des comptines dans les tempêtes, à faire bouillir le thé, agrippée à l'armature de la tente pour la maintenir au sol.
N : N'exagère pas, ce sont des gestes obligés. Tu vois les petits drapeaux suspendus, les chiffons mis à flotter au vent dans les hauts villages, sur les cols, les sommets ? Ils servent à tenir compagnie au vent. Ici, on l'appelle "awa", mot composé seulement de voyelles : l'étoffe qui s'agite ajoute des consonnes au vent. Ce n'est pas moi qui ai inventé l'intimité avec le vent."
J'ai adoré, je suis tellement contente d'avoir pris ce livre, un peu au hasard, à la bibliothèque ! Erri De Luca a accompagné Nives Meroi, une alpiniste italienne, dans une expédition dans l’Himalaya. En résulte ce très beau texte, dialogue entre les deux alpinistes sous la tente, plein de poésie, qui évoque la beauté, dans la montée comme dans la descente, la place de l'homme sur ces montagnes, son rapport avec elle, entre ciel et terre. Et, je vais me répéter, mais c'est merveilleusement beau et poétique.
Après cette première lecture, il est clair que Erri De Luca mérite une place de choix dans ma bibliothèque, en espérant que ses autres livres sont écrits avec une aussi belle plume.