D'aucuns diront que ce roman (Les Absents) paru initialement en 1970 et centré sur la période de la collectivisation des villages, a mal vieilli à cause de la « sollicitation excessive du monologue intérieur » (cf. Nicolae Manolescu).
J'ai, quant à moi, un souvenir excellent de cette lecture ancienne où effectivement « l'étique semble l'emporter sur l'esthétique » (le même Nicolae Manolescu) et où le pessimisme est écrasant. La contestation est viscérale (mais en cela ne devient-elle aussi un peu politique ?) chez Mihai Bogdan, le protagoniste.
Pour dénoncer les tares du communisme, le romancier (et psychiatre) ne cherche pas d'alibi dans l'obsédante décennie de la terreur stalinienne. La trame épique est minime. Jeune médecin, Mihai Bogdan travaille dans un institut de recherches auprès d'une clinique psychiatrique où le professeur Poenaru lui vole littéralement son travail de recherche et l'expose (avec quelques modifications) en son nom propre. Humilié et à bout de forces, le protagoniste se retire, souffrant intérieurement, dans sa chambre, où la position allongée le prédispose à l'introspection.
Le roman tout entier devient ainsi une parabole dans laquelle les questions obsédantes de Mihai Bogdan (« qui sommes nous finalement ? ») trouvent des éléments de réponse dans une sorte de pseudo-réquisitoire à l'encontre du système existentiel imposé par l'idéologie communiste. Comme en osmose avec l'état d'âme du personnage principal, la ville est submergée par un climat morose de pluies incessantes.
Il faut parfois s'accrocher au texte, mais quel courage dans le propos !