Que seriez-vous capable de faire pour une nuit d’amour ? Sûrement, votre réponse n’est pas la même que celle du personnage principal du roman dont il est question ici ; le livre du XIX siècle intitulé Pour une nuit d’amour porte justement sur cette question et l'amène à un niveau extrême et perverse. Cette œuvre fut écrite par le romancier et journaliste français Émile Zola (1840 - 1902) qui aujourd’hui est considéré l’un des romanciers les plus importants de la littérature française et le fondateur du naturalisme, un mouvement littéraire qui, entre autres, vise à représenter et à décrire objectivement la réalité. Au cours de son livre, l’auteur aborde de manière crue des sujets tels que l’obsession, la sodomie, le masochisme et la mort dans un style agréable et accessible. Dans cette optique, nous allons découvrir ce roman du point de vue du récit, de son style et de l’image de la réalité que l’auteur a voulu y représenter.
Dans le premier chapitre, l’auteur introduit le personnage masculin principal : c’est Julien Michon, un jeune homme de 25 ans, grand et fort, qui se sent laid et par conséquent, timide, surtout avec les femmes, mais avec une « âme transparente ». Julien habite dans une maison louée, dans une petite ville dont le nom n’est pas révélé par l’auteur, qui se trouve juste en face de la porte de derrière de l’hôtel de Marsanne, un hôtel vieux des marquis de Marsanne. Julien n’est pas un garçon comme les autres, puisqu’il passe la plupart du temps à sa propre compagnie, il travaille à la maison comme expéditionnaire, il s’occupe de soi-même, il boit « tout le charme de la monotonie », mais sa véritable passion est la musique. Alors, il apprend à jouer de la flûte et il le fait le soir, quand il n’y a plus personne dans les rues puisqu’il ne veut pas que les autres sachent que la musique, qui n’est pas tout à fait bien achevée, vient de sa flûte.
Pour ce qui est de l’univers de Julien, l’auteur met l’accent sur la description détaillée des lieux fréquentés par le personnage, tels que sa chambre, le pont au-dessus du ruisseau Chanteclair, le jardin en face de sa maison, la porte derrière de l’hôtel, etc. À cet égard, l’auteur se sert du discours direct libre afin de transmettre les impressions que les personnages ont de son environnement, plus tard il utilisera ce mécanisme pour représenter la pensée des personnages. De cette manière, Zola situe Julien dans un monde simple et intime, où il s’est habitué à la monotonie et à lui-même. Dans la ville, les uns le trouvent stupide et les autres bizarre. Toutefois, il a un ennemi ; Colombel, le clerc de notaire qui se moque de sa timidité. Par contre, il n’a jamais eu une amante et il a déjà accepté que ce sera toujours comme ça. Cependant, un jour il voit par la fenêtre de l’hôtel des Marsannes, la silhouette d’une jeune femme et il tombe amoureux d’elle.
À ce point, le lecteur peut s’imaginer qu’il s’agit d’une histoire d’amour comme n’importe quelle autre, mais l’intrigue ne commence qu’à la fin du deuxième chapitre. Julien avait appris que le nom de la femme était Thérèse et il essaie inutilement de la séduire avec les notes de sa flûte dès l’obscurité de sa chambre. Un jour, elle l’a vu par la fenêtre mais elle s’est tourné immédiatement tout-à-fait indifférente. Ainsi, Julien était devenu malheureux ; il dépensait le temps à regarder la fenêtre de Thérèse et à imaginer ce qui se passait à l’intérieur de sa chambre, pour lui un « paradis rêvé ». Un jour, de manière inattendu, elle lui envoie un baiser et l’invite à sa chambre. Quand il arrive, elle lui dit « Si je me donnais, vous feriez tout, n'est-ce pas ? » et lui fait jurer. Mais ensuite elle révèle qu’elle a tué son amant ; c’est Julien qui devra se débarrasser du cadavre.
À ce moment, l’auteur abandonne momentanément le fil narratif pour se concentrer sur ce personnage féminin qui vient d’apparaître ; c’est Thérèse, la jeune fille des Marquises de Marsanne. Mais elle n’est pas ce que Julien ou même le lecteur pourrait s’imaginer, elle est tout le contraire. En apparence, elle est belle, un peu trop grande, trop pâle, avec des lèvres rouges et avec des « yeux profonds, noirs sans éclat ». Depuis son enfance elle a cette apparence de « grands yeux d’enfant, éteignit toute flamme [...] dans lesquels était impossible de lire ». De surcroît, son image reflète bien son intérieur puisqu’elle possède une perversion dissimulée, elle n’est qu’une fille méchante qui se montre douce.
À l’époque, les Marsanne avaient accueillie le petit Colombel et sa mère, et ce premier avait le rôle de domestique et de camarade de la petite Thérèse, mais en réalité, il n’était que le souffre-douleur de la fille. Thérèse avait commencé à lui torturer depuis qu’il avait six ans ; il était le « cheval » qu’elle montait, maltraitait et menaçait de lui faire jeter à la rue s’il se plaignait. En même temps, il trouvait un certain plaisir à ce traitement et d’ailleurs, il croyait que cette affaire devait se ranger entre eux, il avait la certitude qu’il allait se venger. Un jour, les parents de Thérèse, inquiets de son comportement, décident de l’envoyer au couvent où elle reste jusqu’à l’âge de dix-huit ans, quand elle est revenue et Julien l’a vue pour la première fois. Également, Colombel par moyen de sa mère, est réuni avec Thérèse et dès lors, leur jeu avait recommencé, « elle redevenait reine et il redevenait esclave » sauf que maintenant il avait grandi.
Au cours de ce chapitre l’auteur a presque laissé de côté Julien, pour plonger le lecteur dans le monde sombre de Thérèse et Colombel, un monde caché, marqué par l’orgueil, la vengeance et la mort. Quelque temps après le retour de Thérèse, Colombel avait repris ses visites à Thérèse et comme ça, ils avaient repris leurs promenades par le jardin et inévitablement, elle avait recommencé à lui torturer, cette fois-ci d’une manière plus subtile. Cependant, un jour pendant qu’ils se promenaient dans le jardin, elle sauta sur lui et le força à la porter comme il le faisait de son enfance et il le supportait, même si c’était plus difficile, car elle avait aussi grandi. Néanmoins, quand elle lui a demandé de s’arrêter, Colombel l’a serré contre lui et l’a emmené vers un hangar où il l’a violé ; « enfin, son tour était venu d’être le maître ». Dès lors, la même scène s’est répétée plusieurs fois, car « ils avaient le besoin de se voir [...] pour reprendre le combat de leur orgueil »
Ensuite, l’auteur révèle finalement la manière dont la femme a tué son amant ; dans la chambre de Thérèse, ils menaient des batailles où elle finissait toujours gagnante, mais ce jour-là, elle glissa et tomba par terre. Ensuite, Colombel a pris l’occasion pour tirer avantage et gagner cette bataille. Mais Thérèse est devenue encore plus livide et elle avait le désir de le tuer « oh ! l’étouffer, en finir avec lui » pensait-elle. Donc, elle le poussa et son temple heurta l’angle de la commode. Ici, l’auteur se sert encore une fois du discours libre pour exprimer la pensée de Thérèse quand il écrit « On veut toujours tuer les gens quand on se bat ; seulement, on ne les tue jamais, parce que les gens morts sont trop gênants ». Cette citation montre aussi l’incapacité de Thérèse pour comprendre la gravité de ses actes, puisqu’elle trouve l’assassinat comme quelque chose de normal, dont le seul problème c’est de se débarrasser du cadavre.
Ainsi, le livre nous ramène au point où Thérèse demande à Julien de s’occuper du cadavre. Encore une fois, les mots de l’écrivain expriment les idées du personnage quand il fait référence à Julien comme « l'imbécile qui jouait de la flûte » qui sûrement allait suivre les directrices de Thérèse comme un « chien soumis ». En effet, Julien, aveugle par l’amour, accepte d’aller pendant la nuit jusqu’au pont du Chanteclair pour lancer le cadavre de Collombel. À ce point, l’auteur ajoute encore un autre élément perverse à la situation ; il y a une fête dans la maison, à laquelle Thérèse assiste pendant que Julien surveille le cadavre, dans l’obscurité de la chambre. À cet égard, nous devons nous demander sur l’intention de l’auteur par rapport à ce contraste. Il est clair que l’auteur veut créer une sensation de gêne chez le lecteur, en juxtaposant des situations désirables à côté des événements épouvantables. De la même manière, on remarque ce contraste dans la citation suivante « ce n’était pas une veillée de mort, c’était une veillée d’amour » émise par Julien, en imaginant qu’après avoir jeté le cadavre il n'aurait Thérèse que pour lui. En effet, cette phrase illustre très bien l’idée générale de l’oeuvre, mais en changeant l’ordre des éléments, puisque en réalité ce n’était pas une veillée d’amour, c’était une veillée de mort.
Finalement, l’auteur met fin à l’histoire d’une manière presque inexplicable. Ainsi, Julien est sorti de l’hôtel avec le cadavre aux épaules, il l’a emmené au pont et il l’a jeté dans l’eau. Cependant, une fois qu’il eu finit avec son tâche, il a commencé à se sentir faible et sans raison de vivre. Alors, il observa la rivière et se laissa tomber et le Chanteclair a reprit «sa chanson dans les herbes ». Quelque temps après, on a trouvé les cadavres des deux hommes et on a attribué la mort à une bagarre. Par contre, Thérèse a continué sa vie et s’est mariée plus tard. Il faut donc se demander sur l’idée que l’auteur voulait représenter par cet aboutissement. À cet égard, il faut tenir en compte que pour le réalisme et le naturalisme, qui sont les genres où s’encadre ce roman, l’oeuvre n’est qu’un reflet de la réalité, par conséquent on peut dire que l’auteur voulait représenter le fait que dans la vie réel, il n’y a pas de femmes saintes ni d’hommes incorruptibles, mais des humains qui sont capables de ressentir l’amour mais aussi, d’autres passions également fortes et contradictoires.
En définitive, cette oeuvre est un bon exemple du genre littéraire fondé par l’auteur, puisqu’elle présente des descriptions vives de la réalité, en traitant des sujets normalement évités tels que la mort, la sodomie, le masochisme, etc. Ainsi, l’auteur montre une photo de la réalité qui bouleverse le lecteur, puisque comme Zola l'a dit « [...]un drame prend le public à la gorge. Il se fâche, mais n’oublie plus. ». Personnellement, ce roman a été une vraie surprise, non seulement pour la fin complètement inattendue, mais aussi pour le froideur avec lequel l’auteur a décrit les actes de ses personnages, sans se concentrer beaucoup sur leurs sentiments. En fin, l'oeuvre de Zola présente une nouvelle approche à la littérature, où le lecteur fait face à une réalité sanglante, mais qu’il vaut la peine d’expérimenter.