Au XIXe siècle, la France s’est lancée dans la colonisation de pays entiers en Afrique et en Asie. Quelles ont été les motivations et les méthodes de cette politique ? Comment les sociétés dominées ont-elles été bouleversées, et quel développement économique et social ont-elles connu ? La décolonisation est-elle achevée aujourd’hui ? Un Empire bon marché propose de nouvelles réponses à ces questions controversées.
Grâce à un long travail d’archives et d’analyse statistique, l’ouvrage décrit ainsi avec une grande précision les États coloniaux et leur fonctionnement – à travers notamment la fiscalité, le recrutement militaire, les flux de capitaux et les inégalités. Il montre que l’empire a peu coûté à la métropole jusqu’aux guerres d’indépendance, et que les capitaux français n’ont pas ruisselé vers les colonies. La « mission civilisatrice » que la République française s’était assignée n’a donc pas débouché sur le développement des pays occupés, et c’est plutôt un régime à la fois violent et ambigu qui s’y est établi. De fait, le régime colonial a surtout bénéficié à une petite minorité de colons et de capitalistes français. Quant aux élites nationalistes, elles ont le plus souvent reconduit un État autoritaire et inégalitaire après les indépendances. En s'attachant à l’évolution des sociétés colonisées et à leur devenir, Denis Cogneau fournit une contribution majeure et un nouvel éclairage sur l’impérialisme, d’hier à aujourd’hui.
Finalement, sur l'ensemble de sa durée, l'Empire a peu coûté au contribuable métropolitain, sauf au moment où la France s'est échinée à le conserver, entre 1946 et 1962. De ce point de vue, les indépendances lui ont mécaniquement fait faire des économies, qui ont pu être accueillies comme l'un des bénéfices secondaires, au sens psychanalytique, de la névrose postcoloniale.
Excellent livre d'histoire, parfaitement conforme à mes attentes et qui traite bien de la période pré coloniale, post coloniale et la colonisation elle même. L'auteur utilise offre un panorama politique, juridique et économique de la vie dans les colonies et croise ses travaux avec ceux d'historien de référence (Braudel et Jacques Marseille notamment)
Il en ressort que l'Empire français aurait été majoritairement "bon marché" pour la métropole, sauf dans sa période d'installation, et lors des conflits de décolonisation. Les coloneis ont en réalité toujours été auto entretenue et n'ont jamais constitué un "boulet" économique. L'auteur se pose aussi la question de l'oeuf et de la poule. Est-ce le capitalisme français qui a poussé la République naissante dans l'aventure coloniale ou son désir de "civiliser" les peuples africains dans un contexte européen ou avoir un empire colonial est une question de vie ou de mort. Il semble que le mythe civilisateur ait joué un rôle determinant dans l'enclenchement du processus, que le capitalisme s'est empréssé d'accompagner et de renforcer. Réponse nuancée, parfaitement plausible et lumineuse.
Un solide 4 étoiles.
"Le colonialisme des xIx° et xx° siècles a été la composante la plus violente de la domination du monde par des nations européennes concurrentes, dont la volonté de puissance était démultipliée par la révolution industrielle. Dans cette compétition, la France, et en particulier celle de la IIIe République, a été aussi ambitieuse que le Royaume-Uni. Elle s'est taillé un vaste empire, des rivages de la Méditerranée jusqu'à la mer de Chine, en passant par le golfe de Guinée et l'océan Indien. Le nationalisme français a ainsi conjuré l'angoisse du déclin, et a soigné les blessures narcissiques de défaites successives, de la guerre de Sept Ans à la guerre de 1870, en passant par l'épisode napoléonien. C'est la France de Jules Verne et de Jules Ferry, fière de sa science, de son commerce et de ses institutions républicaines, se voyant comme l'égale de la Grande-Bretagne, qui s'est inventée la mission de civiliser les peuples du monde. À quelques exceptions près, le monde intellectuel s'est rallié à l'idée qu'une colonisation libérale était possible, tournant la page du mercantilisme esclavagiste des siècles précédents, désormais discrédité. Les capitalistes français ont soutenu une aventure tous frais payés, dans laquelle ils n'avaient donc rien à perdre, même si le colonialisme était la version dure d'un impérialisme plus informel où ils trouvaient la majeure partie de leurs profits.
Alors pourquoi tout cela ? Nationalisme ou capitalisme? Les deux, mon général, peut-on répondre par boutade, car c'est bien la concurrence à la fois nationaliste et capitaliste entre les puissances européennes qui produisit l'envie coloniale. Il fallait gagner le maximum de terrain, de façon préemptive, si d'aventure celui-ci finissait par payer. Une fois ce terrain occupé, le petit monde colonial se mit en place et s'arrangea pour survivre le plus longtemps possible sans rien changer."
Un empire bon marché is a compelling and meticulously researched study of French colonialism and its economic and political foundations.
Denis Cogneau skillfully combines historical investigation with economic analysis to reveal the structures, inequalities, and contradictions that shaped the colonial experience. The book challenges conventional narratives while providing important insights into the long-term consequences of empire for both colonizing and colonized societies.
Overall, it is an essential read for fans of colonial history, political economy, economic history, and thoughtful examinations of power, inequality, and global development.