Bouz, Boris, Baruch est un faux grand-père, c’est juste un remplaçant. Mon vrai grand-père est mort à Auschwitz en 1942. Triple B a survécu. C’est un homme simple et doux, presque quelconque. Son seul mérite, c’est d’aimer la vie et de raconter des histoires. Mais aujourd’hui il est trop vieux : c’est à moi de raconter l’histoire de mon papi.
Agnès Desarthe - un nom que je connais parce que Geneviève Bridel Louvrier m'a dit que je devrais lire Le Chateau des Rentiers. A Johannesbourg, je suis limite par le choix des bouquins en français, mais l'Alliance Française avait une copie de Le Remplaçant, que je viens de lire. Une découverte énorme ! C'est comme elle a écrit un récit sur mon grand-père. TroisB - le remplaçant - a joue le même rôle dans la ville de la jeune fille dans ce roman que mon grand-père avec moi, pour plus ou moins les mêmes raisons. J’étais captivé du début à la fin. Évidemment je vais chercher d'autres œuvres d’Agnès Desarthe.
Très court récit de moins d'une centaine de pages. Dans la première partie, l'auteure raconte la vie de son grand-père, un juif Moldave qui a émigré en France avant la guerre. La deuxième partie porte sur Janusz Korczak, qui dirigeait un orphelinat à Varsovie jusqu'à ce que le personnel et les enfants qui s'y trouvaient soient déportés par les Nazis. Il y a un certain lien entre les deux parties que l'auteure explique dans son livre.
Le remplaçant est un court roman d’Agnès Desarthe sur la filiation et, plus généralement, le rôle des adultes vis-à-vis des enfants. C’est assez décousu mais c’est assez beau. Ce livre parle de son « grand-père », le compagnon de sa grand-mère en fait, et de son histoire extraordinaire ; des enseignants de l’auteur et, surtout, du pédagogue Janusz Korzcak qui a accompagné les enfants du ghetto de Varsovie jusqu’à Tremblinka. Inclassable et à lire tant le style est subtil et élégant.
Alors qu’elle travaillait sur le portrait d’un célèbre pédagogue polonais, Janusz Korsack, ancien directeur de l’orphelinat du ghetto de Varsovie, mort en déportation avec les enfants dont il s’occupait, le souvenir de son grand-père s’est interposé. Plus exactement, celui de l’homme qui a vécu avec sa grand-mère après la mort en déportation du grand-père biologique. C’est ainsi que Bouzia, Boris, Baruch ou Triple B, comme elle l’appelle, a joué toute sa vie son rôle de père et de grand-père remplaçant, s’occupant comme Janusz Korsack d’enfants qui ne sont pas les siens.
L’histoire de ces deux hommes, Triple B et Janusz Korsack, est l’occasion pour Agnès Desarthe d’évoquer la Shoah, de rapprocher les évènements vécus par les deux hommes, surtout pendant la seconde guerre mondiale. A propos de Korsack, elle remplit la mission qu’elle s’était confiée, c’est-à dire raconter l’homme et son travail d’éducateur, ses méthodes et son amour des enfants qui le mena jusqu’au camp. En ce qui concerne Triple B, c’est pour l’auteur le moyen de garder une trace de celui qui fut son grand-père, de lui rendre hommage, de lui dire son affection. Elle dresse un portrait très personnel de cet homme discret mais devenu bon vivant après la mort de sa femme, heureux de partager avec famille et amis bon repas et soirées de fêtes. Un homme qui racontait des contes et qui est peut-être à l’origine du don de l’auteur pour, à son tour, créer des ambiances qui savent charmer ses lecteurs, tout en évoquant des sujets graves et douloureux. D’ailleurs, dans ce livre, elle donne quelques clés sur son rapport à l’écriture et sur son cheminement personnel vers la construction de ses histoires. Un petit bijou qui se lit très vite !
Ce roman assez court est un vrai petit bijou. Il s'agit d'un très bel hommage à un grand-père qui n'avait pour mérite que d'être un magnifique conteur. Nous aimerions tous pouvoir écrire un jour une déclaration d'amour à un être cher, non pas pour ce qu'il a pu faire mais simplement pour ce qu'il a été. Le grand-père du roman n'a pas eu la meilleure place : il n'est que le successeur du grand-père de sang de l'auteur, mort dans les camps ... Mais aujourd'hui, lui est présent et on ne peut rester insensible à ce personnage haut en couleurs, et au fort accent russe, qui a su se faire une place dans sa famille d'adoption.
"Tout ce que j'ai retenu m'a été enseigné par les romans, le théâtre ou la poésie. Je n'ai jamais rien retiré des cours à l'école où au lycée des documentaires télévisés, de la lecture des journaux."