Rares sont ceux qui entendent les murmures de la nuit, ces voix innombrables, basses et profondes, qui chuchotent sans arrêt des secrets et des mystères révélés en rêve au monde entier. Les Morphoses de ce recueil sont des histoires murmurées par les voix.
Le monde est changement. L’enfant devient adulte, et le vivant meurt dans un cycle perpétuel. Mais des changements plus subtils, plus étranges, voguent à la frontière entre le changeant et le changé : le mort est-il bien mort? Que retrouve-t-on de l’autre côté de la métamorphose ultime? Le corps et l’esprit sont-ils liés? Forment-ils plutôt deux entités qui se chevauchent? Et si le corps ne correspond pas à l’esprit qui l’habite, le corps peut-il changer, s’adapter, se modifier? Un homme peut-il devenir un ange? Les morts peuvent-ils communiquer avec les vivants? Les Morphoses sont-elles réversibles?
Morphoses est le premier recueil de nouvelles de Mathieu Fortin, un auteur au catalogue en croissance rapide. Avec des romans comme Le protocole Reston, Le loup du sanatorium et la série Entités, Fortin nous a habitués à des histoires au rythme effréné où l'action prime sur l'ambiance. Avec Morphoses, c'est tout le contraire.
J'ai lu Morphoses par un vendredi d'automne pluvieux, bercé par une musique ambiante et sombre. Je me suis retrouvé dans un état d'esprit contemplatif fort agréable, où se mêlaient ténèbres et grisaille. La récurrence des thèmes et la présence quasi ubiquitaire de créatures à mi-chemin entre les anges et les démons forment une fresque fascinante. Ainsi, les nouvelles courtes composant la première moitié de Morphoses agissent en synergie, la valeur de l'ensemble étant supérieure à la somme de ses parties. Les photos parsemant le livre ajoutent beaucoup à l'ambiance, de même que le livre lui-même, un format poche de belle qualité.
Puis, alors qu'on tourne les pages, les nouvelles s'allongent et leurs intrigues deviennent plus définies. Le style y est moins ambiant, plus efficace, moins synergique. De bonnes nouvelles qui, sans révolutionner le genre, constituent une dose appréciée de littérature fantastique québécoise. Manque-t-il une étincelle à ces dernières nouvelles? Mon état d'esprit me rendait-il moins réceptif? Probablement un peu des deux... N'empêche, j'aurais aimé faire une pause entre ces deux parties de Morphoses.
Après cette lecture, je suis hanté par la certitude que le Québec manque de recueils de nouvelles fantastiques ou d'horreur. Morphoses est une belle addition à ce catalogue limité. Ainsi, je le recommande aux amateurs de fantastique et d'ambiances brumeuses.