Comme son nom l'indique, celui-ci est le premier de trois tomes (il me reste encore toute la suite à lire) sur l'Histoire des musées.
C'est il y a plus de 10 ans, lors que j'ai vu le film "Les statues meurent aussi" que je me suis rendu compte d'à quel point le concept de musée est étrange. Depuis je suis devenu un grand amateur de musées, de muséographie et de médiation et j'ai un peu essayé de m'intéresser à l'origine de ces institutions qu'aujourd'hui nous acceptons sans nous poser de question, mais qui n'ont rien de naturel.
De ce point de vue, je trouve ce livre fascinant car il montre à quel point le concept de musée n'avait rien d'évident tant qu'on ne l'avait pas inventé.
J'ai particulièrement apprécié dans ce tome la partie sur la naissance du concept en Italie, et j'ai trouvé aussi intéressant de voir comment sont apparus les premiers cabinets et musées d'Histoire naturelle, ainsi que la brève discussion à la toute fin sur l'évolution de l'accrochage des tableaux dans les premiers musées d'art. C'est incroyablement bien documenté : lorsqu'on cherche des ouvrages sur la question on dirait qu'il n'y a pas grande chose et voici que M. Pomian nous trouve des milliers de références.
J'ai aimé les parties qui introduisent chaque "livre" (chaque tome est divisé en livres) et chaque chapitre car on y résume un peu ce que l'on veut dire.
Ensuite, le développement, pour être honnête, est assez indigeste : raconter sur des centaines de pages que tel prince a acheté tel objet et a rajouté une aile à son château, puis son fils a vendu tel tableau à je ne sais qui dans le cadre d'une succession dont la plupart des mortels n'a rien à faire... c'est assez barbant.
J'ai été particulièrement déçu par le dernier chapitre "Vers le musée d'art", car j'ai trouvé les informations confuses, mélangées, avec du bruit et pas dans l'ordre, alors que ça devrait être le chapitre clé du livre (ses conclusions, en deux pages, sont d'ailleurs très importantes car posent la question du lien effectif entre les Lumières et la naissance des musées).
Les illustrations sont de bonne qualité et c'est agréable d'avoir des petites distractions de temps en temps lorsqu'on le lit d'une traite (dans mon cas, j'ai lu une moitié, puis l'autre moitié un an plus tard).
Enfin, je suis d'accord avec d'autres personnes : alors que le titre est "une histoire mondiale", ce premier tome ne parle quasiment que de l'Europe. Certes, le musée en tant que tel est certainement une invention européenne, mais dans ce livre on parle surtout de trésors princiers et de collectionneurs, qui ont dû exister partout dans le monde, sans forcément avoir un lien avec les musées. En faveur de l'auteur on dira que si le livre est déjà gros comme ça, qu'est-ce que ça aurait été si on nous avait parlé de l'Inde ou de la Chine !
Je recommande ce livre aux amoureux des musées qui soient prêts à s'accrocher car ce n'est pas légère. Certes, l'idée du livre est de servir de référence, pas forcément de le lire comme ça. Il suffit de lire les introductions et, ensuite, lorsqu'on veut s'intéresser à tel musée ou institution, revenir uniquement sur la partie concernée.
J'attends quand même un ouvrage qui se concentrerait uniquement sur l'analyse et qui résumerait les exemples sous des manières plus schématiques. Mais ça, c'est encore un autre projet.