C'est aux abords de la nuit que les hommes racontent des histoires. Des Guayaki de Pierre Clastres au chanvreur de George Sand et de Shhrazade aux parents d'aujourd'hui, il existe un lien atavique entre l'usage du rcit et la peur d'un univers livr aux puissances nocturnes. Ou plutt : il existait. La domestication du monde a fini par dispenser l'imagination des hommes d'oprer la catharsis de l'effroi des lieux qu'ils habitent. Affranchie de son ancien rle, la littrature ne clbre plus que son propre office. Mais voil que le monde change. Voil qu'un nouveau contexte hostile, inhospitalier fissure nos systmes de climatisation. Les dsordres climatiques nous remplissent de terreur, l'agonie de la vie sauvage nous accable de piti. Nous pleurons pour la plante et tremblons pour le futur. Ce nouveau sentiment tragique invite la littrature sortir de sa rserve et reprendre du service. Court-circuiter le rel n'est plus une solution. Licencier l'imaginaire n'est plus une solution. La hantise du contexte travaille de nouveau sous le plaisir du texte. L'conomie de la fiction se rouvre aux cycles longs d'une cologie du rcit.