Jump to ratings and reviews
Rate this book

La Théologie portative ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne

Rate this book
Parue clandestinement en 1768, la Théologie portative est un petit dictionnaire attribué officiellement de façon malicieuse à l'abbé Bernier, dans lequel D'Holbach brocarde avec humour et causticité la religion chrétienne, sorte de " dictionnaire des idées reçues a composé par " le premier philosophe ouvertement athée de l'histoire de la philosophie française ", comme l'écrit Michel Onfray. D'Holbach, et probablement son secrétaire Naigeon, y manient avec vigueur l'arme voltairienne par excellence : l'ironie. Feignant de défendre le christianisme, ils le raillent avec mordant et dévoilent avec vigueur et drôlerie les ridicules de la superstition religieuse. Cependant, sous l'aspect frondeur et les brocards, sous l'humour et l'ironie, c'est le bon sens, l'intelligence et la raison qui sont à l'œuvre, revendiquant tolérance, mesure et liberté de penser. Ce petit ouvrage décapant représente un moment savoureux de la " Révolution avant la Révolution ", annonçant la libération alors prochaine de la dictature religieuse. Est-il besoin d'ajouter que cette libération est toujours à l'ordre du jour ?

Amour - Passion maudite que la Nature inspire à un sexe pour l'autre, depuis qu'elle s'est corrompue. Le dieu des chrétiens n'est point galant, il n'entend point raillerie sur le fait de l'amour. Sans le péché originel les hommes se seraient multipliés sans amour et les femmes seraient accouchées par l'oreille.

Carcasse - Voyez Sorbonne.

Doctrine - C'est ce que tout bon chrétien doit croire sous peine d'être brûlé, soit dans ce monde soit dans l'autre. Les dogmes de la religion sont des décrets immuables de Dieu, qui ne peut changer d'avis que quand l’Église en change.

Éducation chrétienne - Elle consiste à faire contracter dès l'enfance aux petits chrétiens l'habitude salutaire de déraisonner, de croire tout ce qu'on leur dit, de haïr tous ceux qui ne croient pas ce qu'ils croient. Le tout pour former à l’État des citoyens biens sensés, bien raisonnables, bien tranquilles et surtout bien soumis au clergé.

Immatériel - C'est ce qui n'est point matériel, ou ce qui est spirituel. Si vous voulez quelque chose de plus, adressez-vous à votre curé, qui vous prouvera que Dieu est immatériel, que votre âme est immatérielle. Si votre esprit trop matériel n'y comprend rien, attendez que la foi vous vienne, ou craignez que votre esprit bouché ne soit un jour matériellement ou spirituellement grillé pour avoir été trop matériel.

Vérité - Il y en a de deux espèces : l'une est humaine, et l'autre est théologique ou divine. La première ne convient point au clergé, par conséquent elle est fausse ; la seconde lui est utile, par conséquent elle est vraie. La vérité utile et vraie est toujours celle qui convient à nos prêtres

169 pages, Paperback

First published January 1, 1977

1 person is currently reading
34 people want to read

About the author

Paul-Henri Thiry

382 books76 followers
Paul-Henri Thiry, Baron d'Holbach (born Paul Heinrich Dietrich), was a philosopher, encyclopedist, and prominent figure in the French Enlightenment well known for his atheism and voluminous writings against religion.

Ratings & Reviews

What do you think?
Rate this book

Friends & Following

Create a free account to discover what your friends think of this book!

Community Reviews

5 stars
10 (58%)
4 stars
3 (17%)
3 stars
4 (23%)
2 stars
0 (0%)
1 star
0 (0%)
Displaying 1 of 1 review
Profile Image for Yann.
1,413 reviews392 followers
February 12, 2013
"Quand l'absurde est outré l'on lui fait trop d'honneur
De vouloir par raison combattre son erreur:
Enchérir est plus court, sans s'échauffer la bile"
Il faut croire que le baron d'Holbach s'en est souvenu de cette morale de La Fontaine pour composer ce petit dictionnaire abrégée de la religion chrétienne. Affectant de la défendre des brocard injustes et outrés des philosophes, il en expose les ressorts dans des définitions irriguées par une ironie mordante et satirique, bien plus propre à dilater la rate du lecteur qu'à exciter son indignation.

Le rire est l'expression du triomphe de notre amour-propre, il répand sur notre visage et dans notre cœur une lumière apaisante et vivifiante. En nous gardant de la crainte ou du ressentiment, il excite notre magnanimité, et nous dispose favorablement à l'égard d'autrui. Mais à l'instar d'un Voltaire ou d'un Lucien, l'auteur ne cherche pas simplement à s'attirer les bonnes grâces du lecteur en le distrayant ou en flattant sa vanité; il veut éveiller sa conscience sur des injustices qui prospèrent là même où la critique n'est pas soufferte. Comme dans d'autres de ses ouvrages, les sujets de satire sont ceux de la veille de la révolution: la richesse de l'église, l'intolérance, la superstition, la bigoterie, l'écart entre les valeurs prêchées aux laïcs et la conduite du clergé, la simonie, l'interventionnisme politique et tous les troubles qui en découlent: guerres civiles, persécutions, etc...

Évidemment, le clergé peint dans cet écrit semble plus tenir de la prudence du serpent que de la simplicité de la colombe, tant ses malices et débordements sont mis en avant. Quant aux réformés, mêmes s'ils échappent à des traits qu'ils ont pour la plupart eux-mêmes tirés, ils ne sont pas exempts de quolibets, l'auteur ne faisant aucune concession aux erreurs qu'il fustige. Également, il n'épargne pas moins le profane, qui a la patience de l'âne en se laissant bâter, et la docilité du mouton en se laissant tondre. La faute, selon d'Holbach, à une éducation qui l'encourage à bien croire tout ce qu'on lui dit, à être bien soumis, à bien détester celui qui ne pense pas comme le clergé, à bien haïr le plaisir, à bien se tourmenter, à bien se mépriser - tout en aimant son prochain comme soi-même, c'est-à-dire, pour l'ordinaire, le faire bien enrager - et enfin surtout à bien payer.

Alors d'Holbach va-t-il trop loin en se moquant de tout, et mérite-t-il vraiment notre intérêt ? Après tout, pour vivre en paix et bon voisinage, le bon sens et la politesse nous commandent d'être longanime, de pardonner les erreurs que l'on voit chez autrui, de ne pas exciter le ressentiment en remuant des querelles, de ne pas jugé de peur d'être jugé, de à ne pas chercher de paille dans le nez du voisin quand une poutre loge peut-être dans le notre. Mais tout bien examiné, on se rendra compte que ces mêmes principes sont ancrés dans l'auteur, et qu'il ne vise au contraire qu'à les défendre. Il ne me semble pas que son intention soit tant de jeter un opprobre général sur le clergé - car c'est au final toujours le vice qui est dénoncé - que de contenir ses abus par une censure franche, vigilante et sans concessions, ni de fatiguer les croyants en les chicanant sur des points de métaphysique - il ne cesse de plaider pour la tolérance - que de prendre leur défense, en leur montrant qu'ils ne doivent pas s'en laisser imposer par ceux qui pourraient abuser injustement de leur confiance.
Displaying 1 of 1 review

Can't find what you're looking for?

Get help and learn more about the design.