Premier roman de Jim Harrison et première franche réussite:) J'ai lu du même bonhomme Légendes d'Automne(1979), Dalva(1988) et Une Odyssée Américaine(2008). Tous ces romans et novellas m'ont beaucoup plu et leurs qualités étaient déjà en germe dans ce Wolf de 1971 aux effluves autobiographiques:)
Swanson est un homme de 33 ans porté sur le whisky, les femmes et les forêts. Ses ambitions professionnelles sont minimes et il passe de petit boulot en petit boulot tout en essayant d'écrire ou du moins peut-on le penser. Il part pour un périple d'une semaine dans les monts Huron et ce faisant il se raconte par flash-backs qui sont autant de bribes et de morceaux d'un passé en lambeaux épars.
Harrison a mis beaucoup de lui-même dans ce roman mais ce n'est pas une autobiographie. De même le récit de Swanson a peut-être des velléités littéraires et on ne sait pas toujours si ses digressions sont des créations ou si elles font référence à des faits avérés:)
Quoi qu'il en soit le roman est puissant, et, de par cette forme qui fait sans arrêt l'aller-retour entre passé et présent au détour d'une sensation qui ravive le souvenir, terriblement efficace. On finit par être pris dans un flux de souvenirs qui n'est pas sans rapport avec les rivières et lacs où se baigne Swanson.
C'est aussi une célébration bien particulière de la nature que je rapproche du Big Sur de Jack Kerouac. La nature n'y est pas idéalisée et elle est parfois très hostile, enfin elle vit sa vie propre, mais elle est aussi catalyseur du souvenir, et refuge d'un homme blessé et un peu paumé:) blessé et paumé parfois de façon bien volontaire.
Swanson est cet homme, et d'ailleurs tous les hommes, qui ne savent pas ce qu'ils veulent être et ont une constante envie de partir, puis de revenir, et de ce fait, sont toujours frustrés et mal à l'aise partout, comme inadaptés. Il a eu des aventures sentimentales et sexuelles( Bukowski es-tu là ? :) mais toutes ont été soit courtes, soit incomplètes, soit encore l'affaire d'une nuit ou d'une partie de jambes en l'air sans plus d'attaches.
Wolf, c'est le portrait d'un homme qui est aussi porteur d'un lourd passé, qui a connu des drames familiaux mais qui est comme étranger à ses racines et à ses parents, tout en ayant de l'affection et des souvenirs bien précis d'eux. Wolf, c'est le roman de la mémoire familiale et affective qui revient lancinante et ô combien tangible sans qu'on ne le demande.
Le roman est également traversé de mille interrogations politiques, philosophiques( entre deux bourbons:), écologiques...humaines enfin. Pour moi cela fonctionne très bien et est fort intéressant.
C'est enfin une réflexion un rien désabusée sur le passage du temps, l'éphémère de toute chose, l'intangible des relations humaines, sur la solitude, la puissance de la nature et son côté " rédempteur", la permanence du souvenir et l'insatisfaction de l'Homme, toujours en quête et toujours en mouvement.
Je ne donne pas 5 étoiles car les thèmes ont été abordés avant et de façon magistrale par Kerouac notamment. Reste que cette lecture a été excellente et qu'Harrison me parle définitivement:)
Pour aller plus loin:
Voir Into the Wild de Sean Penn(2007)/ Gerry(2002) de Gus Van Sant pour l'errance et le "retour à la nature".
Lire Big Sur(1962) de Jack Kerouac/ Souvenirs d'un pas Grand-chose(1982) de Charles Bukowski.
Écouter After the Gold Rush(1970) de Neil Young.