"Car à bien y réfléchir, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même - et à eux, aux hommes, cela va de soi. Je crevais d'être vue par eux, voulue par eux, admirée d'eux. Leur approbation conditionnait ma vie. Alors je les flattais et leur donnais ce qu'ils attendaient, je croyais ainsi m'émanciper, m'éloigner de ma mère, défier des règles ancestrales ou religieuses. J'étais en vérité leur esclave."
Quand Lila, dix-huit ans, emménage à Paris pour y étudier le droit, tout lui semble à portée de main. Pourtant, à la faculté, la réalité des rapports sociaux la rattrape. Ses camarades des beaux quartiers respirent l'assurance et la sécurité, elle enchaîne les petits boulots pour payer son loyer. Une situation qui la rend invisible.
Alors, protégée par un pseudonyme, Lila commence à se prostituer sur Internet. Elle fixe le prix, rencontre des hommes choisis, soutenue par des consoeurs de la "putosphère". D'abord enivrée de sa puissance, la jeune femme perd peu à peu le contrôle sur ce corps dangereusement étranger.
En mettant en scène les rapports de domination et les fractures sociales sous le prisme de la prostitution, puis de la pornographie, Aure Hajar signe un roman bouleversant sur le conditionnement et la liberté de choisir sa vie.
je trouve ça super, super que ce livre existe, je vois difficilement comment on peut le lire autrement que d'une traite, il me fait mal et me fait "moi aussi" à tous les bons endroits, et je suis profondément reconnaissante envers l'autrice d'être allée aussi profond et d'avoir offert aussi fort dans ce texte. c'est le genre de livre dont plein de gens - bien intentionnés au demeurant - diront "ça a dû être très thérapeutique à écrire" alors que le fait même de l'écrire a dû être immensément douloureux, et que ce n'est qu'une fois le texte publié qu'on peut goûter enfin à une forme de soulagement.
sans forcément me porter caution d'absolument tout ce qui est dit, j'ai bcp de respect et de gratitude pour le point de vue qui y est exprimé, l'ensemble de réalités sur le TDS qui y sont représentées tout à la fois, entre la nécessité de faire communauté, les limites desdites communautés, le classisme, le racisme qui ne disparaissent évidemment à aucun moment de l'équation, le tout en évitant angélisme ou diabolisation, mais en creusant quelque chose de bien plus juste et utile politiquement, je crois. quelque part entre un plaidoyer pour plus de sécurité et de protection des travailleuses du sexe, un roman d'apprentissage, et un témoignage de la violence, qui n'est pas tant la violence du TDS en soi que la violence des hommes. c'est les hommes qui sont haïssables, à la base, en fait, pas le TDS. maintenant la société est telle qu'elle est et les clients du TDS sont des hommes alors l'un dans l'autre, pas besoin non plus de faire des tartines d'épistémologie. mais c'est bon de le dire, de le lire (et qu'est-ce qui n'est pas violent quand on est une femme et quand on travaille). c'est la parole d'une femme qui dit "pour moi c'était trop dur, ET je comprends que d'autres continuent, ET je ne voudrais jamais y retourner, ET les TDS ne sont pas de fragiles petites choses, pauvres victimes qui ont besoin d'être sauvées d'elles-mêmes". avec des "et", pas des "mais".
Une déflagration, voilà comment je décrirais le premier roman d'Aure Hajar. On y entre dans le quotidien de Lila, alias Fleur, 18 ans qui, pour se faire intégrer par ses camarades de fac dont elle n'arrive pas à suivre le train de vie, commence à se prostituer.
À travers la situation de la jeune fille et le microcosme de la prostitution puis de la pornographie, c'est toute la société que l'autrice passe au peigne fin. Elle analyse les rapports entre les classes sociales et, surtout, entre les femmes et les hommes. Les premières cherchent la validation à travers le regard des seconds, comme Lila qui recherche l'approbation de son petit ami, d'un homme qui veut devenir son mentor ou de ses clients. Les rapports de Lila avec ceux-ci sont une véritable fenêtre sur le couple et les rapports de domination qui s'y jouent.
Les liens entre femmes sont également évoqués, entre sororité et rivalité. Lila éprouve de l'empathie pour les femmes de ses clients ou trouve du soutien dans ce qu'elle nomme « la putosphère ». Mais cette solidarité fragile est souvent rattrapée par notre besoin de nous comparer, de surpasser les autres femmes.
Le roman n'est jamais voyeuriste malgré des descriptions très crues, car l'autrice surexpose à ces scénarios patriarcaux le female gaze de sa protagoniste. Elle observe et dissèque ce qui se passe autour d'elle avant de réaliser sa propre introspection, celle de la violence qui l'habite.
Alors n'attendez plus, partez à la rencontre de Lila, toujours présente derrière Fleur, qui se bat pour exister en-dehors du regard des hommes. Pour devenir une femme sans être guidée par la mémoire traumatique. Pour être sans se dissocier. Un premier roman d'une impressionnante maîtrise, qui reste dans mes pensées longtemps après l'avoir refermé, comme un négatif imprimé sur ma rétine. Le regard singulier de Lila et son envie brûlante de s'en sortir m'ont bouleversée.
Lorsque j'ai vu ce livre la première fois, j'ai tout de suite été emballée par la couverture, elle a un toucher spécial, en relief, j'ai appris depuis que c'était la marque de fabrique de la collection "Apparté" des éditions Eyrolles. J'ai aussi été intriguée par cette femme qui à la fois se cache et se dévoile, avec ce rouge et ce bleu qui se marient si bien. Après avoir lu le résumé, j'ai très vite eu envie de voir comment l'autrice avait traité le sujet.
C'est un premier roman pour Aure Hajar, et après avoir refermé son livre, je dois dire qu'elle a mis la barre très haute et qu'elle a commencé vraiment très fort. Le sujet est très fort et dur, mais surtout, le style d'écriture est rude aussi, il colle parfaitement au sujet, l'autrice est directe dans ses mots, ne cache rien. Et j'ai vraiment beaucoup aimé son style, sa plume et sa façon de traiter le sujet. Ce sujet c'est la prostitution, et aussi la précarité des jeunes étudiants.
Je ne vais pas trop revenir sur l'histoire. On va faire la connaissance de Lila. C'est une jeune fille qui arrive à Paris pour suivre ses études de droit. Elle vient d'un milieu modeste, elle va se retrouver confrontée au train de vie des autres étudiants, il va falloir qu'elle trouve un moyen pour subvenir à ses besoins. Elle enchaîne les petits boulots mais c'est difficilement conciliable. Alors, Lila s'inscrit sur des sites pornographiques et devient escort. Elle prend un pseudonyme, Fleur, elle rencontre des hommes, gagne de l'argent. Elle est aidée par d'autres prostituées, qu'elle appellera la "putosphère". Elles s'entraident beaucoup. Plus le temps passe, et plus Lila se met en danger et gravit des échelons dans la pornographie, tout en essayant de continuer ses études.
Le roman est divisé en trois parties qui représentent les trois stades atteints par Lila. Je ne peux malheureusement pas vous les révéler, je ne veux pas spoiler. C'est devinable, Lila va rentrer dans un engrenage qui la pousse à aller de plus en plus loin. Et en tant que lectrice, j'ai assisté impuissante à cette descente aux enfers. Je me suis très vite attachée à Lila, j'ai eu envie de lui parler, de l'aider, de la protéger. Je lui parlais parfois, je lui disais de ne pas faire ça ou de ne pas aller là, je la trouvais tellement réelle. L'autrice la rend très réelle d'ailleurs, et rend tout son entourage très réaliste aussi. Elle ne mâche pas ses mots, elle est concrète et décrit très bien la vraie vie.J'ai eu la chance de la rencontrer virtuellement grâce au club des lectrices Eyrolles, elle expliquait qu'elle s'était appuyée sur des faits authentiques, qu'elle avait rencontré des jeunes femmes ayant vécu la même chose que Lila. C'est ce qui fait que le récit est tellement vrai. Et qui le rend encore plus glaçant. Bien sûr, je ne suis pas née de la dernière pluie et je sais que tout ceci existe, mais le lire au travers d'un personnage rend le sujet encore plus marquant.
Selon Aure Hajar, ce roman était au début un essai qu'elle a ensuite romancé. Son style d'écriture est tellement percutant, et en même temps très sensible. Elle ne dramatise pas plus le sujet qui est déjà très dur. J'ai beaucoup aimé sa plume, et j'ai bien ressenti tout le travail qu'elle avait dû faire en amont. Elle a mis cinq ans pour écrire ce livre, ce qui explique bien la justesse du propos. La narration à la première personne du singulier fait que je me suis encore plus attachée au personnage principal, j'ai été au plus près de ses pensées et de son ressenti. Et c'est parfois très compliqué. J'aurais quelquefois aimé prendre de la distance vis à vis de Lila. Mais c'est ce qui fait aussi l'intensité de ses émotions.
Aure Hajar rend, à travers ce roman, un hommage vibrant aux femmes, à ces travailleuses du sexe, qui chaque jour sont confrontées à la violence des hommes, à leurs envies dévastatrices pour leurs corps, pour leurs âmes. Les violences sont à la fois corporelles et psychologiques. Bien sûr, je savais déjà tout ça, mais comme j'ai dit plus haut, le lire et le vivre au travers un personnage, c'est très troublant. Les hommes n'ont pas le beau rôle ici, ce n'est pas le propos. Il y en a des sympas, mais j'avoue que je retiens surtout ceux qui ont été les plus brutaux.
Ce livre est un coup de coeur, pour l'histoire, pour le personnage de Lila, pour la plume de Aure Hajar, et pour toutes ces femmes qui subissent l'innommable. J'ai dû laisser reposer un peu avant de pouvoir écrire cette chronique, mes sentiments étaient à vif juste après la lecture. Après quelques jours, je retiens surtout la place et la parole qu'a données l'autrice à ces femmes bien souvent Invisibles. Je vais suivre Aure Hajar de près, j'aimerais beaucoup la lire à nouveau, pour un premier roman, elle a tapé très fort.
Je ne peux que vous conseiller ce roman, il n'est pas tout le temps simple à lire, gardez une lecture plus légère à côté. Moi je l'ai lu d'une traite car je voulais savoir ce qui arrivait à Lila. Bien sûr, le sujet est difficile, et cela peut rebuter, mais je trouve qu'il faut lire ces histoires, pour rendre une sorte d'hommage à ces femmes, et surtout pour réaliser ce qu'elles vivent, ne pas les juger. On dit que c'est le plus vieux métier du monde, mais comme j'aimerais qu'il soit éradiqué...
J'ai beaucoup aimé ce roman, et j'ai très envie de vous convaincre de le lire. Le sujet est grave, parfois lourd. D'escort girl a actrice porno il n'y a qu'un pas, et Lila va le franchir bien plus vite que prévu. Voici donc un livre écrit par une femme, à propos d'une femme, et probablement pour les femmes (mais messieurs, foncez, vous risquez d'apprendre deux trois trucs...). Nous suivons donc Lila qui, pour payer ces études et réussir à garder le même train de vie que ces amis parisiens, "décide" de se prostituer sur internet. Et toutes ces rencontres, tous ce qu'elle va subir, toutes ces discussions sur la putosphere, n'est ni plus ni moins que le reflet accablant de 'notre société actuelle. Rapport de force, soumission, dévalorisation, propension masculine à décider que les corps féminins sont leurs propriétés et qu' ils peuvent en disposer à loisir, remise en cause de la parole des femmes... Tout y est. En plus d'un sujet maîtrisé, et d'une réflexion engagée sur la domination masculine, @aurehajar a une plume tranchante, direct, aussi acérée que son regard sur le monde. Et au milieu de ces grandes dénonciations, il y a Lila. Lila c'est votre sœur, votre voisine. C'est peut être votre mère, c'est peut être moi. Lila c'est la volonté de s'en sortir, pas toujours sans failles. C'est la détermination et le besoin de se relever, toujours.
Ce livre était tout simplement magnifique. Je l'ai dévoré en quelques jours.
"Sentir mon corps brûler" est une autobiographie d'auge Hajar, qui enseigne aujourd'hui le droit en faculté. Lors de ses études, elle décide de se prostituer et s'enferme dans une spirale infernale, où elle repousse son autodestruction dans ses retranchements, jusqu'au moment où son corps la lâche.
Elle nous emmène dans son parcours, de jeune femme vulnérable et esseulée, en quête d'amour et de reconnaissance, jusqu'au moment où elle se soulève face à ce monde fait d'hommes violents et déshumanisants. Elle dépeint si justement la façon dont les clients abusent d'elle et la rabaissent. Elle décrit ces hommes, qui sont si autocentrés et ne voient que ce qu'ils veulent bien voir d'elle, comme une poupée désarticulée sur laquelle on projette ses envies et ses désirs. Cette violence va crescendo, tandis qu'elle se dissocie de plus en plus d'elle-même.
Jeune étudiante issue d’un milieu populaire, Lila commence des études de droit dans une université parisienne. Elle réalise bien vite que ses maigres ressources ne lui suffiront pas pour exister parmi les étudiants aisés de la faculté. Un choix raisonné s’impose alors à elle: la prostitution occasionnelle, qui lui permettra de gagner correctement sans sacrifier d’heures d’étude. Du moins le croit-elle… S’ensuit le récit d’une aliénation inéluctable explorant les replis les plus sombres d’un société qui se veut libérée mais n’hésite pas à asservir les femmes. Dur.
Aure Hajar a frappé à la bonne porte avec ce roman foncièrement féministe, sans aucune pitié pour les « bêtes », ces hommes qui consomment les femmes et s’approprient leurs corps. Elle a conforté mon ressenti face a la prostitution, mon profond respect pour les TDS et ma colère contre les clients qui considèrent le s3x3 comme un dû. Elle confirme aussi la cruauté de l’industrie p0rn0graphique traditionnelle à travers plusieurs scènes racontées avec une froideur chirurgicale.
« Sentir mon corps brûler » est un roman fort et brutal sur l’oubli de soi. Je pensais, vu le thème, que sa lecture serait lente et un peu laborieuse mais j’ai enchaîné rapidement les pages, happée par les pensées de la narratrice. Une lecture indispensable pour qui s’intéresse aux mécanismes de domination dans notre société!
Le parcours d’une étudiante en droit glissant dans l’escorting, pour l’argent d’abord mais aussi et surtout pour avoir le sentiment d’exister dans les yeux des hommes… puis l’engrenage jusqu’à devenir actrice porno et l’enrayement de son corps, de sa vie.
Au-delà des rouages du milieu de la prostitution, Aura Ajar nous livre une véritable fresque sociale en y illustrant à la perfection le poids du capital économique mais aussi social et culturel, et évoque en pointillés les questions de l’immigration, des groupes d’appartenance et de références et de l’identité de manière générale.
Un roman retentissant de réalisme qui m’a donné le sentiment d’être témoin impuissante, regret néanmoins d’une fin un peu brutale et un « happy ending » peu crédible et cliché.
« J’étais passée du statut de suiveuse mal dans sa peau à celui de pute. Une pute terriblement seule, pour qui l’amour, la joie, l’avenir n’existait pas »