Un roman somme toute médiocre, avec une héroïne assez désagréable, un style pompeux et quelques messages problématiques pour un livre jeunesse.
Camille est une ado de 13 ans, elle est dotée d’un haut potentiel intellectuel et est issue d’une famille de la haute bourgeoisie. Elle est amie avec Salim, un gamin de la cité. Un jour, elle se découvre un pouvoir magique qui va entrainer les deux adolescents dans un autre monde.
Si je n’ai pas d’exigences particulières concernant le niveau de langue lorsque je lis des romans adultes, considérant que le lectorat a probablement le vocabulaire et la compréhension nécessaires pour rentrer réellement dans le contenu, je m’interroge sur l’adéquation de langage soutenu dans la littérature jeunesse. Il semble qu’il y ait une croisade chez certains auteurs français, consistant à éduquer le lecteur à la Beauté de la Langue Française, peu importe la fluidité de l’histoire ou la compréhension générale. Bottero fait clairement partie de cette secte-là et j’ai été rebutée dès le début du livre par le style adopté, trop pompeux, trop ambitieux, trop inutile. J’ai même utilisé le dictionnaire pour savoir ce qu’était un hallier parce que ça me tapait un peu sur les nerfs de ne pas être à mes plus ou moins 100% de compréhension habituels (rappelons que tout le monde n’est pas un lecteur expert et certainement pas des lecteurs de 10-14 ans).
Malgré l’impossibilité d’adhérer au style, j’ai trouvé l’histoire sympathique et entrainante, grâce à la découverte progressive du second monde, mais le dernier tier manquait de souffle. J’ai apprécié les aspects culturels développés (nourriture, histoire, vêtements, monnaie, peuples, conflits, etc) et j’ai trouvé la magie originale et intrigante. Côté personnages, Camille n’était pas particulièrement attachante, voire carrément désagréable, mais l’auteur fait bien transparaitre certains traits de personnalité que l’on peut retrouver chez des personnes à haut potentiel intellectuel. Camille est ainsi peu patiente avec les autres, elle analyse avec succès son environnement et est sûre d’elle en ce qui concerne ses capacités. Cela m’a paru incohérent avec sa soi-disante parfaite intégration scolaire, d’autant plus que l’intégration sociale semblait au raz des pâquerettes, mais c’est du détail. J’ai bien aimé Salim, le fait qu’il était black et enfant de la cité étaient un plus à mes yeux. C’était globalement un personnage enthousiaste et positif, remplissant bien le rôle de soutien, malgré les dangers et difficultés de l’aventure. Dommage toutefois qu’il ait endossé le rôle de l’amoureux transit, d’autant plus qu’il se faisait rembarrer par Camille les trois quarts du temps. Quelques clichés étaient présents, ils pourront en déranger certains en terme de représentation. En ce qui concerne les adultes, on est loin d’un bilan positif, ils manquaient tous de crédibilité ce qui n’aurait pas été gênant s’ils avaient eu des rôles d’antagonistes ou de personnages très secondaires. Là, ils sont guides, sauveurs, enseignants, etc. Mal écrits donc et très prônes à la leçon explicative sur l’univers imaginé, sans aucune subtilité (de l’info dumping en bref).
Passons aux charmants messages sous-jacents instillés (par négligence, je l’espère) dans l’esprit de nos chères têtes blondes (et brunes et rousses). Dans les premiers chapitres du livre, Salim est traité de "oh le nègre, c’est quoi cette coiffure de fille ?". Pas de difficulté ici, il s’agit de racisme avec un zeste de sexisme. Si Bottero pense judicieux d’utiliser des phrases comme "cette similitude ne pouvait être fortuite" dans un roman jeunesse, voilà donc qu’il en perd soudainement son vocabulaire et nous définit les belles insultes racistes par "bêtise, méchanceté et mesquinerie". Non, non et non. Vers la moitié du livre, on enfonce encore un peu le clou, voilà que Salim fait preuve de jugeote (et d’humour) et qu’un adulte lui répond "Je commençais à craindre qu'Ewilan ait choisi un sous-doué comme ami". J’ai travaillé plusieurs années avec des "sous-doués" (on appelle ça des enfants en difficulté), le handicap, la difficulté scolaire ou sociale n’ont jamais empêché qu’ils aient des qualités, soient sympathiques ou dignes d’avoir des amis. Je trouve qu’il s’agit d’un message lamentable et, à mes yeux, il relègue le livre au rang de torchon. Il ne me viendra donc jamais à l’idée de le recommander ou de l’offrir à un jeune lecteur et je trouve bien triste de voir que des messages de ce type semblent acceptables pour de nombreux lecteurs. Le Monde d’Ewilan date de 2003, pas des années 1930.
A la base, on m’avait recommandé Ellana, mais j’avais souhaité attaquer la série par le véritable début. D'un monde à l'autre s’est avéré médiocre à mes yeux avec beaucoup plus d'aspects négatifs que positifs. Je tire donc ma révérence, préférant arpenter des chemins éloignés de la prose élitiste et des messages problématiques de Bottero.