Je n'ai pas lu tout Tremblay, loin de là, mais difficile d'imaginer que ce n'est pas sa meilleure pièce, ou du moins dans ses plus fortes. C'est si cru, et la superposition des dialogues, des temporalités, est menée de main de maître. On imagine que ça se reçoit mieux à l'oral, quand on voit la pièce sur scène; ça demande une certaine concentration à l'écrit de lire ces feux entrecroisés. Mais ça fesse, ça fait mal, et Carmen est un beau personnage qui refuse le passé sans sombrer dans le déni.
La préface de Michel Bélair m'a un peu fait tiquer sur un point, c'est-à-dire qu'il présente Marie-Louise comme une vieille câlisse qui essaie de faire pitié (ce qu'elle est, sans contredit), mais il épingle cela en grande partie sur son blocage sexuel, réactivant le fameux mythe de la fille frustrée qui aurait donc besoin d'une bonne baise. Si elle est effectivement aux prises avec un blocage venant de son éducation religieuse et du silence de sa mère, à la lecture de la pièce on voit tout de même les violences sexuelles qu'elles a subies. Je pense qu'un peu de compassion pour Marie-Lou serait de mise, monsieur. Elle est loin d'être parfaite, mais tout ne lui incombe pas.