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La Turchia contemporanea

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La Turchia invia all'Europa segnali contrastanti. Il paese, musulmano per il 99% e candidato ormai da diversi anni all'ingresso nell'Unione Europea, si è dotato di un governo "islamico moderato" e dispone di strutture formalmente democratiche, ma la sua politica, sia interna che estera, viene dettata da un Consiglio nazionale di sicurezza composto per lo più da militari. Il libro fornisce gli strumenti per comprendere meglio questa situazione ricostruendo la vicenda storica del Paese lungo l'intero arco del Novecento: dalla guerra di indipendenza (1919-1922) alla costruzione del moderno stato kemalista, ai regimi militari e alle elezioni politiche del 2002, che hanno segnato il definitivo tramonto della vecchia classe politica.

149 pages, Paperback

First published June 1, 2004

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About the author

Hamit Bozarslan

49 books14 followers
1958 Lice doğumlu olan Hamit Bozarslan tarih ve siyaset bilimi alanlarında doktorasını tamamladıktan sonra 1995-1997 yılları arasında Berlin’de bulunan Centre Marc Bloch’da araştırmacı olarak yer almış, ardından EHESS-École des Hautes Etudes en Sciences Sociales’de (Paris Sosyal Bilimler Yüksek Okulu) çalışmaya başlamıştır. 2002-2008 yılları arasında, aynı kurum içinde yer alan Institut d’études de l’islam et des sociétés du monde musulman (İslâm ve Müslüman Toplumları Enstitüsü) başkanlığını da yürütmüştür. Halen EHESS bünyesinde profesör olarak araştırmalarına devam etmektedir. Ortadoğu’da şiddet, siyasal hareketler, Kürt sorunu gibi konularda çalışmalarıyla tanınmaktadır. İletişim Yayınları tarafından yayımlanan eserleri arasında Ortadoğu: Bir Şiddet Tarihi (2010), Ortadoğu’nun Siyasal Sosyolojisi (2012) ve Türkiye Tarihi: İmparatorluktan Günümüze (2015) adlı kitapları yer almaktadır. Lüks ve Şiddet, İbn Haldun’da Tahakküm ve Direniş (2016) adlı çalışması Med 21 Programı İbn Haldun ödülüne layık görülmüştür.

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Displaying 1 - 5 of 5 reviews
Profile Image for Yann.
1,413 reviews392 followers
August 18, 2020
Ce petit ouvrage donne un aperçu de l'histoire de la république de Turquie, née au cours de la première guerre mondiale. Sous l'impulsion de son chef, elle prend une route autoritaire, inspirée par les expériences des dictatures italiennes et soviétiques, et impose l'uniformité et la discipline au sein de la population. Il met en place un type de laïcité un peu particulier, qui mâtine la subordination du culte à l'état d'une part à l'effacement de son expression dans l'espace publique d'autre part. Lors du second conflit mondial, le pays déclare la guerre au dernier moment à l'Allemagne nazie pour se trouver dans le camp des vainqueurs. Il devient dans la guerre froide un allié dans le camp des Etats-Unis contre celui de l'Union Soviétique. Cette période est traversée par des violences politiques brutales entre divers groupes qui ne sont pas d'accord entre eux, ainsi que des putsch militaires. Tout ce tableau est assez navrant. L'ouvrage, écrit à l'époque de l'avènement au pouvoir des islamistes, veut se finir sur une note optimiste, mais elle reste bien plus mesurée qu'enthousiaste.

L'ouvrage reste quand même court. En dépit d'une foule de détails intéressants, je reste sur ma faim sur le manque de cartes, de tableaux, d'illustrations, mais surtout de mises en perspectives historiques. La présentation hésite entre le thématique et le chronologique, ce qui m'a donné parfois une impression de fouillis. L'ouvrage aurait beaucoup gagné à ne serait-ce que brosser le tableau de l'Empire Ottoman au XIXème siècle, pour en montrer les différences, les parallèles et les continuités avec la Turquie moderne. Malgré tout, ça reste une bonne introduction à un sujet sur lequel je n'avais quasiment aucune connaissance.
Profile Image for Elisa.
168 reviews32 followers
October 10, 2012
« Plutôt que de partir des catégories normatives, qui construisent tout autant un monde musulman, associé aux « ténèbres asiatiques », qu’une personnalité quasi miraculeuse capable de rapprocher une partie de ce monde d’un « modèle occidental », lui aussi anhistorique, j’essaie de placer le kémalisme dans le contexte des courants et expériences politiques « révolutionnaires », notamment européens, d’entre les deux guerres. »

« La proclamation d’un « ordre nouveau » (nizam-i cedid) en 1793, qui remplaça l’ « ordre universel » (nizam-i âlem) de l’Empire, parut dans un premier temps suffisante pour enrayer le « déclin ». »

« Enfin, les réformateurs voyaient dans les écoles militaires et civiles « à la française », dont la fameuse Mülkiye (Ecole d’administration), le pilier central d’une nouvelle bureaucratie fidèle et efficace. Le résultat fut l’émergence d’une intelligentsia très différente des alim (savants) ottomans : en rupture avec le Palais, elle fut plus attirée par l’action révolutionnaire que par le devoir d’obéissance et, comme le dit Cemil Meriç, s’attacha plus à l’idée de progrès qu’à celle de l’ordre. »

« Pour la première fois, en effet, un sultan ottoman, Abdûl Aziz (intronisé quelques mois auparavant), était assassiné lors d’un coup d’Etat monté par des officiers et bureaucrates civils. Si le régicide n’était pas inédit dans l’histoire ottomane, l’assassinat d’un sultan par des éléments extérieurs au Palais l’était. Il témoignait clairement que les réformes avaient produit une nouvelle génération de militaires et de bureaucrates qui ne se considéraient plus comme de simples serviteurs de l’Etat, mais visaient à en devenir les maîtres. »

« le congrès de Berlin, réuni le 13 juin 1878, reconnut la Serbie et la Roumanie comme Etats indépendants et la Bulgarie accéda à une large autonomie qui réduisait à néant la souveraineté ottomane. Bien que toujours officiellement territoires ottomans, la Bosnie et l’Herzégovine passèrent sous le contrôle militaire de l’Autriche. Enfin, les chrétiens de l’Empire furent placés sous la protection de la France. Au lendemain de ce désastre qu’il interpréta comme une preuve flagrante de l’échec des Tanzimat, Abdûl Hamid II dissolvait l’Assemblée et suspendait la Constitution. Il fit également arrêter Midhat Pasa, architecte et principal responsable de l’expérience constitutionnelle (sa mort en prison fut imputés au Palais). »

« Sans leur faire de concessions majeures, Abdûl Hamid II se montra attentif aux critiques venues d’oppositions islamistes aussi variées que les wahhabites ou les salafistes. »

« Les massacres de 1894-1896, qui firent au moins 100 000 victimes arméniennes, constituèrent effectivement le premier pas concret vers la réinvention de l’Anatolie comme une entité turque et musulmane. »

« La majorité des Jeunes-Turcs était des Ottomans musulmans, mais d’autres étaient chrétiens, juifs, ou encore musulmans de Russie. Si « Liberté et Constitution » étaient leurs mots d’ordre, ils ne s’inspiraient pas moins de multiples courants d’idées européens, des plus conservateurs aux plus révolutionnaires. Alors que certains désiraient le renouveau de l’Empire, d’autres aspiraient à une révolution comme une « fête de sang ». Et parfois, ils pouvaient s’identifier à plus d’un courant en vogue dans la capitale française : « En Europe, au début du XXème siècle – selon la narration moqueuse de Yahya Kemal -, les Jeunes-Turcs en extase écoutaient les discours de Jaurès, ils suivaient ensuite, les larmes aux yeux, la marche des membres de l’Action française et, un autre jour, applaudissaient les monarchistes. »
Dans ce foisonnement d’idées, deux courants parvinrent néanmoins à se dégager au tournant du siècle pour déterminer par la suite la vie politique ottomane et turque : l’Union ottomane, rebaptisée plus tard Comité Union et Progrès, officiellement dirigée par Ahmed Riza, et l’Organisation de l’Initiative privée et de la Décentralisation, dont le prince Sabahaddin, neveu du sultan, était la figure emblématique. »

« D’emblée, cette deuxième monarchie constitutionnelle fut perçue comme la « proclamation de la liberté »). A partir du 24 juillet, toutes les grandes villes de l’Empire connurent fêtes et fraternisation ; d’Istanbul à Salonique, des cortèges mixtes, réunissant musulmans, chrétiens et juifs, célébrèrent la fin de l’ « absolutisme », et scandèrent la devise « Liberté, Egalité, Fraternité, Justice ». L’image de la liberté, incarnée par un personnage féminin dévêtu à la manière de Marianne, et celle de la Constitution, représentée par un enfant, devinrent les symboles d’une période d’attente et d’espoirs La « proclamation de la liberté » permit ainsi de prendre la mesure des changements qu’avait silencieusement connus l’Empire sous le règne d’Abdûl Hamid II. En quelques semaines, des organisation politiques, aussi bien musulmanes que grecques et arméniennes, une presse libre d’une grande vitalité, les premiers syndicats, les premières organisation féminines et les premiers entre culturels de nombre de communautés musulmanes virent le jour.
Le 24 juillet fut salué, aussi bien à Istanbul qu’à Paris, comme la « deuxième Révolution française en Orient ». Les Jeunes-Turcs commencèrent d’ailleurs à évaluer leurs avancées et reculs, ou encore leur place dans l’histoire par rapport à leurs prédécesseurs français grâce à une table de concordance entre les deux révolutions. Mais contrairement à la révolution française, le 24 juillet ottoman avait lieu dans un Empire « malade », convoité par plus d’une puissance étrangère, et dans un cadre multiethnique et multiconfessionnel où la notion de tiers état renvoyait à la donne communautaire. »

« Toujours est-il que cet événement constitua une source de traumatisme pour le Comité Union et Progrès, puis pour le pouvoir kémaliste qui le considéra comme la première manifestation organisée de l’irtica, autrement dit l’islamisme réactionnaire. »

« Le véritable pouvoir reposait désormais entre les mains d’une troïka de fait, composée d’Enver, Cemal et Talat, tous trois gratifiés du titre de pacha et chacun disposant de son propre service secret. »

« Au-delà du souci de l’indépendance économique, la guerre offrait l’occasion d’une revanche historique sur la Russie et ouvrait la voie à la conquête de l’Asie centrale, l’Ergenekon du nationalisme turc, le berceau mythique de la nation.
La guerre mondiale, en outre, signifiait un double processus : de sortie d’empire et d’islamisation de l’Anatolie. Le premier était déjà largement entamé par la guerre russo-turque de 1877, puis les guerres balkaniques de 1912-1913 qui avaient réduit à néant la présence ottomane dans les Balkans. La guerre de 1914-1918 allait mettre un terme à la présence ottomane dans les provinces arabes, déjà secouées par une contestation nationaliste que la politique de la terre brûlée de Cemal Pasa, membre du triumvirat et proconsul de Syrie, ne pouvait mater. Mais la guerre se présentait aussi comme le moment opportun d’islamiser, à défaut de turciser, l’Anatolie par l’extermination des Arméniens (800 000 victimes, selon les estimations établies par les autorités ottomanes en 1919, plus d’un million selon la quasi-totalité des spécialistes). Avec la disparition de l’une des ses principales composantes historiques, tout le paysage humain de l’Anatolie changeait de fond en comble. »

« L’extermination des Arméniens fut organisée pour l’essentiel par l’ « Organisation spéciale » (Teskilat-i Mahsusa), organe de sécurité de la Troïka, regroupant les komitaci d’Union et Progrès, qui, selon la définition de l’un d’eux (Fuad Balkan), « brûlent, détruisent et tuent sans pitié, pour leur patrie et leur nation. » »

« La liquidation des biens arméniens par des commissions ad hoc ne suffisait certainement pas à créer une « économie nationale », mais elle n’en contribua pas moins à la formation d’une certaine « bourgeoisie nationale ». Les spéculations sur les denrées alimentaires et les matériaux de guerre, ainsi que les contrats publics liés notamment aux transports, offrirent d’autres opportunités à cette bourgeoisie, lui permettant de mener un train de vie pour le moins insolite dans la capitale d’un pays en ruine. Un roman écrit en 1924 par Sebaheddin Enis décrit les rituels festifs de cette nouvelle classe, avec bains de champagne pour ses demoiselles émancipées. L’une d’elle, Jale Türkan (Sang-turc), adepte inconditionnelle des soirées d’alcool et de sexe, était saluée pour cette raison par l’Allemand Von Wolf comme « civilisée ». »

« L’armistice de Moudros fut suivi par l’occupation et la participation de fait de ce qui restait de l’Empire ottoman : la Grande-Bretagne s’empara de la totalité de la province de Mossoul (l’actuel Kurdistan irakien), l’Italie et la France d’une partie de la région méditerrannéenne de la Turquie actuelle, et la Grèce, de Smyrne. Athènes , qui considérait le moment opportun pour mettre en œuvre son projet de Megali Idea (La Grande Idée, c’est-à-dire la Grande Grèce), incluant théoriquement aussi Constantinople, avança d’ailleurs rapidement vers l’Anatolie intérieure, terres qu’elle allait avoir du mal à contrôler. Enfin le 16 mars 1919, ce fut le tour de la capitale de passer sous le contrôle des forces anglaises, françaises et italiennes.
Le traité de Sèvres (10 août 1920) que le gouvernement ottoman fut contraint de signer consacra le démembrement de l’Empire et, plus grave encore, de l’Anatolie : une grande partie de la Thrace occidentale fut offerte à la Grèce. Smyrne, resta, du moins pour une période de cinq ans, sous la souveraineté théorique de l’empire, mais il était évident qu’à terme elle allait être annexée à la Grèce. La France se vit octroyer plusieurs provinces méridionales. Un contrôle international sur les Détroits fut instauré. Enfin, le traité prévoyait la constitution d’un Etat arménien et d’une zone autonome kurde, susceptible de déboucher sur l’indépendance. »

« Puis, l’arrivée en Anatolie, le 19 mai 1919, de Mustafa Kemal, général qui s’était fait remarquer aux Dardanelles et en Syrie lors de la guerre mondiale, dota l’opposition d’un porte-parole. D’emblée, Mustafa Kemal s’opposa à l’occupation des forces alliées. Il rejeta aussi le projet d’instauration d’un mandat américain sur ce qui restait de l’Empire, que certains nationalistes considéraient comme la seule chance de survie de la nation turque. Le 22 juin 1919, depuis Amasya, Mustafa Kemal lança l’appel à le désobéissance au gouvernement d’Istanbul, qui fut chaleureusement accueilli par la quasi-totalité de la bureaucratie des provinces anatoliennes. Enfin, les congrès d’Erzurum et de Sivas (23 juillet et 4 septembre 1919), organisés par des notables locaux, devinrent les premières plates-formes d’une résisance tant soit peu coordonnée et consacrèrent la place de Mustafa Kemal comme dirigeant. »

« Enfin, la majorité écrasante des chefs de tribu et ulémas kurdes, qui durant la Grande Guerre avaient collaboré avec les unionistes, figurait parmi les soutiens du pouvoir kémaliste émergent. Les lettres de Mustafa Kemal les assurant de sa protection contre une Etat arménien et leur promettant la fraternité turco-kurde ne pouvait que consolider cette alliance. »

« Le traité de Lausanne signé le 23 juillet 1923 consacra la victoire de Mustafa Kemal, qui récupérait une grande partie des territoires revendiqués par le Pacte national de 1920. De même, il n’était plus question dans ce traité d’un Etat arménien (les Arméniens, les Grecs et les juifs obtinrent le statut de « minorités »), ni d’une autonomie kurde. « Lausanne » était la pièce maîtresse de toute une série de traités qui allaient fixer la donne territoriale et démographique de la Turquie actuelle. Ainsi, le traité d’échange de populations avec la Grèce, conclu avec celui de Lausanne, mais mis en application après, aboutit à un vaste mouvement de transfert des chrétiens orthodoxes, parmi lesquels des turcophones, vers la Grèce (plus de 900 000 personnes) et, inversement, de près de 400000 musulmans, y compris grécophones, vers la Turquie. Cette transhumance forcée fit de la Turquie un pays à 99% musulman. Les traités entre Ankara, Londres et Bagdad, signés en 1926 tranchèrent le sort de l’ancienne province de Mossoul, qui annexée à l’Irak. Enfin, en 1937, les pressions turques sur Paris portèrent leurs fruits, et le sandjak (district) d’Alexandrette (actuelle Hatay), d’abord proclamé « République » indépendante, fut annexée en 1939 à la Turquie, provoquant par là le départ massif des Arméniens de cette province. La nouvelle Turquie était née. »

« En 1923 et 1924, les deux « groupes » parlementaires se transformèrent en partis politiques : le Parti du peuple (rebaptisé Parti républicain du peuple, fondé le 11 septembre 1923) de Mustafa Kemal et le Parti progressiste républicain (17 novembre 1924- 3 juin 1925) de Kâzim Karabekir. »

« La Parti progressiste républicain fut également interdit, ses dirigeants, accusés de collusion avec les insurgés, condamnés à des peines de prison ou publiquement humiliés. Un an après, une tentative d’attentat contre Mustafa Kemal à Izmir (15 juin 1926) offrit une nouvelle occasion de consolider son pouvoir et la mainmise de son parti : certains unionistes, parmi lesquels l’ancien ministre des Finances Cavid Bey, étrangers à l’attentat, mais qui refusaient de se convertir au kémalisme, furent éliminés (19 condamnations à mort, 18 exécutions, un suicide), et de nouvelles peines de prison furent prononcées.
C’est sur cette toile de fond que Mustafa Kemal prononça entre les 15 et 20 octobre 1927, son fameux Discours (Nutuk), qui se révéla un acte de condamnation sans appel de ses « opposants » et de ses anciens collaborateurs désormais réduits au silence. Mustafa Kemal avait dès lors toute l’autorité requise pour réécrire l’histoire immédiate de la Turquie expurgée de la quasi-totalité des figures qui avaient participé à la guerre de l’Indépendance. D’emblée saluée par la presse kémaliste comme le « Livre sacré des Turcs », la parole de l’homme devenue parole d’Etat montrait combien la consolidation du régime de parti unique était inséparable du culte de la personnalité. Pour utiliser la formule heureuse de Hülya Adak, avec le Discours, Mustafa Kemal inventait le je-nation ». Le Nutuk, dit encore Adak, ne se contentait pas de contrôler la « mémoire historique », il laissait aussi « les générations futures avec une unique mission : celle de préserver la nation, entité immuable fixée une fois pour toutes, et le nom de con créateur/père : Atatürk ». »

« La revue Kadro (« Cadre ») lancée en 1932 était essentiellement destinée à cette entreprise doctrinaire. Elle révéla l’ambition du kémalisme de ne plus rester dépendant de l’héritage unioniste ou de la matrice de la Révolution française (sévèrement critiquée pour ses échecs), mais de s’ériger en un modèle universel à part. Le kémalisme se projetait désormais comme le troisième pôle, avec les fascisme italien et le bolchévisme soviétique, d’un nouveau monde qu’il concevait comme antilibéral et antidémocratique. Les transfuges du Parti communiste turc, devenus idéologues par défaut du régime, jouèrent un rôle déterminant dans ce « chantier » nommée Kadro, qui bouleversa le paysage intellectuel turc. La revue suscitait cependant la méfiance du régime par son radicalisme et fut arrêtée en 1934 sur décision de Mustafa Kemal, mais d’autres ouvrages, des « manuels de la révolution turque » ou des « précis du kémalisme », prirent la relève. »

« Enfin, le culte de Mustafa Kemal fut considérablement renforcé durant la décennie de 1930. Tout en restant « Gazi » (commandeur victorieux) et « Chef éternel », il devint, par une loi spéciale adoptée en 1934, Atatürk, le « Père des Turcs » (la même loi interdisant l’adoption de ce nom par tout autre citoyen turc). L’appellation était conforme à l’image que Mustafa Kemal avait de lui-même : « Seul le chef de la communauté humaine est digne d’être sacralisé. » Ce culte trouva aussi son expression esthétique : les statues de Mustafa Kemal, réalisées notamment par le sclpteur Heinrich Krippel, le présentèrent comme l’incarnation de la force brute. Le Chef éternel était le sommet de la pyramide constituée par la « nation-armée » turque, le deuxième niveau de la pyramide était formé des autres chefs. Enfin, à la base, se trouvait le peuple. Recep (Peker) expliquait ainsi, en 1933, l’objectif du parti dont il était le secrétaire général : « Une société disciplinée, qui suit les verdicts des chefs nationaux en lesquels elle a confiance. » »

« Mais la qualification du kémalisme comme régime radical et modernisateur découle surtout de sa politique dans le domaine religieux. I est en effet considéré comme la seule expérience laïque qui aurait réussi à ébranler les fondements même d’une société musulmane livrée à la tyrannie théocratique. »

« Quelles étaient ces réformes ? Le 3 mars 1924, après la monarchie, le califat (succession du Prophète), assurée par les sultans ottomans depuis 1517, fut aboli et le dernier calife, Abdûl Mecid II, expulsé de Turquie. La même année, la loi sur l’unification de l’enseignement réduisit considérablement l’autonomie des institutions religieuses. En 1925, dans le sillage de la répression des la révolte kurde dirigée par Cheikh Said, de la confrérie nakchibandiyya, les confréries religieuses furent interdites et les biens des fondations pieuses transférés au Trésor public. La même année, la réforme dite « du chapeau » déclara hors la loi les couvre-chefs autres que le chapeau (la résistance fur durement réprimée, plus d’une centaine de personnes furent exécutées). 1926 vit l’introduction du code civil suisse. En 1928, en signe de rupture avec l’héritage ottoman, l’alphabet latin fut adopté et l’usage des caractères arabes pour de nouveaux documents se vit pénalisé. De même, la mention à la religion d’Etat fut supprimée. En 1933, l’appel à la prière fut turcifié et la dernière faculté de théologie ferma ses portes. Le 5 décembre 1934, le droit de vote et d’éligibilité (dans les faits de participer aux plébiscites des candidats du parti unique) fut reconnu aux femmes. En 1935, le dimanche remplaça le vendredi comme jour férié, et enfin, en 1937, avec les cinq autres « Flèches », la laïcité fit son entrée dans la Constitution. Il faut bien admettre que ces mesures drastiques plaçaient l’expérience kémaliste parmi les plus radicales du monde musulman. Pourtant, cette « laïcité » avait quelque chose de paradoxal, ne serait-ce que parce qu’elle s’imposait dans un care préalablement islamisé. »

« Mustafa Kemal convenait d’ailleurs de ce lien inextricable entre nation et religion, puisque ses discours en la matière se résument, en gros, en une seule phrase : « Puisque, Dieu merci, nous sommes tous turcs, dont tous musulmans, nous pourrons et devrons être tous laïques. » »

« Comme le souligne Olivier Abel, dans sa définition kémaliste, la laïcité cessa d’être le synonyme de la ‘pluralité des langues de Dieu ». Bien au contraire, une seule de ces langues fut acceptée comme la « langue de la nation », voire imposée comme telle, et les autres, y compris l’alévisme, confession de 20% des citoyens de la République, furent interdites. »

« De même, la référence religieuse pour légitimer le politique ne fut pas abandonnée, mais simplement réservée à l’usage strict de l’Etat, lequel n’hésita d’ailleurs pas à y recourir fréquemment, y compris pour imposer ses réformes. Comme nombre de ses homologues musulmans au XXème siècle, en effet, le pouvoir kémaliste avait trouvé dans le verset 4/59 du Coran sa référence religieuse de prédilection : « ô vous qui croyez ! Obéissez à Dieu, obéissez au Prophète et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. » »

« Comme le montre Etienne Copeaux, l’histoire de toute l’Anatolie fut turcifiée et les auteurs kémalistes s’efforcèrent de faire remonter l’origine turque de cette contrée d’abord à plusieurs millénaires, puis à l’éternité. Ainsi, l’Institut
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Profile Image for Mehdi.
17 reviews1 follower
June 19, 2011
Une histoire de la turquie depuis la seconde moitié du XIXe siecle a aujourd'hui, expliquée de maniere claire et concise. On en apprend sur le véritable sens du Kémalisme et sur le fonctionnement de L'Etat Turc tout au long du siecle.
Profile Image for Aykut Efe.
1 review
July 1, 2017
Ce livre reprend plus d'un siècle d'histoire en très peu de pages. Une très bonne introduction pour comprendre les enjeux actuels de la Turquie. Il donne des pistes intéressantes pour ceux qui souhaitent approfondir davantage m.
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