Ils se sont assis sur une serviette, à quelques pas de moi, et j’ai ouvert un livre – lequel ? Je ne m’en souviens pas, malgré mes efforts pour m’absorber dans ma lecture, pour ne pas avoir l’air de les écouter. Puis ils se sont levés, ne m’ont pas proposé de les suivre, ils ont marché les pieds dans l’eau en direction du soleil, se sont éloignés en oscillant, comme des méduses pâles contre le va-et-vient de la mer. Vu de dos, Joseph ne semblait pas handicapé, personne n’aurait pu deviner que ses mains étaient prises dans un étau de plâtre. J’ai pensé que cette sortie était un très bon signe. Dans quelques mois, il recommencerait à peindre et tout le monde oublierait ce qui lui était arrivé. Puis je me suis endormie. Entre le désir de son frère Joseph d’abandonner ses études pour se consacrer à la peinture, celui de Nello, son ami, qui rêve de quitter leur Calabre, terre de violence, et les ambitions de Giulia, qui ne songe qu’à devenir chanteuse, Zena, une adolescente de dix-huit ans, tente de trouver son propre chemin vers le bonheur. Seule la mort de Joseph décidera de leurs destins. Un premier roman au souffle rare, à l’écriture parfaitement maîtrisée, dans le cadre d’un récit fertile en rebondissements.
Ecrivain et traductrice française. Après un doctorat en histoire, Nathalie Bauer signe son premier roman, ‘Zen’ (JC Lattès), en 2000. Passionnée de traduction, elle entreprend en parallèle la transcription en français de divers ouvrages écrits en italien. Ainsi en 2005 paraît en France ‘Parfum de femme’ de l’auteur italien Giovanni Arpino, fruit du travail de traduction de Bauer. Suivent ‘Anatomie de la bataille’ (2008) et ‘Sacrificio’ (2009), deux romans de Giacomo Sartori parus aux Éditions Philippe Rey. Chez ce même éditeur, Nathalie Bauer publie en 2007 son second roman, ‘Le feu de la vie’, puis ‘Des garçons d’avenir’, présenté à la rentrée littéraire 2011. Dans cet ouvrage, elle évoque l’existence tourmentée de quatre médecins marqués par les horreurs de la Grande Guerre.