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Clelia Ifrim Clelia Ifrim > Quotes

 

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“La leçon de survie

(À ma mère, Tudora-Dorina)

Un oiseau-nuage
à la traîne des autres.
De soie grise est le ciel tout entier,
comme le seau d’eau
est en aluminium pur.
Matin d’avril
juste à son début.
Un enfant sort d’un rêve
et tâte les murs d’eau.
Tape légèrement de son talon rose
dans le jeune ventre.
Les gardes-colombes sont près de lui.
La leçon de survie
n’a qu’un seul thème -
la faim est trompée
par une gorgée d’eau.”
― Clelia Ifrim
“Manuel de cohabitation

À l’ombre de la clôture en rotin
un oiseau avait été capturé.
Les métiers mécaniques,
amenés par la nouvelle génération au village,
n’avaient pas de guide d’utilisation
pour ces choses-là.
Poussait entre les roseaux de la clôture
la fleur appelée en roumain la robe de l’hirondelle, le liseron des champs.
Les villageois la prélevaient
pour en faire des couronnes,
qu’ils portaient tout l’été.
Ils ont ainsi prélevé, peu à peu
tous les matins,
jusqu’à l’ombre de l’oiseau,
pris dans la clôture.
C’est ainsi que l’oiseau piégé s’est envolé.

(traduit du roumain par Gabrielle Danoux)”
― Clelia Ifrim
“De la pourpre des paroles

Il a plu davantage cette nuit.
La lavande du parc de la ville
me soutient avec son rêve.
À quoi rêve un champ de lavande ?
Les senteurs s’ouvrent jusqu’aux profondeurs du ciel.
Là-bas se trouvent les portes du paradis
et la ville s’en nourrit.
L’ange avec l’épée de feu,
assigné à garder le jardin dans le champ
se laisse corrompre ‒
une courte visite
dont rien n’est écrit dans les livres.
On ne trouve nulle part
la moindre référence à ce sujet.
L’ange avec l’épée de feu
me dit que je peux rester,
que je peux y dormir, la nuit suivante aussi.”
― Clelia Ifrim, Mieii lui Abel/ Les agneaux d'Abel
“Les godillots de ma mère

J’ignorais tout des godillots de Van Gogh.
Je connaissais les godillots de ma mère.
Je savais combien de fois ils avaient été
réparés,
Je connaissais les semelles usées,
le nombre de nœuds qu’avaient les lacets,
la pointe d’un clou
qui, une fois, était entrée dans mon talon droit.
Maman travaillait un jour sur deux,
c’est-à-dire qu’un jour elle travaillait
et un jour elle restait à la maison.
Ils étaient ainsi ses horaires.
Le jour où elle restait à la maison
j’allais à l’école.
Avec ses godillots.
Maman mettait à l’intérieur, tout au bout
des boulettes de finette faites avec de vieux pyjamas.
Elle choisissait toujours des motifs floraux,
et seulement de la finette blanche.
Elle mettait aussi sur les semelles amincies des godillots,
d’autres morceaux de finette blanche
pour que je ne sente pas les fines couches de glace.
C’est ainsi que j’allais à l’école.
Avec ses godillots.
Le bâtiment de l’école était un ange.
L’ange se penchait
et attachait mieux mes lacets
puis il essuyait la boue sur les godillots
avec une boule
de duvet et des plumes d’ange.
De ses ailes.
Puis il se levait et me regardait.
Il commençait à pleurer.
Moi, je ne pleurais pas.
L’ange me conduisait
jusqu’à la porte de la classe.
C’est comme ça que j’ai appris
pour les godillots de Van Gogh.
Mais aujourd’hui, je n’ai plus les godillots de ma mère.
L’ange les a pris
pour les porter lui-même.

(Ghetele mamei, traduit du roumain par Gabrielle Danoux)”
― Clelia Ifrim

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