Anne-Christine Tinel
“Pourquoi c'est toi qui viens me chercher ? Pourquoi c'est pas Lucie ? Ils marchent vite ; au niveau du grand hêtre, la côte essouffle. Lucie, dit papa, est partie. Elle n'est plus là. Partie ? pense Claire, où partie ? Partie faire quoi ? va-t-elle demander, mais quelque chose dans le ton qu'a pris papa pour annoncer, empêche les phrases qui s'arrêtent dans la bouche. Et dans la tête tournent, où, quand, pourquoi, longtemps ; où, quand, pourquoi ; peu à peu il grossit, le premier écheveau, où, quand, pourquoi ; nourri des questionnements qui s'agglomèrent au fil des minutes, muées en heures, puis en jours d'absence de Lucie ; pourquoi ? à cause de quoi ? et l'école ? jusqu'à quand ? ... délayé dans l'esprit en hypothèses indéfinies sous forme de cartes postales mentales (Lucie et sa valise, Lucie marchant au bord d'une route, Lucie côté passager dans une voiture, Lucie dans une rue passante de Mende ou d'Avignon même) qui se fixent un instant dans l'esprit tandis qu'on lave les dents, qu'on accompagne à la traite, qu'on referme le cahier de conjugaison.”
― La mangue et le papillon
― La mangue et le papillon
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