René de Obaldia
Born
in Hong Kong, China
October 22, 1918
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Du vent dans les branches de sassafras
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published
1966
—
6 editions
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De Graf Zeppelin of De lijdensweg van Émile: roman
by
—
published
1956
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Perles de vie
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Obaldia: Plays
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published
1982
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Exobiographie (Les Cahiers Rouges)
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L'Air du Large
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Tamerlan des coeurs
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published
1955
—
7 editions
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Bogactwa naturalne
—
published
1952
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Genousie
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Moi j'irai dans la lune et autres Innocentines
by |
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“De retour à la caserne, le fusil rangé au râtelier, après ablutions et avoir revêtu notre tenue kakie, nous nous répandions dans la ville.
Certains d'entre nous, les plus mâles sinon les plus hardis, avaient rendez-vous dans les cafés avec de jeunes femmes dont les maris creusaient ailleurs. Pâles, les yeux
cernés, le sein mobile, ces jeunes et frémissantes créatures s'accrochaient au présent : nos uniformes. Carapaces dont elles nous débarrassaient dans le secret de
chambres initiatiques où elles n'avaient pas tardé à nous entrainer. Comme il était bon de quitter leggings, ceinturon, drap, flanelle, et, enfin nus, de se ressembler !
Comme il était bon d'inventer notre légende, d'afficher l'insolence de nos vingt ans !
En avance de plusieurs lunes sur notre dépucelage, expertes et ne demandant qu'à l'être davantage, ces jeunes mariées fleurant la veuve nous étourdissaient de
voluptés pressenties.
Ô fièvres des lits adultères ! Le sentiment de se trouver en marge de notre destin (mais le destin nous avait placés
là, à cette date et en ce lieu) portait nos étreintes à des violences extrêmes, parfois proches du désespoir.
Cette guerre nébuleuse, fantomatique, dont on osait croire qu'elle allait, un beau jour, s'évanouir par miracle, prit soudain son véritable visage. Le 10 mai 1940, la
foudre s'abattit sur une fraction du globe. Les Prussiens - encore eux ! -, enflés de leurs nombreux cousins, attaquaient la Belgique, la Hollande et le Luxembourg. Sans aucun "préavis". Sans avoir pris de gants ! Le monde civilisé était horrifié ; il ne trouvait point de termes assez durs pour dénoncer cette « odieuse agression », cette
« barbarie d'un autre âge », pour flétrir la violation de neutralité de ces trois petits (et courageux) pays qui ne demandaient qu'à rester neutres !”
― Exobiographie (Les Cahiers Rouges)
Certains d'entre nous, les plus mâles sinon les plus hardis, avaient rendez-vous dans les cafés avec de jeunes femmes dont les maris creusaient ailleurs. Pâles, les yeux
cernés, le sein mobile, ces jeunes et frémissantes créatures s'accrochaient au présent : nos uniformes. Carapaces dont elles nous débarrassaient dans le secret de
chambres initiatiques où elles n'avaient pas tardé à nous entrainer. Comme il était bon de quitter leggings, ceinturon, drap, flanelle, et, enfin nus, de se ressembler !
Comme il était bon d'inventer notre légende, d'afficher l'insolence de nos vingt ans !
En avance de plusieurs lunes sur notre dépucelage, expertes et ne demandant qu'à l'être davantage, ces jeunes mariées fleurant la veuve nous étourdissaient de
voluptés pressenties.
Ô fièvres des lits adultères ! Le sentiment de se trouver en marge de notre destin (mais le destin nous avait placés
là, à cette date et en ce lieu) portait nos étreintes à des violences extrêmes, parfois proches du désespoir.
Cette guerre nébuleuse, fantomatique, dont on osait croire qu'elle allait, un beau jour, s'évanouir par miracle, prit soudain son véritable visage. Le 10 mai 1940, la
foudre s'abattit sur une fraction du globe. Les Prussiens - encore eux ! -, enflés de leurs nombreux cousins, attaquaient la Belgique, la Hollande et le Luxembourg. Sans aucun "préavis". Sans avoir pris de gants ! Le monde civilisé était horrifié ; il ne trouvait point de termes assez durs pour dénoncer cette « odieuse agression », cette
« barbarie d'un autre âge », pour flétrir la violation de neutralité de ces trois petits (et courageux) pays qui ne demandaient qu'à rester neutres !”
― Exobiographie (Les Cahiers Rouges)
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