Michel Bataille
Born
in Paris, France
March 25, 1926
Died
February 28, 2008
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L'Arbre de Noël
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published
1967
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11 editions
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Gilles de Rais
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published
1966
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17 editions
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Děti osudu
by
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published
1977
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3 editions
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Strach z génia
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published
1983
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Les Jours Meilleurs
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Cendres sur la Mer
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published
1977
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6 editions
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L'Arbre de Noël
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Fire from Heaven
by
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published
1964
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Demain Jaurès
by |
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Le Chat Sauvage
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“Oui, notre chasse n'est pas amusante. Nous mourons en silence et sans larmes, sans simagrée aucune. Et puis après ? N'est-ce pas notre droit ? N'est-ce pas assez de mourir ? Faudrait-il encore vous distraire ? Notre souveraineté nous l'interdit.
Nous subirons bravement la chasse, voilà tout, aussi bravement que nous pourrons, en bons loups gris qui savent leur métier : courir et se taire longtemps. Nous avons de bonnes jambes et parfois du courage. Nous ne nous déroberons pas. Nous courrons jusqu'au bout de nos forces, au bout de notre vie, au bout de notre peine, « perçant toujours droit en avant ». Et quand nous serons au bout de notre vie, à la fin de nos forces, au terme de nos peines, nous tomberons, haletants. Mais nous jouerons encore au grand jeu de la mort. Nous vous regarderons toujours, avec une insistance déplacée qui vous mettra, malgré votre fausse victoire, dans un état de profond malaise. Nous sommes durs à mourir, nous les loups. Nous regardons la vérité en face. Couchés à terre, nous verrons luire la lame de l'arme funèbre et nous ne broncherons pas. Nous ne chercherons pas à fuir. Nous n'y songerons même pas. A peine demeurera-t-il en nous un peu de colère, que vous lirez dans notre regard. Mais vous n'y verrez pas de crainte. Simplement, tandis que vous nous tuerez, nous vous regarderons fixement, de nos yeux perçants qui brillent dans la nuit. Et vous pressentirez alors, avec un frisson d'épouvante, que de longues années plus tard encore, le souvenir de ce regard pénétrant vous hantera et gâtera votre sommeil. Car nous vous aurons regardés sans haine, sans amertume, sans aucune considération.
Au moment de notre mort, nous vous bouleverserons par notre indifférence. Nous vous frapperons d'angoisse, du fond de notre éloignement. Vous porterez en nous la mort mais, par notre seul regard venu de si loin, nous vous frapperons à mort à votre tour. Par ces yeux brillants, devenus vitreux, ne vous voyant même pas, vous serez foudroyés. L'immense étendue de notre détachement vous brisera ! Et, frappés de terreur, vous n'oserez pas même nous manger, chiens !”
― L'Arbre de Noël
Nous subirons bravement la chasse, voilà tout, aussi bravement que nous pourrons, en bons loups gris qui savent leur métier : courir et se taire longtemps. Nous avons de bonnes jambes et parfois du courage. Nous ne nous déroberons pas. Nous courrons jusqu'au bout de nos forces, au bout de notre vie, au bout de notre peine, « perçant toujours droit en avant ». Et quand nous serons au bout de notre vie, à la fin de nos forces, au terme de nos peines, nous tomberons, haletants. Mais nous jouerons encore au grand jeu de la mort. Nous vous regarderons toujours, avec une insistance déplacée qui vous mettra, malgré votre fausse victoire, dans un état de profond malaise. Nous sommes durs à mourir, nous les loups. Nous regardons la vérité en face. Couchés à terre, nous verrons luire la lame de l'arme funèbre et nous ne broncherons pas. Nous ne chercherons pas à fuir. Nous n'y songerons même pas. A peine demeurera-t-il en nous un peu de colère, que vous lirez dans notre regard. Mais vous n'y verrez pas de crainte. Simplement, tandis que vous nous tuerez, nous vous regarderons fixement, de nos yeux perçants qui brillent dans la nuit. Et vous pressentirez alors, avec un frisson d'épouvante, que de longues années plus tard encore, le souvenir de ce regard pénétrant vous hantera et gâtera votre sommeil. Car nous vous aurons regardés sans haine, sans amertume, sans aucune considération.
Au moment de notre mort, nous vous bouleverserons par notre indifférence. Nous vous frapperons d'angoisse, du fond de notre éloignement. Vous porterez en nous la mort mais, par notre seul regard venu de si loin, nous vous frapperons à mort à votre tour. Par ces yeux brillants, devenus vitreux, ne vous voyant même pas, vous serez foudroyés. L'immense étendue de notre détachement vous brisera ! Et, frappés de terreur, vous n'oserez pas même nous manger, chiens !”
― L'Arbre de Noël

