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Livres > Prêtre Jean

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Davide Borrelli | 15 comments Trois étoiles est la note la plus basse que j’essaie généralement d’accorder aux livres que je lis. Derrière chaque texte se trouvent les idées d’hommes et de femmes qui se sont engagés personnellement et ont tenté de contribuer à un débat. Nous ne pouvons pas être d’accord avec toutes les idées, mais nous pouvons en reconnaître la profondeur même lorsque nous ne les partageons pas.

Ce n’est pas le cas ici. Du moins pas pour moi.

Kropotkine a écrit un livre débordant d’optimisme technologique. Il était convaincu que la production pouvait être décentralisée et que les communautés locales pouvaient atteindre un haut degré d’autosuffisance économique. Beaucoup de ses observations sur la spécialisation excessive et les coûts sociaux de la concentration industrielle sont intéressantes. Le problème est qu’il sous-estime considérablement les économies d’échelle, la complexité organisationnelle et les incitations nécessaires à la coordination de systèmes productifs avancés.

J’ai lu ce livre il y a des années, lorsque, jeune homme, je fréquentais les centres sociaux. À cette époque, le marxisme était une affaire sérieuse. "Le Capital" s’étudiait, il ne se lisait pas simplement. Le "Manifeste du Parti communiste" devait presque être appris par cœur. Les discours de Lénine constituaient la référence pour toute controverse théorique et le "Petit Livre rouge" de Mao servait de manuel pour renforcer la foi.

Ce livre, qui appartient à la tradition anarcho-socialiste, était considéré dans les milieux communistes comme une représentation naïve d’une société idéale : utile pour la propagande, peut-être, mais fondamentalement un exercice de fantaisie, comparable à de nombreuses utopies médiévales ou à la quête du royaume du Prêtre Jean.

Dans l’Italie de ma jeunesse, l’endoctrinement marxiste était profondément enraciné parmi les jeunes, et pour participer aux discussions, il fallait savoir exactement de quoi l’on parlait. J’ai eu la chance de visiter et de travailler dans les terres promises par les socialistes italiens après l’effondrement de l’Union soviétique. J’y ai vu l’horreur créée par des hommes convaincus de posséder la formule du paradis sur terre. Cette expérience m’a suffi pour comprendre la chance qu’avait eue mon pays et pour me libérer de la religion socialiste.

Le pays occidental qui possédait le plus puissant parti communiste d’Europe avait miraculeusement échappé au communisme lui-même : à la folie de ceux qui voulaient construire le paradis, fût-ce au prix de tuer tout le monde.

Aujourd’hui, le marxisme semble être de retour, mais sous une forme bien plus ridicule que celle d’autrefois. Les marxistes modernes mélangent des slogans issus de traditions très éloignées les unes des autres. Ce sont des zombiessans idées ni connaissances, surtout lorsqu’on les compare aux marxistes d’hier, auxquels je reconnais au moins une connaissance approfondie des mouvements révolutionnaires.

Ce livre apparaît dans mon fil Goodreads bien plus souvent que je n’aurais cru possible, même dans mes pires cauchemars.

Il mérite une étoile.


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