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“Je pense à elles comme à des oiseaux de cristal éclos dans un ciel obscurci par les fétides exhalaisons de nos corps. Je pense à elles comme à des comètes qui sillonnent la nuit de nos hontes et projettent une lumière incandescente sur nos remords. Je leur élèverai un monument de papier qui signalera à la postérité l'existence de ces trois déesses. Je serai leur scribe, leur porte-étendard, le serviteur de leur parole, le traducteur de leurs silences.”
― Les Aubes
― Les Aubes
“Đời tôi là một hư vô không viết hoa.”
― Lại chơi với lửa
― Lại chơi với lửa
“la plupart de ce qui s'écrit de nos jours a fermenté dans des cerveaux qui n'ont jamais été aérés la plupart de ce qui s'écrit a proliféré dans des têtes engorgées la plupart de ce qui s'écrit a germé sous une pelote de nerfs que l'habitude a ramollis il n'y a plus de livres il n'y a que des berceuses et quand tu tournes les pages c'est le lait aigre la suerie des vieilles nounous qui te prennent à la gorge et t'asphyxient dit mon ami l'Homme célèbre pour qui le seul art qui vaille la peine d'être cultivé est l'art d'en rajouter c'est ce que nous faisons lui et moi quand le moral est au plus bas
(p. 125)”
― Les dits d'un idiot
(p. 125)”
― Les dits d'un idiot
“Je dois à Cioran l'orgueil d'être une métèque. J'avais dix-huit ans quand je le vis pour la première fois. Il me donna Les Confessions d'un mangeur d'opium anglais. Mais c'est d'un autre livre de Thomas de Quincey qu'il me parla : La Nonne militaire d'Espagne. Cette histoire échevelée d'une jeune Basque qui s'échappe d'un couvent et parcourt le monde en habit de garçon, trucidant de nombreux personnages sur son parcours, avait de quoi exalter l'imagination de celui qui aimait les héroïnes qui ne sont pas d'ici. À lire Cioran on se figure un misanthrope, qui se défend de toute intrusion, se retranche derrière ses syllogismes pour écarter les importuns. Or, Cioran était l'être le plus accueillant qu'il m'eût été donné de connaître. Il m'avait encouragé à écrire, alors que lui-même comparait le roman à une tragédie au rabais.
(p. 47)”
― Le Complexe de Caliban
(p. 47)”
― Le Complexe de Caliban
“La colère serait-elle ce démon à deux faces, qui détruit et ravit ? Elle peut être aussi une planche de salut. Noire, froide, clastique… la colère sous toutes ses formes renvoie l'homme à ce qu'il y a de plus abyssal en lui. Ou de plus irréductible. Au bout du compte, peut-être que la colère, loin de perdre celui qui ne peut la museler, le sauve, le protège, l'aide à résister aux séductions de la sagesse dans ce qu'elle peut avoir de lénifiant, elle demande qu'on ait recours à elle, comme à un moyen de survie. « J'en appelle à ton dégoût de tout et de tous, ta perpétuelle colère contre toute chose », écrivait Verlaine à Rimbaud.
(p. 122-123)”
― Toutes les colères du monde
(p. 122-123)”
― Toutes les colères du monde
“Je me crois un écrivain dans sa tour d'ivoire, je ne suis qu'un minus habens perché sur son nuage.”
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“Je me souviendrai qu’elle m’a écrit par sms, vers la fin : J’ai travaillé. J’ai traduit ce qui meurt en ce qui dure.
(Préface de Mathieu Terence, p. 8)”
― L'armée invisible
(Préface de Mathieu Terence, p. 8)”
― L'armée invisible
“Entrez, (m'sieur) dans l'humanité
Entrez, m'sieur dans l'humanité!
Gagnez la foire aux vanités
Hâtez-vous, préparez vos glandes
Bousculez femmes et enfants
Réclamez vos dividendes
Faites main basse sur les premiers rangs
Voyez-vous, j'aimerais mieux pas
Entrez, m'sieur dans l'humanité!
Les langes noués, les lits défaits
Amours de pissotière
Ou coeurs purs à la boutonnière
Vautrez-vous en simple appareil
Choisissez votre place au soleil
Voyez-vous, j'aimerais mieux pas
Entrez, m'sieur dans l'humanité!
L'échelle est mise, les crasses permises
Les dents longues, le sourire douillet
Laissez vos frères dans la mouise
Vous serez sans inconvenance
Tartempion, roi de la finance
Voyez-vous, j'aimerais mieux pas
Entrez, m'sieur dans l'humanité!
Le genou sur un prie-Dieu…
(chanson sur une musique de Jacques Dutronc)”
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Entrez, m'sieur dans l'humanité!
Gagnez la foire aux vanités
Hâtez-vous, préparez vos glandes
Bousculez femmes et enfants
Réclamez vos dividendes
Faites main basse sur les premiers rangs
Voyez-vous, j'aimerais mieux pas
Entrez, m'sieur dans l'humanité!
Les langes noués, les lits défaits
Amours de pissotière
Ou coeurs purs à la boutonnière
Vautrez-vous en simple appareil
Choisissez votre place au soleil
Voyez-vous, j'aimerais mieux pas
Entrez, m'sieur dans l'humanité!
L'échelle est mise, les crasses permises
Les dents longues, le sourire douillet
Laissez vos frères dans la mouise
Vous serez sans inconvenance
Tartempion, roi de la finance
Voyez-vous, j'aimerais mieux pas
Entrez, m'sieur dans l'humanité!
Le genou sur un prie-Dieu…
(chanson sur une musique de Jacques Dutronc)”
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“Car dans toute création il y a, à l'origine, un défi lancé à soi-même : sans rien laisser au hasard, il convient de s'aventurer hors des limites circonscrites pour donner asile à cet "hôte plus ou moins indésirable" qui invite à "se réinventer" en sachant que, dans cette bataille, fureur et patience se trouvent mêlées. Le danger est moins de se perdre au milieu des ombres que de refuser toute connivence avec l'inquiétante part enfantée par la nuit.
(p. 45)”
― Chercheurs d’ombres
(p. 45)”
― Chercheurs d’ombres
“Tu ne tenais pas de discours grandiloquents sur la fraternité, mais tu portais toujours une attention aux obscurs, aux vulnérables, pas uniquement parce que toi-même tu te rangeais parmi ceux-là, mais parce que les puissants pleins de certitude, ceux qui veulent à tout prix attirer la lumière sur eux, te faisaient craindre que ce monde ne devienne vraiment irrespirable.”
― Je ne répondrai plus jamais de rien
― Je ne répondrai plus jamais de rien
“Ma résolution de devenir écrivain s'affermit en lisant les grands auteurs – Flaubert, Dostoïevski, Shakespeare – l'un après l'autre. Mais je commençais à ressentir profondément ma différence. Auparavant, j'étais une Vietnamienne qui parlait mal ma langue et avait la tête farcie de culture française. Maintenant, j'étais une étrangère qui aspirait à écrire aussi bien que l'indigène. Il y avait en moi une fêlure que j'essayais de comprendre en me tournant vers les écrivains qui ont trahi leur langue natale : Conrad le Polonais écrivant en anglais, Cioran le Roumain et Beckett l'Irlandais écrivant en français. Chacun, en investissant la langue qu'il a choisie, m'apparaissait à la fois comme un voleur et un donateur.
(p. 41)”
― Le Complexe de Caliban
(p. 41)”
― Le Complexe de Caliban
“Il y a des écrivains qui réunissent cent mille personnes à leur enterrement et il y a ceux qui n'ont jamais suscité la ferveur que d'une poignée de passeurs, confrérie clandestine dont les membres se transmettent le flambeau d'une génération à l'autre.
(p. 143)”
― Chercheurs d’ombres
(p. 143)”
― Chercheurs d’ombres
“[...] je ferraille avec les mots jusqu'à ce que tout me paraisse parfait. Mais la perfection n'est jamais atteinte. Même dans les livres que je lis, que je révère comme des créations sans nulle autre pareille, il me semble qu'il y a toujours des faiblesses et ce sont justement ces faiblesses qui font la saveur du récit. Quand on lit un auteur qu'on connaît bien, qu'on relit sans cesse, on tombe immanquablement sur de tels passages. Mais il faut le lire avec attention, ne pas s'interrompre pour aller prendre un verre d'eau, répondre au téléphone, ou manger une pomme, car alors on perd le fil, on ne voit pas le moment où l'auteur a pris un coup dans l'aile. Je me demande souvent, quand je lis les écrivains que j'admire, qui me sont nécessaires pour vivre, s'ils ont fait eux aussi la connaissance de l'oiseau de mauvais augure. Mon oiseau à moi s'est installé à demeure, il ne me quitte pas. Il me répète constamment que je ne parviendrai pas à finir mon livre, que c'est au-dessus de mes forces. Il embrouille mes pensées, il cherche à m'égarer. Je tiens bon. De nous deux, j'ai décidé que c'est moi le plus fort.”
― Conte de l'amour bifrons
― Conte de l'amour bifrons
“Mi padre se me ha aparecido esta noche. Estaba envuelto en un manto de fuego. Y me preguntaba por qué lo había matado por segunda vez al quemar sus cartas.”
― Voces
― Voces
“Dans « Le Silence des autres », film documentaire d'Almuneda Carracedo et Robert Bahar, une victime franquiste confie que, sous la torture, elle réussit à résister aux coups qui lui étaient portés parce qu'elle était en colère et elle était en colère parce qu'elle était à un être humain.
(l'une des deux épigraphes)”
― Toutes les colères du monde
(l'une des deux épigraphes)”
― Toutes les colères du monde
“La vie d'un livre en librairie a peut-être de nos jours tendance à n'être guère plus longue que celle des insectes nommés éphémères. L'auteur court un danger plus grand que celui de s'exposer : le risque d'être submergé par la vague d'in-folio fraîchement sortis de l'imprimerie est pour lui considérable et, quelque passion qu'il ait mis dans la réalisation de son modeste opus, il n'est pas du tout certain de n'être pas balayé par le vent d'automne qui, chaque année, apporte son lot d'ouvrages tous patiemment ourdis avec, comme dit un personnage Mon Faust [de Paul Valéry], la folle ambition de faire oublier tous les autres…
(p. 40)”
― Chercheurs d’ombres
(p. 40)”
― Chercheurs d’ombres
“Notre planète étant, selon la définition de Stevenson, une île tournoyante chargée de vie rapace, plus ruisselante de sang qu'un navire au lendemain d'une mutinerie, Hanokh Levin sonde les pulsions mortifères, descend dans le sous-sol humain où grouille un monde de lâcheté et de bassesse, tire des choses vues un constat sur le non-sens de nos existences, engluées dans de risibles ambitions.
(p. 117)”
― Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau
(p. 117)”
― Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau
“La révolution ne va pas sans explosion de colère – Rage Against the Machine. Valéry mettait un grand soin à distinguer la rage de la colère. Parlant de Degas, il loue la colère qui peut être savamment réglée, tandis que la rage est discordante, grossière.
[...]
La seconde demande à être irriguée par tout ce qui peut contribuer à lui donner de l'ampleur, elle s'adresse à Dieu, à toute entité supérieure, elle est souvent la manifestation d'une négativité chargée d'électricité, transformée en démonstration de force, elle est ce qui meut les révoltés, les indignés, les oubliés, les indigents, quand l'atonie n'a pas fait d'eux des résignés, elle est aussi ce qui stimule les redresseurs de torts, quand l'espoir ne les a pas totalement quittés : ils sont les successeurs des haïdoucs, ces brigands séditieux, ces guérilleros en guerre contre les puissants, que les livres de Panaït Istrati ont magnifiés, rappelant qu'ils étaient des vengeurs animés par la colère plutôt que par la haine.
(p. 47-49)”
― Toutes les colères du monde
[...]
La seconde demande à être irriguée par tout ce qui peut contribuer à lui donner de l'ampleur, elle s'adresse à Dieu, à toute entité supérieure, elle est souvent la manifestation d'une négativité chargée d'électricité, transformée en démonstration de force, elle est ce qui meut les révoltés, les indignés, les oubliés, les indigents, quand l'atonie n'a pas fait d'eux des résignés, elle est aussi ce qui stimule les redresseurs de torts, quand l'espoir ne les a pas totalement quittés : ils sont les successeurs des haïdoucs, ces brigands séditieux, ces guérilleros en guerre contre les puissants, que les livres de Panaït Istrati ont magnifiés, rappelant qu'ils étaient des vengeurs animés par la colère plutôt que par la haine.
(p. 47-49)”
― Toutes les colères du monde
“Je ramène les pans de mon manteau. Je m'allonge dans la neige. J'écoute siffler le vent. Je regarde le ciel bas. Une profonde paix descend en moi.”
― Voces
― Voces
“Mon livre, pour exister, avait mangé d'autres livres.”
― Les évangiles du crime
― Les évangiles du crime
“Ne pas se soucier du « bien écrire » ne signifie pas ne guère se préoccuper de ce qu'implique le fait de préférer un verbe particulier, d'élire tel mot plutôt que tel autre. Cela relève même, dit Amos Oz, d'un choix moral - « Les mots peuvent tuer : nous le savons que trop, mais ils guérissent aussi parfois, dans une certaine mesure. » Il se rappelle avoir souvent été consterné par les mots (« puissant », « formidable », « explosif ») employés pour le lancement de ses romans dans des pays dits civilisés. La dégradation, la corruption du langage, souligne-t-il à la suite de Victor Klemperer, annoncent souvent les pires barbaries : « Partout où des groupes particuliers d'êtres humains sont désignés sous les termes “d'éléments négatifs”, de “parasites” ou “d'étrangers indésirables”, par exemple ils seront traités tôt ou tard comme des sous-hommes. » Au bout du compte la question la plus essentielle que se pose l'homme de mots n'est-elle pas de savoir comment ferrailler contre l'injustice, la violence, le préjugé, en agissant de telle manière qu'il ne peut être accusée de faire des phrases ?
(p. 167-168)”
― Chercheurs d’ombres
(p. 167-168)”
― Chercheurs d’ombres
“Écrire, disait [Georges Perros], c'est renoncer au monde en implorant le monde de ne pas renoncer à nous.
(p. 37)”
― Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau
(p. 37)”
― Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau




