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“Les autres espèces d'animaux ont l'instinct de leur nature : «Les uns courent très vite, les autres volent, d'autres encore nagent : l'homme, lui, ne sait rien qu'il ne tienne d'un apprentissage - ni parler, ni marcher, ni se nourrir. Le seul don naturel qu'il ait reçu, c'est le don des larmes29.»”
― Le silence des bêtes : La philosophie à l'épreuve de l'animalité (Histoire de la Pensée)
― Le silence des bêtes : La philosophie à l'épreuve de l'animalité (Histoire de la Pensée)
“L'affirmation d'une émergence du psychisme chez les animaux , j'y insiste, ne me vient pas seulement de la prise en considération des vivants non humains : dès que j'ai commencé à m'interroger et à comprendre que mon frère ne sortirait jamais de la forteresse dans laquelle son 'trouble envahissant du développement' l'avait enfermé, j'ai entretenu une détestation envers la notion de propre de l'homme, si lourdement installée dans l'opinion commune et dans la philosophie. Il ne suffit pas de dire que cette croyance a privé les bêtes de tout droit, il faut ajouter qu'elle a autorisé le travers criminel qui a conduit à exclure de l'humanité ceux qui ne remplissent pas les critères décisifs : les peuples qui manquent de rationalité et d'historicité, les handicapés mentaux qui sont dépourvus de liberté et de perfectibilité, les vieillards amoindris, les nourrissons, autant d'êtres humains dépourvus des marques qui caractérisent de manière aussi autoritaire que précaire le propre de l'homme.
La liste des signes de ce propre, la mise à jour, d'âge en âge, de ces critères, a de quoi susciter un rire amer. Car c'est d'un seul et même geste sans cesse réitéré, qu'on a séparé les hommes des animaux et qu'on a relégué des catégories d'hommes. Au commencement du commencement, l'homme aurait été "créé à l'image et à la ressemblance de Dieu". Plus tard, Aristote aura dit que l'être de l'homme consiste à avoir langage et raison. Mais auparavant, Anaxagore avait affirmé que l'homme pensait parce qu'il avait des mains. Il fut question de feu, d'écriture, d'agriculture, de mathématiques, de liberté, de moralité, de perfectibilité, d'aptitude à imiter, d'anticipation de la mort, de rire, d'accouplement de face, de lutte pour la reconnaissance, de travail, de névroses, d'aptitude à mentir, de partage de nourriture, d'art. Gaspard, lui, ne possède aucune de ces vertus tenues pour proprement humaines. Très peu de signes viennent de lui, qui mériteraient qu'on s'exclame : cela, un animal ne l'aurait jamais fait ! Il est né, il a grandi, ll s'est présenté à l'épreuve du propre de l'homme et il a été recalé. Son échec m'aura rendue hostile à tous les humanismes.”
― Gaspard de la nuit
La liste des signes de ce propre, la mise à jour, d'âge en âge, de ces critères, a de quoi susciter un rire amer. Car c'est d'un seul et même geste sans cesse réitéré, qu'on a séparé les hommes des animaux et qu'on a relégué des catégories d'hommes. Au commencement du commencement, l'homme aurait été "créé à l'image et à la ressemblance de Dieu". Plus tard, Aristote aura dit que l'être de l'homme consiste à avoir langage et raison. Mais auparavant, Anaxagore avait affirmé que l'homme pensait parce qu'il avait des mains. Il fut question de feu, d'écriture, d'agriculture, de mathématiques, de liberté, de moralité, de perfectibilité, d'aptitude à imiter, d'anticipation de la mort, de rire, d'accouplement de face, de lutte pour la reconnaissance, de travail, de névroses, d'aptitude à mentir, de partage de nourriture, d'art. Gaspard, lui, ne possède aucune de ces vertus tenues pour proprement humaines. Très peu de signes viennent de lui, qui mériteraient qu'on s'exclame : cela, un animal ne l'aurait jamais fait ! Il est né, il a grandi, ll s'est présenté à l'épreuve du propre de l'homme et il a été recalé. Son échec m'aura rendue hostile à tous les humanismes.”
― Gaspard de la nuit
“Tout ce qui vit est un, les hommes, les dieux et les bêtes. L'unité des vivants est la pensée parménidienne de l'unité de l'être sous une forme infiniment plus féconde, une sympathie profonde avec toute la nature, une compassion débordante s'y ajoutent”
― Le silence des bêtes : La philosophie à l'épreuve de l'animalité (Histoire de la Pensée)
― Le silence des bêtes : La philosophie à l'épreuve de l'animalité (Histoire de la Pensée)
“Nul n'a une vie plus fragile, nul n'éprouve de passions plus violentes, de peurs plus éperdues, de mouvements de rage plus vifs. Les autres créatures vivent en bonne intelligence au sein de leur propre espèce. Nous les voyons se rassembler pour affronter d'autres animaux, mais entre lions la férocité des lions n'a pas cours; le serpent ne cherche pas à mordre le serpent [...]. En revanche, c'est à l'homme même que l'homme doit la plupart de ses maux30.”
― Le silence des bêtes : La philosophie à l'épreuve de l'animalité (Histoire de la Pensée)
― Le silence des bêtes : La philosophie à l'épreuve de l'animalité (Histoire de la Pensée)




