Caroline Fourest's Blog

October 29, 2025

Cheknews, vraiment ? Mon droit de réponse à Libération

Ayant osé dénoncer les manquements déontologiques d’une certaine presse sur le traitement de la guerre Hamas-Israël dans une chronique de LCI, j’ai fait l’objet d’un article de CheckNews qui appelle de ma part plusieurs réponses (envoyées et publiées à la suite de cet article sur le site de Libération).

1.⁠ ⁠Saleh al-Jafarawi dit Fafo. J’ai dit et je maintiens que cet activiste pro-Hamas s’est souvent mis en scène, confondant info et intox. Qu’avez-vous à répondre ? Rien sur le fond et le sérieux de l’affaire. Que sur 9 photos du tweet d’un internaute, simplement destiné à illustrer la chronique, 7 photos étaient bien… vraies. Ce qui valide mon propos. J’ai aussi tenu à préciser qu’il a été assassiné par … des Palestiniens et non par Tsahal. Et là aussi, vous confirmez. J’évoque les différentes thèses qui circulent sur son assassinat, en expliquant qu’on ne sait pas laquelle est la bonne. Vous y voyez vous la preuve d’une erreur… Que je n’ai donc pas commise.

2.⁠ ⁠Les critères de la famine à Gaza. Vous me reprochez, au cours d’un exposé sans notes de trente minutes, d’avoir trop rapidement dit que l’ONU avait changé ses critères pour la déclarer. Ces critères existaient, mais l’ONU, je le maintiens, en a abaissé les seuils, et les a donc changés, tout comme ses exigences de vérification. Ce que très peu de journalistes ont osé dire et écrire, contrairement à Franc-Tireur.

Plusieurs études démontrent en effet que la famine a été déclarée à Gaza sur la base d’un échantillonnage insuffisant (50% des données disponibles), ce qui de facto revient à baisser ses critères. L’IPC lui-même a reconnu que le nombre des morts non-traumatiques était 30 fois inférieur à celui des seuils des autres famines (2 morts pour 10.000 enfants par jour).

L’IPC a expliqué que c’était parce que le nombre de morts noté par les autorités du Hamas était très sous-estimé, mais c’était pure hypothèse. Sur la même période, il, au surplus, ignoré certains éléments clé : l’accroissement de l’aide alimentaire à partir de la deuxième moitié de juillet, la chute des prix du marché alimentaire à la fin juillet, l’accroissement de l’aide humanitaire…

La suite a montré, en effet, que les prévisions de l’IPC étaient infondées. Donc, oui, je le répète, la déclaration de famine de l’IPC en août 2025 était discutable. Et peu ont osé en discuter.

3.⁠ ⁠La photo d’enfants du Yémen. Vous confirmez que le Guardian et le New York Times ont bien publié des photos d’enfants malades pour illustrer la famine à Gaza.
Merci. Même s’ils ont donné ensuite des explications entortillées, le fait est établi, de même que la circulation sur les réseaux sociaux de photos d’enfants yéménites à la
place des Palestiniens.

4.⁠ ⁠La photo d’un otage israélien publiée par Greta Thunberg. Vous confirmez qu’elle a bien publié sur Instagram parmi les photos de prisonniers palestiniens un otage israélien. Et donc mon propos.

5.⁠ ⁠La Cour internationale de justice et le génocide. Vous confirmez que la Cour n’a jamais prétendu qu’un génocide était plausible à Gaza. L’ancienne présidente de cette Cour, Joan Donoghue, a mis les points sur les i lors d’une interview à la BBC en mai
2024: «La Cour a ensuite également examiné les faits, mais sans décider… du caractère plausible de l’accusation de génocide. Elle a uligné, dans son ordonnance, qu’il y avait un risque d’atteinte irréparable faite au droit des Palestiniens à être protégés du génocide. (…) Le raccourci qui est souvent fait – qui laisse entendre qu’il s’agit d’un cas plausible de génocide – ne correspond pas à ce que la Cour a statué.»

6.⁠ ⁠Le nomhre des morts à Gaza et le taux de 83% de victimes civiles. Je n’ai pas réussi à comprendre si Libération reconnaîssait enfin que l’interprétation de ces chiffres tirés des renseignements israéliens par The Guardian était bidon. C’est pourtant le cas. Puisque ce journal confond cibles identifiées dans un fichier et nombre total de combattants tués, pour en déduire – à tort – qu’il existe 83% de victimes civiles.

Je n’ai pas contesté le nombre de morts final à Gaza estimé par le Hamas, je suis très claire à ce sujet sur LCI, mais je conteste très clairement l’affirmation de ce ratio, qui ne repose sur aucune preuve.
Libération cite les données d’une ONG – Aoav – qui estime que les données du Hamas sont fiables et évoque le chiffre 74% de victimes civiles.

Pourquoi ne pas citer plutôt le rapport très complet de G. Epstein «Assessing the Gaza Death Toll After Eighteen Months of War», The Washington institute for near east policy, mai 2025) qui Eighteen Months of War», The Washington institute for near east policy, mai 2025) qui conclut à l’opposé ? «Le bilan des victimes est majoritairement composé d’hommes adultes, avec 49,3% des décès déclarés. Chez les 18-45 ans, le risque de décès est 2,85 fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes, ce qui témoigne d’une présence importante de combattants.» Voilà une donnée que vous avez omis de rappeler.

Parce que vous avez mis en cause mon intégrité, je vous remercie de porter ces précisions à la connaissance de vos lecteurs.

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Published on October 29, 2025 01:55

September 24, 2025

La démagogie coûte

Les Français aiment-ils encore les politiques responsables ? Ou préfèrent-ils les bonimenteurs ? À lire les sondages, ou même les premiers résultats de la législative partielle à Paris, on en vient à douter. Plus encore lorsqu’on entend des politiques rivaliser de mauvaise foi, malgré l’urgence de la situation budgétaire. La droite LR fait preuve de bonne volonté, mais va-t-elle tenir si elle le paye dans les urnes ? De son côté, la gauche, même socialiste ou plus sensée, continue de courir après les chimères au prix de sacrifier nos licornes. Tout le monde s’accorde pour mettre les plus aisés à contribution. Mais après Lucie Castets, toujours en quête de totem, ce qui reste du NFP n’a que la taxe Zucman à la bouche… Que n’importe quel économiste sérieux peut démonter en quelques cas concrets, comme Mistral. Puisqu’en taxant 2% du patrimoine professionnel, évalué, et non privé ou réel, elle revient à dissuader le moindre entrepreneur de monter une start-up ou une licorne en France. 

Qui voudrait payer des sommes folles ou devoir céder des parts à l’État sur une richesse qu’il n’a pas encore dans sa poche ? À terme, c’est la certitude de voir son capital s’éroder, voire d’être peu à peu nationalisé. Que répond Zucman à cette critique ? « Ils peuvent emprunter » pour payer. Fascinant. En gros, pour résorber la dette publique, on donnerait le choix aux investisseurs entre s’endetter eux-mêmes ou s’exiler. À votre avis, que choisiront-ils ? 

Le plus fou n’est pas qu’un économiste militant, comme il en existe tant, puisse obtenir une telle résonance. Ni que des politiques s’en emparent pour masquer le peu d’idées. Ni même que 86% des Français approuvent la taxe Zucman tant qu’on ne leur a pas expliqué l’effet boomerang. Le plus fou serait de continuer à foncer dans le mur sans freiner. Sans quoi, notre note n’a pas fini de dégringoler. 

Contrairement aux électeurs, on ne peut pas manipuler les agences de notation, chargées d’analyser, très froidement, la capacité d’un pays à rembourser ses créanciers. Fitch vient de nous dégrader. Moody’s pourrait suivre. Ce n’est pas seulement notre taux d’intérêt à dix ans qui grimpe en flèche, mais celui à trente ans. Il vient d’atteindre les 4,5%. Un signal inquiétant. Ces agences de notation nous croient plus capables de redresser la barre. 

Ce taux n’inclut pas que des données économiques. Il évalue la qualité du débat public, le niveau de nos élites politiques et médiatiques. Et devinez quoi, il n’est pas optimiste. 

Notre instabilité politique, les énormités entendues ces derniers jours sur la taxe Zucman, vont nous coûter très cher. Malgré une croissance qui repart à la hausse ! À cause de la démagogie ambiante. Cette descente aux enfers vers le FMI peut encore être évitée. Il faudrait, pour cela, trouver une alternative à la taxe Zucman, réduire certaines dépenses, et trouver un compromis entre la droite et la gauche. Encore faut-il que des journalistes cessent de taper sur les politiques qui prennent leurs responsabilités. Les Français, alors, les entendront et les récompenseront. Et la spirale pourrait s’inverser, pour devenir vertueuse.

Caroline Fourest, Franc-Tireur, 24 septembre 2025

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Published on September 24, 2025 08:18

September 17, 2025

Tous polarisés

La polarisation tue. Notre débat public, nos démocraties, nos économies, et même des hommes. Cette radicalisation de l’esprit partisan empêche de considérer l’autre et ses arguments, au point de ne plus voir en lui qu’un ennemi à abattre. Cette incapacité au désaccord est devenue le plus court chemin vers la menace, l’insulte et la guerre civile. L’Amérique en crève. 

Depuis l’assassinat de Charlie Kirk, on entend ici ou là fuser des « Je suis Charlie » pour faire le lien avec Charlie Hebdo. Comme s’il fallait à tout prix recouvrir le sang versé par un journal athée et égalitaire, qui répond aux menaces par des dessins, du sang d’un influenceur chrétien prônant la domination et la hiérarchie, favorable à la libre circulation des armes. Comme s’il fallait donner raison à ceux qui, dans le camp des tueurs ou des fabricants de cibles, confondaient justement le fait de rire du fanatisme avec de l’incitation à la haine. Même si c’est douloureux à entendre pour une ancienne de Charlie Hebdo, je peux le comprendre. Après tout, le très voltairien « Je suis Charlie » signifie simplement « Je refuse qu’on meure en démocratie pour avoir défendu des idées ». De ce point de vue, il n’y a pas de «oui mais» qui tienne. Même si Charlie Kirk prônait un monde à l’opposé de Charlie Hebdo, il est mort d’avoir pris le risque de débattre en plein air, conformément à son goût spectaculaire pour la confrontation des idées. 

Un goût devenu rare dans une Amérique ultra-polarisée. 

Nous en prenons le chemin. Nous subissons, nous aussi, la centrifugeuse des réseaux sociaux, la submersion numérique et ses effets secondaires. Un tsunami de faux, de biais et d’algorithmes (parfois tripatouillés par monsieur Musk) qui poussent à se replier sur des îlots de certitudes. À croire qu’il faudrait choisir entre la flopée de drapeaux palestiniens postés par l’extrême gauche et la marée de drapeaux tricolores brandis par l’extrême droite. 

L’économie ne marche pas ainsi. Nous sommes dans le même bateau, et nous allons tous boire la tasse si nous continuons à nous écharper à bord. Notre pays ne va pas si mal, le chômage régresse, la croissance repart, mais à force d’être polarisés et en colère, à cause de l’instabilité politique, nous avons réussi à dégrader notre note et à devoir toujours plus d’argent à nos créanciers. 

Bien sûr, Emmanuel Macron est le premier responsable, de la dette et de la dissolution. Choisir un Premier ministre à sa main, au lieu de rester au-dessus des partis, c’est prendre le risque d’exciter la polarisation. Jupitérien jusqu’au bout, il n’a pas su résister à la tentation d’essayer lui- même ce « en même temps » : satisfaire en même temps LR et le PS. C’est encore possible. Le compromis serait de taxer les plus riches, sans tomber dans l’effet boomerang de la taxe Zucman, tout en renforçant le régalien. C’est la négociation en cours. Reste à savoir si les chefs de parti de l’arc républicain sont capables de dépasser leurs propres intérêts partisans. Pour cela, il faudra que LR cesse de loucher vers le RN et que le PS cesse de loucher vers LFI. Sinon, nous allons vers une nouvelle dissolution… de l’esprit civique.

Caroline Fourest, Franc-Tireur, 17 septembre 2025

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Published on September 17, 2025 08:14

September 10, 2025

Presse & voyous

Vous tenez en main le 200e numéro de Franc- Tireur ! 200 semaines et week-ends passés à guetter, débattre, écrire, corriger et boucler. Grâce à vous, Franc-Tireur, toujours à la pointe des hebdomadaires en kiosque, a trouvé son public. Et nous allons continuer à le sculpter. Même si notre ADN est de scruter les débats empoisonnés par la propagande et la déraison, nous inaugurons une rubrique, « On progresse », dédiée aux avancées : scientifiques, géopolitiques ou écologiques. L’écologie aura aussi sa place ici. Toujours en quête d’espace pour décrypter, nous allons inventer un nouveau rendez-vous, « Expertise et entretiens »

Vous savez d’où nous parlons. Notre ligne éditoriale est claire : elle ne défend aucun parti pris partisan mais combat franchement la démagogie et les extrêmes. C’est notre fil rouge. D’autres médias sont plus généralistes ou plus encartés. À vous de choisir en fonction de leur sensibilité et de la vôtre. Car, bien sûr, l’objectivité (à moins d’être un robot) n’existe pas, ni chez un lecteur ni chez un journaliste, surtout pas chez un éditorialiste (dont le métier est de donner son opinion). 

Ne tombez pas dans le piège populiste tendu par la vidéo de L’Incorrect… Le problème n’est pas qu’elle vienne de ces nouveaux médias financés par de riches financiers d’extrême droite pour décrédibiliser la presse et ceux qui ne partagent pas leurs idées. Le problème est d’agiter les fantasmes à partir d’une conversation volée mais surtout décontextualisée. 

Qu’y voit-on quand on connaît ces hommes et ce métier ? Deux éditorialistes de France Inter discutant à bâtons rompus avec deux cadres du PS… irrités par leurs éditos contre Olivier Faure (contexte important). Thomas Legrand s’y lâche sur Rachida Dati : « Nous, avec Patrick, on s’en occupe », dit-il dans un sourire qui embarque son confrère Patrick Cohen (connu pour son sérieux et sa rigueur). À quoi fait-il allusion ? À cette émission de C à vous où Patrick Cohen a fâché la ministre de la Culture (qui l’a menacé en retour) en abordant ses ennuis judiciaires. Ce qui est à la fois son rôle et à son honneur. 

Thomas Legrand, éditorialiste à France Inter et à Libé, s’en félicite avec un peu trop de joie et précise dans un communiqué vouloir « s’occuper journalistiquement » des affaires de Mme Dati. Qui s’en étonne ? Il suffit de le lire ou de l’écouter. Comme il suffit de regarder CNews ou de suivre L’Incorrect pour deviner qu’ils ont d’autres priorités… Ce qui permet aux citoyens de bénéficier d’une diversité de regards et de contre-pouvoirs. Et c’est tant mieux. 

On sourit en voyant la presse d’extrême droite donner des leçons d’éthique au service public. Il a ses défauts, penche clairement à gauche, mais de façon plus honnête et moins démesurée que CNews ne penche à droite de la droite. À votre avis, si un vidéaste amateur enregistrait les conversations au café entre des éditorialistes de CNews et Éric Zemmour, qu’entendrait-on ? 

Ce qui compte, c’est ce que les journalistes disent et écrivent en public : non pas leur sensibilité mais leur honnêteté.

Caroline Fourest, Franc-Tireur, 10 septembre 2025

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Published on September 10, 2025 08:51

September 3, 2025

Un bouclier pour l’Ukraine

Si l’Europe ne peut mener cette guerre à la place de l’Ukraine, elle doit au moins lui servir de bouclier. Malgré son envie dévorante d’ajouter un prix Nobel de la paix à la liste de ses trophées, Donald Trump n’a pas réussi à freiner les ardeurs mortifères de son ami Poutine. Ni en vingt-quatre heures ni en cinquante jours. Pendant qu’il serrait la main au monstre du Kremlin, les avions russes redoublaient d’ardeur pour pilonner l’Ukraine, ses infrastructures et ses civils. Plus de 40 000 missiles ou drones de longue portée ont frappé le pays depuis le début de l’invasion. L’un des moyens de l’empêcher, Volodymyr Zelensky le réclame depuis le premier jour, est de déployer une no-fly zone – une zone d’exclusion aérienne – au-dessus du terrtoire agressé. Cette mesure de protection est prévue par l’article 42 de la charte des Nations unies. Problème, la Russie siège au Conseil de sécurité en tant que membre permanent et peut dégainer son veto. 

Autre problème, en pratique, une zone d’exclusion militaire suppose d’aligner des avions prêts à riposter en cas de violation, et donc d’entrer en confrontation directe avec des avions ennemis. Trente-cinq nations l’ont fait pendant la guerre du Golfe pour repousser les troupes de Saddam Hussein hors du Koweït. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France l’ont osé en 1991 pour protéger les Kurdes d’Irak. Mais une confrontation directe avec la Russie, dotée d’une vraie flotte aérienne et de l’arme nucléaire, inquiète autre- ment. Pour ne pas prêter le flanc à ses désirs d’escalade, l’Otan a toujours fermé la porte à cette option. 

À la place, les alliés ont prêté le renseignement et un système de défense, des missiles, qui ont permis de créer une sorte de « dôme de fer » au-dessus de Kiev. Mais il n’est pas imperméable, et la guerre dure. Que se passera-t-il le jour où l’Amérique décidera de retirer cette protection? Imaginons que Donald Trump décède… Il sera remplacé par son vice-président, J.D. Vance. Et, croyez-le ou non, ce sera pire. Rien n’est plus dangereux que cet homme sans foi ni loi à la tête d’une administration américaine déjà noyautée par des proches du Kremlin. L’Ukraine ne pourra compter que sur l’Europe et sur elle-même. La bravoure de ses soldats et de ses soldates, le talent de ses dronistes et l’ingéniosité de son industrie militaire, qui vient de fabriquer un missile Neptune capable de frapper la Russie en profondeur, lui permettent de tenir bon face à une armée russe pléthorique rouillée et démoralisée. Mais elle ne tiendra pas éternellement. Il faut renforcer le bouclier. Sans même compter sur l’Union européenne et ses divisions, plusieurs pays de la « coalition des volontaires », dont la France, pourraient garantir cette zone d’exclusion aérienne. Mais, bien sûr, nos perroquets de Moscou en profiteront aussitôt pour renverser les rôles et faire de nos avions les agresseurs. Sauf si on décide de leur clouer le bec en même temps qu’on cloue au sol les avions de Poutine.

Caroline Fourest, Franc-Tireur, 3 septembre 2025

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Published on September 03, 2025 08:49

August 27, 2025

Lettres perçantes

Ce n’est plus seulement Benyamin Nétanyahou, c’est maintenant Charles Kushner, l’ambassadeur américain, qui a décidé de faire la leçon à la France à propos de l’antisémitisme. Dans les deux cas, ces émissaires ont mieux à faire. Le Premier ministre israélien pourrait hâter l’issue de cette guerre interminable. Cela reste le meilleur moyen de contenir cette fièvre qui convoque l’antisionisme pour s’adonner en réalité à la haine des Juifs. 

Le second, Kushner, s’en alarme comme s’il s’agissait d’un phénomène français : « Il ne se passe pas un jour en France sans que des Juifs soient agressés dans les rues.» C’est hélas vrai. Mais le mal touche aussi la Grèce, l’Italie, l’Espagne, l’Australie, la Grande-Bretagne et bien sûr l’Amérique et ses campus. Il ne se passe pas une minute dans le monde sans qu’un Juif soit agressé au nom du conflit déclenché contre Israël par le Hamas. Cet été infernal nous l’a encore prouvé. La peste sévit dans tout pays où des esprits inflammables ont été manipulés, par de fausses images, de faux critères, de faux chiffres et de faux éléments de langage fréristes ou du Hamas ayant imprégné les réseaux sociaux, les médias, des ONG et l’ONU, pour transformer cette riposte militaire en « génocide » et en famine délibérée. 

Le but de la lettre de Kushner est clairement de mettre Emmanuel Macron en porte-à-faux pour son initiative visant à reconnaître la Palestine sans attendre la démilitarisation du Hamas. Et c’est là que, malgré l’intention et l’origine douteuse du messager (le père du gendre de Trump, qui trempe dans mille malversations et ne doit son impunité qu’à une grâce présidentielle), le message risque de porter… Lorsqu’il invite le président français à «abandonner les initiatives qui servent à légitimer le Hamas et ses alliés ». C’est de fait une faute historique de la part d’Emmanuel Macron, lui qui souhaite tant lutter contre la polarisation de notre société, d’avoir sous-estimé l’ombre portée de son élan sur notre pays, déjà à couteaux tirés. Autant la polarisation sur l’Ukraine permet la clarification et de débusquer les prorusses, autant la fixette de la diplomatie française sur le Moyen-Orient favorise les tensions, les pro-Hamas et l’antisémitisme. 

En revanche, l’ambassadeur américain se fiche du monde lorsqu’il invite le même président français à « agir avec résolution » en faisant « appliquer les lois relatives aux crimes de haine, et ce sans exception ». Car c’est évidemment le cas. Notre pays est à la pointe de cette riposte grâce à ses lois contre le racisme et l’incitation à la haine. Des lois que les États-Unis, de l’administration Obama à J.D. Vance en passant par Elon Musk, n’ont cessé de dénoncer et de combattre, au nom du premier amendement et du profit. Or c’est bien sûr le manque de régulation de la haine numérique qui est le premier responsable de cette flambée mondiale d’antisémitisme. Au lieu de faire la morale, les États-Unis feraient bien de nous aider à reciviliser le monde occidental. Mais ça, Donald Trump y a-t-il intérêt ?

Caroline Fourest, Franc-Tireur, 27 août 2025

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Published on August 27, 2025 08:46

August 20, 2025

La paix des brutes

Le bon, la brute et le truand. Seul un mauvais remake de western semble pouvoir arrêter cette guerre. À Washington, les Européens ont voulu être sur la photo. Mais ils n’y jouent qu’un rôle symbolique : soutenir moralement le droit et le « bon », l’agressé. Un Zelensky que Trump toise et humilie s’il ne met pas de cravate pour venir à la Maison- Blanche. Alors que la brute Poutine peut mettre ses pieds sur la table du monde et sur l’Ukraine, son ministre Lavrov peut venir en sweat « URSS », le président américain applaudit, comme au pied du tapis rouge déroulé à Anchorage. Tout se joue entre la brute et le truand, et ils ont l’un pour l’autre les yeux de Chimène. Voilà des mois qu’ils règlent en coulisse le sort de l’Ukraine à coups de « deals » sordides, sur les terres rares ou l’Arctique. Trump est si fasciné qu’il faillit donner à Poutine l’Alaska, qu’il a situé par deux fois en Russie, alors que cette terre russe a été vendue aux USA en 1867 et vit sous pavillon américain depuis. Pour combien de temps ? Au rythme où le président américain sacrifie les frontières, nul ne le sait. 

En attendant, c’est bien celles de l’Ukraine qu’il veut à tout prix solder pour obtenir le prix Nobel de la paix. Sa nouvelle coquetterie. Selon nos sources, le fameux « deal » consiste à concéder officiellement le Donbass et la Crimée, à laisser de facto Poutine occuper Kherson et Zaporijjia, pour geler la ligne de front et obtenir en échange de robustes garanties de sécurité. Ce n’est pas une paix des braves, mais une paix des brutes. Elle s’accompagne de concessions terribles, d’images honteuses, qui semblent réhabiliter un monstre de guerre et son appétit vorace. Une paix dangereuse. Mais la seule possible tant que l’Europe, malgré la « coalition des volontaires » à l’initiative de la France, reste un ensemble de mots et de principes, sans détermination commune ni armée. 

Si l’Europe a eu raison d’insister sur les « garanties de sécurité », seuls les États-Unis – et donc le truand – peuvent les offrir. 

Il exclut de faire entrer l’Ukraine dans l’Otan, l’une des nombreuses lignes rouges du Kremlin, mais semble prêt à signer un accord pour que les États-Unis s’engagent à la défendre si la Russie attaquait de nouveau. Cette garantie-là vaut de l’or, et des vies. C’est à ce jour la seule protection que le monde libre peut offrir. Voilà pourquoi Zelensky est obligé de considérer cet accord. Son peuple, il le sait, n’a que trop saigné. Même si ses hommes et ses femmes résistent avec vaillance, même si ses drones, ingénieux, peuvent tenir bon, voilà plus d’un an que le sang coule pour rien. Un an que l’interminable ligne de front ne fait plus que vaciller. Il est temps de cesser le feu. Mais la résistance à Poutine, à sa propagande et à ses alliés, elle, doit continuer. Elle commence par dire qu’il n’a pas gagné cette guerre, ni réussi à envahir l’Ukraine, au prix de centaines de milliers de morts et d’une économie russe à genoux. Un grand monstre, mais un tout petit homme. Si aucune cour internationale n’y parvient, l’Histoire saura le juger.

Caroline Fourest, Franc-Tireur, 20 août 2025

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Published on August 20, 2025 08:43

August 13, 2025

Tous pilotes

Ce qui différencie les sexes ? La biologie, c’est entendu. Mais les genres, ces représentations sociales de la masculinité et de la féminité ? La confiance en soi. Un sondage vient encore de le démontrer. Réalisé il y a deux ans aux États-Unis par YouGov mais devenu viral cet été, il nous apprend que 46 % des hommes se sentent « plutôt confiants » (26%) voire « très confiants » (20%) à l’idée de devoir poser un avion au sol en cas d’urgence. Sachant qu’aucun n’est pilote, qu’ils ont juste joué à des jeux vidéo, et qu’il faut des années de formation pour maîtriser la partie délicate de ce métier. C’est ce qu’on appelle l’effet Dunning-Kruger : la tendance à surestimer ses capacités. Un syndrome très masculin. 

Les femmes souffrent davantage du syndrome inverse : celui de l’imposteur. Se sous-estimer en permanence. Dans ce même sondage américain, les femmes ne sont que 13% et 7% à penser pouvoir faire atterrir un avion. Ce chiffre n’est pas égal à zéro. S’il existe une immense majorité d’hommes capables de se surestimer et une immense majorité de femmes se sous-estimant, il existe aussi des hommes plus modestes et des femmes plus sûres d’elles. Ce n’est donc pas une affaire de biologie. Cette différence de confiance tient à l’éducation reçue, au regard qu’on a posé sur soi, dès le plus jeune âge. Un petit garçon applaudi dès qu’il met un pied devant l’autre ou rote aura confiance en lui. Une petite fille à qui l’on demande d’être discrète pour être jolie, beaucoup moins… 

Un garçon mal-aimé sera également moins sûr de lui. Une fille unique a plus de chances d’échapper à la malédiction de l’assignation genrée. C’est ce qu’il faut souhaiter à chacun pour les générations futures. Non pas d’élever nos filles et nos garçons en enfants-dieux, infects et tyranniques, mais de transmettre une juste confiance et de l’amour-propre. Car s’il est malsain et même dangereux de se surestimer, comme Donald Trump ou Vladimir Poutine, il est souhaitable d’avoir confiance en soi. 

C’est un atout considérable, qui fait gagner du temps et rend heureux. On adore ces vidéos qui fleurissent, où des hommes publics se disant déconstruits se moquent des hommes pensant pouvoir faire atterrir un avion sans la moindre formation en pleine tempête… Mais il faut surtout apprendre aux femmes à avoir plus confiance en elles. À rêver elles aussi de pouvoir piloter leur vie. L’enjeu n’est pas de faire perdre confiance aux hommes, mais de bâtir des générations d’hommes et de femmes qui ne souffrent ni de l’effet Dunning-Kruger ni du syndrome de l’imposteur. Nos sociétés, qui glorifient désormais les victimes, tout en faisant pousser des enfants-dieux apprentis tyrans, ont tou- jours besoin de héros, et plus que jamais d’héroïnes. D’êtres qui puissent agir en sauveurs et se dépasser, au moins tenter d’agir, en cas de nécessité. Cela s’appelle la confiance. Il ne faut pas la tuer, juste la partager.

Caroline Fourest, Franc-Tireur, 13 août 2025

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Published on August 13, 2025 08:41

August 6, 2025

Historique ?

La diplomatie française semble fière. Et l’objectif atteint. Emmanuel Macron existe à nouveau sur le plan géopolitique. Et Jean-Noël Barrot peut nous expliquer com- bien la France a réussi un exploit «historique » avec cette déclaration de New York pour une « solution à deux États », signée par de nombreux pays arabes. En réalité, l’histoire est bien plus exigeante qu’une séquence politique. 

Mais commençons par saluer le geste. Dans un monde violent, la France a raison de chercher une « solution politique ». C’est sa place et sa grandeur. L’énergie du président français, son duo avec l’Arabie saoudite ont permis une dynamique. Pour être exact, elle existait déjà, grâce aux accords d’Abraham de Trump. Cela reste émouvant de voir tant de pays arabes, et pas seulement les plus anti-Hamas (comme l’Égypte ou l’Arabie saoudite), mais aussi ses alliés fréristes, comme la Turquie ou le Qatar, signer un texte condamnant explicitement les «attaques commises par le Hamas contre des civils le 7-Octobre». Peu de mots ont été choisis pour reconnaître Israël, mais le fait d’accepter une « solution à deux États » selon les frontières de 1967 paraît remplir ce rôle, au moins implicitement. Les « garanties de sécurité » ? Il n’en existe aucune. Cette reconnaissance se fait sans l’accord du pays frontalier concerné, en récompensant un pogrom et en privant les acteurs de levier pour négocier la paix. 

Mais la punition existe. Puisque cette déclaration annexe le territoire de Gaza à un État confié à l’Autorité palestinienne. C’est une façon d’« isoler » le Hamas comme le revendique notre ministre des Affaires étrangères. Sans permettre en rien de le démilitariser, condition que n’a même pas émise la France. Les leaders du Hamas s’en réjouissent. Eux ont vu dans cette reconnaissance une « victoire », et le « fruit » du 7-Octobre. Retour au réel. N’en déplaise aux indignés d’Instagram et au Quai d’Orsay, on n’arrête pas une guerre avec seulement des mots : il faut un rapport de force. Et même un vainqueur et un vaincu. Sinon, la guerre continue. La preuve. 

L’Autorité palestinienne peut signer tous les papiers du monde, son autorité ne vaut rien tant que le Hamas est en état de nuire. Or il maintient son emprise sur Gaza grâce au détournement de l’aide alimentaire et grâce à l’Unrwa… Cette agence de l’ONU, totalement noyautée, ayant obtenu pour les Palestiniens un statut exceptionnel de « réfugiés » héréditaire, de père en fils. Cette rente sociale devrait tomber le jour où la Palestine sera effectivement un État. Ce qui pousse des générations à le réclamer sans le vouloir. C’est le nœud gordien du conflit. Or la déclaration de New York réaffirme le «rôle indispensable de l’Unrwa» dans le futur État palestinien. Ce qui revient à dire que les Palestiniens resteront « réfugiés » en Palestine… tant qu’Israël n’est pas rayé de la carte ? Tant qu’elle ne purge pas ce non-dit, avec l’accord de toutes les parties, cette déclaration restera politique. Et non historique.

Caroline Fourest, Franc-Tireur, 6 août 2025

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Published on August 06, 2025 08:39

July 30, 2025

Le drame de Gaza

Le drame de Gaza, c’est la définition de l’enfer. Celui de civils gazaouis piégés par le Hamas, qui s’en sert comme boucliers humains, et par l’armée israélienne, qui les traite comme des dommages collatéraux. 

Le drame de Gaza, ce n’est pas un génocide, mais une très sale guerre née d’un pogrom, menée par une armée puissante décidée à éliminer un voisin ayant juré sa mort, quoi qu’il en coûte. Un coût inhumain. Même si le « ministère de la Santé » du Hamas a finalement retranché des milliers d’enfants de ses premiers comptes manipulés, il en reste des milliers qui sont morts pour de vrai. Le drame de Gaza, ce sont ces innocents livrés aux bombes, pendant que ceux qui ont voulu cette guerre se cachent dans des tunnels. Le drame de Gaza, ce sont toujours 53 otages, morts ou vivants, violés et torturés par les monstres qui les ont kidnappés. 

Le drame de Gaza, ce n’est pas une famine délibérée, mais c’est une population asphyxiée. Même si bien plus d’enfants et de femmes meurent de faim au Soudan, sans qu’aucun acteur ou député ne fasse un post Instagram ou une croisière-spectacle, la population gazaouie ne vit plus que pour trouver de l’aide alimentaire, et en meurt parfois sur le chemin. Ce qui devrait tous nous révolter. Des milliers de camions remplis de vivres piétinent à Gaza sans aider. Israël en rejette la faute sur l’ONU. Si l’État hébreu a voulu prendre en charge la distribution alimentaire pour desserrer la main-mise du Hamas sur Gaza, qui s’en servait pour contrôler la bande, la façon dont l’aide est désormais filtrée reste indigne d’une démocratie et vouée aux carnages. Aucune armée occupante ne peut s’improviser ONG. Surtout pas des mercenaires américains prêts à défourailler au moindre tir venant d’un terroriste glissé dans la foule. 

Le drame de Gaza, c’est que la guerre durera tant que l’Unrwa, ce bras humanitaire, sera instrumentalisé par le Hamas, qui se sert du sigle de l’ONU pour cacher des otages, des lance-roquettes et former de futurs kamikazes dans ses écoles (lire notre enquête dans le n° 128). Que la France et l’Union européenne la perfusent (encore 220 millions versés) au lieu de faire pousser une Unicef Palestine qui puisse aider les Gazaouis sans les radicaliser prolongera l’enfer sur plusieurs générations. 

Le drame de Gaza, c’est le manque de vision de nos gouvernants et l’incapacité d’Emmanuel Macron à comprendre qu’il n’existe aucun Moyen-Orient où l’on peut se donner le beau rôle sans, en même temps, donner un bon point à des ennemis jurés. Le drame de Gaza, c’est la durée de cette guerre, son atrocité, et la capacité légendaire – théorisée – des Frères musulmans à agresser pour se faire passer pour des martyrs. Cette propagande étouffe Israël et met en danger tous les Juifs du monde et leurs alliés, grâce à des idiots utiles manipulés. Je pense à ceux qui ne comptent que les morts lorsque l’État hébreu mène une guerre défensive, et jamais lorsqu’un groupe terroriste attaque. Reste qu’une démocratie a plus de devoirs.

Caroline Fourest, Franc-Tireur, 30 juillet 2025

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Published on July 30, 2025 08:37

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