Magda Isanos
Born
in Iaşi, Romania
April 17, 1916
Died
November 17, 1944
Genre
“Violettes sauvages
La fée du printemps, cette année aussi,
de banalités plein le sac, s’est présentée,
malgré cela, nous nous sommes réjouis
comme si pour la première fois elle était arrivée.
En me grondant moi-même, enfin,
car je risquais d’abîmer mes souliers dans la boue,
je suis allée voir quelles fleurs étaient en train
d’éclore dans le vaste parc, tout près de chez nous.
C’était depuis longtemps que je n’avais plus senti
ce désir de vivre, cette hâte fébrile,
j’avais l’impression que sous mes pieds a frémi
la terre que le soleil saurait rendre fertile.
Les arbres nus me semblaient tout à fait charmants,
j’aurais voulu les prendre dans mes bras, les [embrasser].
Je passais près d’eux, comme ça, auparavant,
autant de fois, mais sans vraiment les regarder.
Difficile à dire pourquoi était si beau
le ciel bleu comme les robes dont se lavent les couleurs,
je l’ai regardé, la tête renversée vers le dos,
et je l’ai trouvé absolument enchanteur.
Ensuite, j’ai découvert les violettes sauvages,
près d’un chêne : elles étaient délicates et bleues,
des miettes de ciel dont le printemps de passage
nous fait don, parmi les troncs ombrageux.
Le cœur battant vite, je me suis inclinée,
j’étais sur le point de toucher à leurs feuilles,
et je ne sais pourquoi, par l’esprit m’est passée
l’idée que le verre n’est pour elles qu’un cercueil.
Vers la maison, je suis revenue,
les pas alourdis par un fatigué bonheur,
et si mes mains étaient aussi vides qu’au début,
j’avais des violettes sauvages dans le cœur.
(traduit par Elisabeta Isanos)”
―
La fée du printemps, cette année aussi,
de banalités plein le sac, s’est présentée,
malgré cela, nous nous sommes réjouis
comme si pour la première fois elle était arrivée.
En me grondant moi-même, enfin,
car je risquais d’abîmer mes souliers dans la boue,
je suis allée voir quelles fleurs étaient en train
d’éclore dans le vaste parc, tout près de chez nous.
C’était depuis longtemps que je n’avais plus senti
ce désir de vivre, cette hâte fébrile,
j’avais l’impression que sous mes pieds a frémi
la terre que le soleil saurait rendre fertile.
Les arbres nus me semblaient tout à fait charmants,
j’aurais voulu les prendre dans mes bras, les [embrasser].
Je passais près d’eux, comme ça, auparavant,
autant de fois, mais sans vraiment les regarder.
Difficile à dire pourquoi était si beau
le ciel bleu comme les robes dont se lavent les couleurs,
je l’ai regardé, la tête renversée vers le dos,
et je l’ai trouvé absolument enchanteur.
Ensuite, j’ai découvert les violettes sauvages,
près d’un chêne : elles étaient délicates et bleues,
des miettes de ciel dont le printemps de passage
nous fait don, parmi les troncs ombrageux.
Le cœur battant vite, je me suis inclinée,
j’étais sur le point de toucher à leurs feuilles,
et je ne sais pourquoi, par l’esprit m’est passée
l’idée que le verre n’est pour elles qu’un cercueil.
Vers la maison, je suis revenue,
les pas alourdis par un fatigué bonheur,
et si mes mains étaient aussi vides qu’au début,
j’avais des violettes sauvages dans le cœur.
(traduit par Elisabeta Isanos)”
―
“J’attends l’an premier
J’attends l’an premier d’une autre ère,
l’an de la paix sur la terre.
On aura démoli les grands abattoirs
de l’Histoire.
Mon cœur murmure déjà : « Frère,
pardonne-moi cet héritage de haine,
et au nom de la souffrance humaine,
prends ma main, frère.
Moi aussi j'ai mordu la poussière
et j'ai pleuré.
Tous les miens morts, éteint le feu du foyer,
dans mon incendiée patrie…
Aurore étrange, le sang avait lui,
Les uns après les autres,
les horizons tombèrent
devant moi et derrière.
Je franchissais les confins,
des rivières et des monts.
Et personne n’était plus grand que les grands
soldats sans noms.
Nous nous frayions une voie
à travers les foules grises
qui se retiraient, effrayées, comme l’eau.
Les obus tuaient et creusaient
du même coup le tombeau de la mère et de l’enfant.
Et la mort, comme un revenant,
traversait les champs désertés.
Et cependant, le yacht aux ponts dorés
par le soleil du Midi,
comme un oiseau sans tache, flottait.
Le milliardaire fumait sa havane:
« Ô monde merveilleusement réglé ! »
(Un ver qui grossit dans la plaie qu’il profane,
de l’humanité toujours dans le sang…)
Frère, n’ayons plus de ressentiments
ni de rêves chauvins.
Comme moi, tu travailles de tes mains.
Tu laboures la terre. Peut-être, tu écris.
Il y a des foyers pauvres en d’autres lieux aussi.
Sur ton visage, je comprends sans mots
que tu te réveilles chaque jour très tôt,
et couches tard chaque soir.
Donne-moi ta main, sors de ton cercueil,
démolissons les historiques abattoirs,
regarde : le soleil sur le seuil…
(traduit du roumain par Elisabeta Isanos)”
― Cantarea muntilor
J’attends l’an premier d’une autre ère,
l’an de la paix sur la terre.
On aura démoli les grands abattoirs
de l’Histoire.
Mon cœur murmure déjà : « Frère,
pardonne-moi cet héritage de haine,
et au nom de la souffrance humaine,
prends ma main, frère.
Moi aussi j'ai mordu la poussière
et j'ai pleuré.
Tous les miens morts, éteint le feu du foyer,
dans mon incendiée patrie…
Aurore étrange, le sang avait lui,
Les uns après les autres,
les horizons tombèrent
devant moi et derrière.
Je franchissais les confins,
des rivières et des monts.
Et personne n’était plus grand que les grands
soldats sans noms.
Nous nous frayions une voie
à travers les foules grises
qui se retiraient, effrayées, comme l’eau.
Les obus tuaient et creusaient
du même coup le tombeau de la mère et de l’enfant.
Et la mort, comme un revenant,
traversait les champs désertés.
Et cependant, le yacht aux ponts dorés
par le soleil du Midi,
comme un oiseau sans tache, flottait.
Le milliardaire fumait sa havane:
« Ô monde merveilleusement réglé ! »
(Un ver qui grossit dans la plaie qu’il profane,
de l’humanité toujours dans le sang…)
Frère, n’ayons plus de ressentiments
ni de rêves chauvins.
Comme moi, tu travailles de tes mains.
Tu laboures la terre. Peut-être, tu écris.
Il y a des foyers pauvres en d’autres lieux aussi.
Sur ton visage, je comprends sans mots
que tu te réveilles chaque jour très tôt,
et couches tard chaque soir.
Donne-moi ta main, sors de ton cercueil,
démolissons les historiques abattoirs,
regarde : le soleil sur le seuil…
(traduit du roumain par Elisabeta Isanos)”
― Cantarea muntilor
“Uneori, în diminețile clare,
mă uit drept în soare râzând
și nu pot crede c-am să mor în curând;
viața mea sună înalt, fără-ntristare.”
― Poezii
mă uit drept în soare râzând
și nu pot crede c-am să mor în curând;
viața mea sună înalt, fără-ntristare.”
― Poezii










