amélia ☆’s Reviews > CINQ LECONS SUR LACAN > Status Update
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Ainsi la jouissance de l'Autre est-elle un rêve paradisiaque qui s'offre au névrosé de façons diverses et contradictoires : d'abord, c'est un rêve qui lui est cher et auquel il aspire; ensuite, c'est un rêve qu'il sait irréalisable, chimérique et hors de sa portée; et enfin, c'est aussi et surtout un rêve dont il sait que si par « malchance » ou par « bonheur », il venait à se réaliser un jour, son être serait alors en danger. Il craint en effet le risque extrême de voir son être disparaître.
La position féminine se caractérise précisément par la façon de cacher, par la façon de manier le voile, non pas tant pour disparaître aux yeux de l'autre mais dans un geste pudique de se couvrir pour soi-même, un geste si spontané qu'il semble prolonger naturellement le corps. La duperie est un état propre à la féminité, à une féminité tournée vers elle-même et non pas vers l'autre.
Féminité et masculinité sont plutôt des positions définies selon le mode spécifique que chacun — indépendamment de son sexe — a d'habiter son corps avec sa manière particulière de le dissimuler. Ce sont des modalités différentes dans le voilement de l'objet, je veux dire deux façons distinctes de recouvrir et habiller la jouissance. Quand la femme cache, avons-nous dit, elle cache comme en se cachant à elle-même, sans trop se préoccuper de l'autre, et par là, elle laisse entrevoir son mystère; tandis que l'homme, s'il cache, c'est d'abord aux yeux de l'autre qu'il cache, et par conséquent, il tient tellement à dissimuler que le geste de se masquer devient flagrant. En fait, quand la femme cache, elle offre le mystère et laisse place à la surprise, alors que l'homme dissipe l'énigme et étouffe les questions. J'insiste, les mots « femme » et « homme » doivent être entendus ici en termes de position féminine ou masculine, occupée par tout être quel que soit son sexe.
le névrosé suppose la jouissance de l’Autre comme une jouissance impossible, tandis que le pervers la tient pour réalisable
Je crois, lui disais-je, avoir trouvé le lieu de la jouissance dans le ballet: c’est, curieusement, le pied de Bortoluzzi. Pourquoi le pied? Pour deux raisons. D’abord parce que lors de la séquence à mes yeux culminante, le pied du danseur concentrait toute la tension du corps en équilibre. Et puis, parce que Bortoluzzi avait tellement travaillé son corps et s’en était tellement servi, tant de vie était passée sur ce fragment de corps - imaginez la discipline et la rigueur de cet homme qui de plus était déjà un artiste confirmé - que je n’hésitais pas à écrire que Bortoluzzi avait perdu ce pied, que du point de vue de la jouissance, il s’en séparait sans cesse.


Certes, il n'y a pas de signifiants qui représentent la jouissance illimitée, mais — en toute rigueur — il n'y a pas non plus de signifiants qui représentent les jouissances partielles attachées à des lieux érogènes du corps (phallique et plus. de-jouir). Cela étant, les signifiants peuvent néanmoins approcher, cerner et circonscrire les zones locales ou le corps jouit. Quand nous disons que la jouissance est cernée par les signifiants, nous voulons dire qu'en tant que poussée du désir, elle est cernée par les bords des orifices érogènes. Le signifiant est ici à comprendre en termes de bord corporel. En somme, la psychanalyse ne connaît pas la nature de la jouissance, l'essence même de l'énergie psychique, qu'elle soit globale, « de l'Autre », ou bien locale, « phallique» ou « résiduelle »; la psychanalyse ne connaît que les fron tières signifiantes qui délimitent les régions du corps foyers de jouissance. Bref, quand la psychanalyse cerne la jouissance, c'est bien toujours d'une jouissance locale qu'il s'agit.